LE COMTE, D. RODRIGUE
D. RODRIGUE
A moi, comte, deux mots.
LE COMTE
Parle.
D. RODRIGUE
Ote-moi d'un doute.
Connois-tu bien don Diègue ?
LE COMTE
Oui.
D. RODRIGUE
Parlons bas, écoute.
Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu, La vaillance et l'honneur de son temps ? Le sais-tu ?
LE COMTE
Peut-être.
62 LE r.ID
D. RODRIGUE
Cette ardeur que dans mes yeux je porte'. Sais-tu que c'est son sang? Le sais-tu?
LE COMTE
Que nfi'importe ?
D. RODRIGUE
A quatre pas d'ici je te le fais savoir.
Jeune présomptueux *.
D. RODRIGUE
Parle sans t'émouvoir.
Je suis jeune, il est vrai; mais aux âmes bien nées La valeur n'attend pas le nombre des années.
LE COMTE
Te mesurer à moi ! Qui t'a rendu si vain , Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main '?
D. RODRIGUE
Mes pareils à deux fois ne se font pas connaître ,
Et pour leur coup d'essai veulent des coups de maître.
LE COMTE
Sais-tu bien qui je suis?
D. RODRIGUE
Oui : tout autre que moi Au seul bruit de ton nom ponrroit trembler d'effroi. Mille et mille lauriers dont ta tête est couverte Semblent porter écrit le destin de ma perte ; J'attaque en téméraire un bras toujours vainqueur; Mais j'aurai trop de force , ayant assez de cœur. A qui venge son père il n'est rien d'impossible;
1 Une ardeur ne peut être appelée sang, par métaphore ni autrement. .Acad. — Si un homme pouvait dire de lui qu'il a de l'ardeur dans les yeux, y auiaitil une faute à dire que cette ardeur vient de son père, que c'est le sang de son père? N'est-ce pas le sang qui, plus ou moins animé, rend les yeux \ifs ou éteints? (Volt.)
2 Dans l'espagnol , le comte menace Rodrigue de ceni coups de pied. Cette menace peut être naturelle: mais pour cela elle n'en est pas plus digne.