‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 127 sur 229 · ACTE I. SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE III

S'il les déteste morts, les adore vivants. Pour moi, soit que le Ciel me soit dur ou propice, Qu'il m'élève à la gloire ou me livre au supplice, Que Rome se déclare ou pour ou contre nous, Mourant pour vous servir, tout me semblera doux.

EMILIE

Ne crains point de succès qui souille ta mémoire :

Le bon et le mauvais sont égaux pour ta gloire;

Et dans un tel dessein le manque de bonheur

Met en péril ta vie, et non pas ton honneur.

Regarde le malheur de Brute et de Cassie :

La splendeur de leur nom en est-elle obscurcie ;

Sont-ils morts tout entiers avec leurs grands desseins'?

Ne les compte-t-on plus pour les derniers Romains?

Leur mémoire dans Rome est encor précieuse,

Autant que de César la vie est odieuse :

Si leur vainqueur y règne, ils y sont regrettés ,

Et par les vœux de tous leurs pareils souhaités.

Va marcher sur leurs pas, où l'honneur te convie- : Mais ne perds pas le soin de conserver ta vie ; Souviens-toi du beau feu dont nous sommes épris , Qu'aussi bien que la gloire ÉmiUe est ton prix ; Que tu me dois ton cœur, que mes faveurs t'attendent, Que tes jours me sont chers, que les miens en dépendent. Mais quelle occasion mène Évandre vers nous ?

1 Cette expression sublime, mourir tout entier, est prise du latin d'Horace, non omnis moriar. Racine l'a imitée dans sa belle pièce d'Iphige'nie :

Ne laisser aucun nom et mourir tout entier.

(Volt.)

î II faudrait va, marche; on ne dit pas plus allons marcher qiïallont aller.

(Volt.)

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