‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 135 sur 229 · SCÈNE II GINNA, MAXIME · texte numérisé non relu

SCÈNE II GINNA, MAXIME

MAXIME

Quel est votre dessein après ces beaux discours?

(INNA.

Le même que j'avois, et que j'aurai toujours.

MAXIME

Un chef des conjurés flatte la tyrannie!

1 Ce n'est pas dans l'hisloire. En ell'et, c'eut plutôt été un exil qu'une récompense; un proconsulat en Sicile est une punition pour un favori qui veut rester à Rome et à la cour avec un grand crédit. (Volt.)

2 Tout lecteur voit dans ce vers la perfection de l'art. Auguste donne a Cinnu sa fille adoptive, que Ginna veut obtenir par l'assassinat d'Auguste. Le n.érite de ce vers ne peut échapper à personne. (Volt.)

3 II est trop bas de faire dire à Auguste qu'il a donné de l'argent à Emilie: et il est plus bas à Emilie de l'avoir rei^u, et d'avoir conspiré contre lui. (V.)

i En général , cette scène est d'un genre dont il n'y avait aucun exemple chez les anciens ni chez les modernes; détachée de la pièce, c'est un chefd'œuvre d'éloquence ; incorporée à la pièce . c'est un chef-d'œuvre encore plus grand. (Volt.)

Ui CINNA

CINNA

Un chef de conjurés la veut voir impunie !

MAXIME

Je veux voir Rome libre.

CINNA

Et vous pouvez juger Que je veux l'affranchir ensemble et la venger ' .

Octave aura donc vu ses fureurs assouvies , Pillé jusqu'aux autels, sacrifié nos vies, Rempli les champs d'horreur, comblé Rome de morts, Et sera quitte après pour l'effet d'un remords ! Quand le Ciel par nos mains à le punir s'apprête , Un lâche repentir garantira sa tête!

C'est trop semer d'appâts, et c'est trop inviter Par son impunité quelque autre à l'imiter. Vengeons nos citoyens, et que sa peine étonne Quiconque après sa mort aspire à la couronne. Que le peuple aux tyrans ne soit plus exposé : S'il eût puni Sylla, César eût moins osé.

MAXIME

Mais la mort de César, que vous trouvez si juste , A servi de prétexte aux cruautés d'Auguste : Voulant nous affranchir. Brute s'est abusé ; S'il n'eût puni César, Auguste eût moins osé.

CINNA

La faute de Cassie, et ses terreurs paniques. Ont fait rentrer l'État sous des lois tyranniques ; Mais nous ne verrons point de pareils accidents

• Pourquoi persister dans les principes qu'il va démentir, et dans une fourbe honteuse dont il va se repentir? N'était-ce pas dans ce moment-là même que ces mots Je vous donne Emilie , devaient faire une impression sur un homme qu'on nous donne pour digne petit-fils de Pompée? (Volt.)

Tant que Cinna est encore dans la fièvre anarchique et le désir de la passion , les bienfaits du tyran ne peuvent entrer dans son âme; ils produisent en lui l'indignation et non pas le remords; ce sont de nouveaux outrages; il rougirait de recevoir Emilie d'une main encore teinte du sang de son père. ^Geoffroy.)

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