ACTE IV. SCÈNK 11 26b
Et souffre des ingrats après l'avoir été.
Mais que mon jugement au besoin m'abandonne ! Quelle fureur, Cinna, m'accuse et te pardonne ? Toi, dont la trahison me force à retenir Ce pouvoir souverain dont tu me veux punir, Me traite en criminel, et fait seule mon crime , Relève pour l'abattre un trône illégitime, Et, d'un zèle effronté couvrant son attentat, S'oppose pour me perdre au bonheur de l'État? Donc jusqu'à l'oublier je pourroisme contraindre! Tu vivrois en repos après m'avoir fait craindre! Non, non, je me trahis moi-même d'y penser; Qui pardonne aisément invite à l'offenser : Punissons l'assassin, proscrivons les complices.
Mais quoi! toujours du sang, et toujours des supplices ! Ma cruauté se lasse, et ne peut s'arrêter ; Je veux me faire craindre, et ne fais qu'irriter. Rome a pour ma ruine une hydre trop fertile ; Une tête coupée en fait renaître mille. Et le sang répandu de mille conjurés Rend mes jours plus maudits et non plus assurés. Octave, n'attends plus le coup d'un nouveau Brute : Meurs, et dérobe -lui la gloire de ta chute; Meurs ; tu ferois pour vivre un lâche et vain effort , Si tant de gens de cœur font des vœux pour ta mort. Et si tout ce que Rome a d'illustre jeunesse Pour te faire périr tour à tour s'intéresse ; Meurs, puisque c'est un mal que tu ne peux guérir ; Meurs enfin, puisqu'il faut ou tout perdre, ou mourir. La vie est peu de chose, et le peu qui t'en reste Ne vaut pas l'acheter par un prix si funeste : Meurs, mais quitte du moins la vie avec éclat; Éteins-en le flambeau dans le sang de l'ingrat, A toi-même en mourant immole ce perfide ; Contentant ses désirs, punis son parricide ;
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Fais un tourment pour lui de ton propre trépas, En faisant qu'il le voie et n'en jouisse pas : Mais jouissons plutôt nous-même de sa peine; Et si Rome nous hait, triomphons de sa haine. 0 Romains , ô vengeance ! ô pouvoir absolu ! 0 rigoureux combat d'un cœur irrésolu Qui fuit en même temps tout ce qu'il se propose! D'un prince malheureux ordonnez quelque chose. Qui des deux dois-je suivre, et duquel m'éloigner? Ou laissez-moi périr, ou laissez-moi régner.