AUGUSTE, LIVIE, CINNA, MAXIME, EMILIE, FULVIE
AUGUSTE
Approche, seul ami que j'éprouve fidèle.
MAXIME
Honorez moins, seigneur, une âme criminelle.
AUGUSTE
Ne parlons plus de crime après ton repentir. Après que du péril tu m'as su garantir : C'est à toi que je dois et le jour et l'empire.
MAXIME
De tous vos ennemis connoissez mieux le pire : Si vous régnez encor, seigneur, si vous vivez , C'est ma jalouse rage à qui vous le devez. Un vertueux remords n'a point touché mon âme : Pour perdre mon rival j'ai découvert sa trame ; Euphorbe vous a feint que je m'étois noyé -, De crainte qu'après moi vous n'eussiez envoyé. Je voulois avoir lieu d'abuser Emilie,
1 Maxime vient ici faire un personnage aussi inutile que Livie... On ne s'intéresse qu'au sort de Cinna et d'Emilie, et la grâce de Maxime ne touche personne (Volt.)
2 C'est ainsi ciue Racine a dit :
Il lui feint qu'en xm lieu q^ie vous seul connaissez
Vous cachez des trésors par David amassés. [Alhal., act. I, se. i.)
-286 CINNA
Effrayer son esprit, la tirer d'Italie,
Et pensois la résoudre à cet enlèvement
Sous l'espoir du retour pour venger son amant :
Mais au lieu de goûter ces grossières amorces ,
Sa vertu combattue a redoublé ses forces.
Elle a lu dans mon cœur; vous savez le surplus,
Et je vous en ferois des récits superflus.
Vous voyez le succès de mon lâche artifice :
Si pourtant quelque grâce est due à mon indice',
A vos bontés, seigneur, j'en demanderois deux.
Le supplice d'Euphorbe et ma mort à leurs yeux.
J'ai trahi mon ami, ma maîtresse, mon maître ,
Ma gloire, mon pays, par l'avis de ce traître;
Et croirai toutefois mon bonheur infini,
Si je puis m'en punir après l'avoir puni.
AUGUSTE
En est-ce assez, ô Ciel! et le sort, pour me nuire,
A-t-il quelqu'un des miens qu'il veuille encor séduire?
Qu'il joigne à ces efforts le secours des enfers ;
Je suis maître de moi comme de l'univers ;
Je le suis, je veux l'être. 0 siècles! ô mémoire !
Conservez à jamais ma dernière victoire :
Je triomphe aujourd'hui du plus juste courroux
De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous.
Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie - ; Comme à mon ennemi je t'ai donné la vie ; Et, malgré la fureur de ton lâche dessein , Je te la donne encor comme à mon assassin. Commençons un combat qui montre par l'issue Qui l'aura mieux de nous ou donnée ou reçue. Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler;
1 Le mot propre est aveu. (Volt.)
2 C'est ce que dit Auguste qui est admirable; c'est là ce qui fit verser des larmes au grand Condé, larmes qui n'appartiennent qu'à ces belles ûmes. (Volt.)