ACTE II, SCÈNE II 2i
Lorsque Rome suivra des chefs moins imprudents.
MAXIME
Nous sommes encor loin de mettre en évidence Si nous nous conduirons avec plus de prudence : Cependant c'en est peu que de n'accepter pas Le bonheur qu'on recherche au péril du trépas.
CINNA
C'en est encor bien moins alors qu'on s'imagine Guérir un mal si grand sans couper la racine. Employer la douceur à cette guérison, C'est, en fermant la plaie, y verser du poison.
MAXIME
Vous la voulez sanglante , et la rendez douteuse.
CINNA
Vous la voulez sans peine, et la rendez honteuse.
MAXIME
Pour sortir de ses fers jamais on ne rougit.
CINNA
On en sort lâchement si la vertu n'agit.
MAXIME
Jamais la liberté ne cesse d'être aimable ;
Et c'est toujours pour Rome un bien inestimable.
CINNA
Ce ne peut être un bien qu'elle daigne estimer,
Quand il vient d'une main lasse de l'opprimer.
Elle a le cœur trop bon pour se voir avec joie
Le rebut du tyran dont elle fut la proie ;
Et tout ce que la gloire a de vrais partisans
Le hait trop puissamment pour aimer ses présents.
MAXIME
Donc pour vous Emilie est un objet de haine?
CINNA
La recevoir de lui me seroit une gêne.
Mais quand j'aurai vengé Rome des maux soufferts ,
Je saurai le braver jusque dans les enfers.
2 te CINNA
Oui, quand par son trépas je l'aurai méritée, Je veux joindre à sa main ma main ensanglantée, L'épouser sur sa cendre, et qu'après notre effort Les présents du tyran soient le prix de sa mort.
MAXIME
Mais l'apparence, ami, que vous puissiez lui plaire Teint du sang de celui qu'elle aime comme un père? Car vous n'êtes pas homme à la violenter.
CINNA
Ami, dans ce palais on peut nous écouter; Et nous parlons peut-être avec trop d'imprudence Dans un lieu si mal propre à notre confidence. Sortons; qu'en sûreté j'examine avec vous Pour en venir à bout les moyens les plus doux ' .
t L'observation la plus importante, à mon avis, c'est qu'ici l'intérêt change. On détestait Auguste, on s'intéressait beaucoup à Ciima : maintenant c'est Cinna que l'on hait; c'est en faveur d'Auguste que le cœur se déclare. Lorsque ainsi on s'intéresse tour à tour pour les partis contraires , on ne s'intéresse en eflet pour personne. (Volt.)
Est-il vrai que l'intérêt change ainsi? Le grand , le véritable intérêt, n'est-ce pas toujours celui qu'inspire le souverain du monde , cette tète sur laquelle repose le bonheur du genre humain, près de tomber sous les coups de quelques jeunes assassins? (Geoffroy.)
FIN DU DEUXIEME ACTE