‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 148 sur 229 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

AUGUSTE'

Ciel, à qui voulez-vous désormais que je fie Les secrets de mon âme et le soin de ma vie? Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis , Si donnant des sujets il ôte les amis, Si tel est le destin des grandeurs souveraines , Que leurs plus grands bienfaits n'attirent que des haines, Et si votre rigueur les condamne à chérir Ceux que que vous animez à les faire périr. Pour elles rien n'est sûr ; qui peut tout doit tout craindre. Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre. Quoi ! tu veux qu'on t'épargne, et n'as rien épargné! Songe aux fleuves de sang où ton bras s'est baigné , De combien ont rougi les champs de Macédoine, Combien en a versé la défaite d'Antoine, Combien celle de Sexte, et revois tout d'un temps Pérouse au sien noyée, et tous ses habitants. Remets dans ton esprit, après tant de carnages , De tes proscriptions les sanglantes images. Où toi-même, des tiens devenu le bourreau , Au sein de ton tuteur enfonças le couteau ; Et puis ose accuser le destin d'injustice • Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton supplice, Et que, par ton exemple à ta perte guidés , Ils violent des droits que tu n'as pas gardés! Leur trahison est juste, et le Ciel l'autorise ; Quitte ta dignité comme tu l'as acquise ; Rends un sang infidèle à l'infidélité ,

1 Voilà encore une occasion où un monologue est bien placé : la situation d'Auguste est une excuse légitime; d'ailleurs il est bien écrit, les vers en sont beaux, les réflexions sont justes, intéressantes; ce morceau est digne du grand Corneille. (Volt.)

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