‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 17 sur 229 · LE COMTE, D. RODRIGUE · texte numérisé non relu

LE COMTE, D. RODRIGUE

D. RODRIGUE

A moi, comte, deux mots.

LE COMTE

Parle.

D. RODRIGUE

Ote-moi d'un doute.

Connois-tu bien don Diègue ?

LE COMTE

Oui.

D. RODRIGUE

Parlons bas, écoute.

Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu, La vaillance et l'honneur de son temps ? Le sais-tu ?

LE COMTE

Peut-être.

62 LE r.ID

D. RODRIGUE

Cette ardeur que dans mes yeux je porte'. Sais-tu que c'est son sang? Le sais-tu?

LE COMTE

Que nfi'importe ?

D. RODRIGUE

A quatre pas d'ici je te le fais savoir.

Jeune présomptueux *.

D. RODRIGUE

Parle sans t'émouvoir.

Je suis jeune, il est vrai; mais aux âmes bien nées La valeur n'attend pas le nombre des années.

LE COMTE

Te mesurer à moi ! Qui t'a rendu si vain , Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main '?

D. RODRIGUE

Mes pareils à deux fois ne se font pas connaître ,

Et pour leur coup d'essai veulent des coups de maître.

LE COMTE

Sais-tu bien qui je suis?

D. RODRIGUE

Oui : tout autre que moi Au seul bruit de ton nom ponrroit trembler d'effroi. Mille et mille lauriers dont ta tête est couverte Semblent porter écrit le destin de ma perte ; J'attaque en téméraire un bras toujours vainqueur; Mais j'aurai trop de force , ayant assez de cœur. A qui venge son père il n'est rien d'impossible;

1 Une ardeur ne peut être appelée sang, par métaphore ni autrement. .Acad. — Si un homme pouvait dire de lui qu'il a de l'ardeur dans les yeux, y auiaitil une faute à dire que cette ardeur vient de son père, que c'est le sang de son père? N'est-ce pas le sang qui, plus ou moins animé, rend les yeux \ifs ou éteints? (Volt.)

2 Dans l'espagnol , le comte menace Rodrigue de ceni coups de pied. Cette menace peut être naturelle: mais pour cela elle n'en est pas plus digne.

Page 1