‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 177 sur 229 · SÉVÈRE, FABIAN · texte numérisé non relu

SÉVÈRE, FABIAN

SÉVÈRE

Cependant que Félix donne ordre au sacrifice , Pourrai-je prendre un temps à mes vœux si propice ' ? Pourrai-je voir Pauline, et rendre à ses beaux yeux L'hommage souverain que l'on va rendre aux dieux? Je ne t'ai point celé que c'est ce qui m'amène ; Le reste est un prétexte à soulager ma peine ; Je viens sacrifier, mais c'est à ses beautés Que je viens immoler toutes mes volontés.

FABIAN

Vous la verrez, seigneur.

SÉVÈRE

Ah ! quel comble de joie!

Cette chère beauté consent que je la voie!

1 II est bien peu décent, bien peu naturel , que Sévère n'ait pas encore vu lo gouverneur, et que ce gouverneur aille faire l'office de prêtre, au lieu de recevoir Sévère. Mais si Félix est allé le recevoir hors des murs, comment Polyeucte ne l'a-t-il pas accompagné? Comment n'a-t-il point parlé de Pauline? 11 est inconcevable que Sévère ignore que Pauline est mariée, et qu'il l'apprenne par son écuyer Fabian. Où parle ici Sévère? Dans la maison du gouverneur, dans un appartement où Pauline va bientôt le trouver : et il n'a point vu le gouverneur! et il ignore que ce gouverneur a marié sa fille '. (V.)

Sévère a vu le gouverneur, puisque Félix est allé le recevoir hors des murs; maintenant Félix donne ordre au sacrifice. Polyeucte ne l'a point accompagné , parce que , impatient de recevoir le baptême , il est sorti au premier acte avec Néarque pour se disposer à cette cérémonie, et que d'ailleurs il ignore l'arrivée de Sévère, dont il n'était pas encore question quand il est sorti. Tout nous parait bien conduit , bien enchaîné , bien à sa place. (P.)

312 POLYEUCTE

Mais ai-jesurson âme encor quelque pouvoir? Quelque reste d'amour s'y fait-il encor voir? Quel trouble, quel transport lui cause ma venue? Puis-je tout espérer de cette heureuse vue? Car je voudrois mourir plutôt que d'abuser Des lettres de faveur que j'ai pour l'épouser ; Elles sont pour Félix, non pour triompher d'elle : Jamais à ses désirs mon cœur ne fut rebelle ; Et, si mon mauvais sort avoit changé le sien, Je me vaincrois moi-même, et ne prétendrois rien ' .

FABIAN

Vous la verrez, c'est tout ce que je vous puis dire.

SÉVÈRE

D'où vient que tu frémis et que ton cœur soupire .' Ne m'aime-t-elle plus? éclaircis-moi ce point.

FABIAN

M'en croirez-vous, seigneur? ne la revoyez point ; Portez en lieu plus haut l'honneur de vos caresses ; Vous trouverez dans Rome assez d'autres maîtresses Et, dans ce haut degré de puissance et d'honneur, Les plus grands y tiendront votre amour à bonheur,

SÉVÈRE

Qu'à des pensers si bas mon âme se ravale ! Que je tienne Pauline à mon sort inégale! Elle en a mieux usé, je la dois imiter. Je n'aime mon bonheur que pour la mériter. Voyons-la, Fabian, ton discours m'importune; Allons mettre à ses pieds cette haute fortune; Je l'ai dans les combats trouvée heureusement, En cherchant une mort digne de son amant ; Ainsi ce rang est sien, cette faveur est sienne, Et je n'ai rien enfin que d'elle je ne tienne.

1 Tous ces sentiments sont d'une extrême délicatesse, et l'on se demi ide comment Voltaire a pu trouver que tout cela est peu convenable.

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