SCÈNE II PAULINE, STRATONIGE
PAULINE
Eh bien ! ma Stratonice , Comment s'est terminé ce pompeux sacrifice?
• On dirait bien de deux rivaux ennemis, c'esl beaucoup pour eux de se voir, c'est-à-dire ils ont fait un grand effort, ils ont surmonté leur aversion, ils ont pris »«/• eux de se voir; ici l'auteur veut dire : il est dangereux qu'ils se voient, mais il ne le dit pas. (Volt.)
-' Il faut le peu que j'ai d'espoir (VoLT.,
■' Il est fâcheux que ce monologue ne soit qu'une répétition des terreurs de Pauline, et surtout que le raisonnement y tienne souvent la place du sentiment.
i Issue se'rapporte à peur : une peur n'a point d'issue. (Volt.)
330 POLYEUCTE
Ces rivaux généreux au temple se sont vus?
STRATONICE
Ah! Pauline !
PAULINE
Mes vœux ont-ils été déçus ?
J'en vois sur ton visage une mauvaise marque. Se sont-ils querellés ?
STRATONICE
Polyeucte, Néarque, Les chrétiens...
PAULINE
Parle donc : les chrétiens...?
STRATONICE
Je ne puis.
PAULINE
Tu prépares mon âme à d'étranges ennuis.
STRATONICE
Vous n'en sauriez avoir une plus juste cause.
L'ont-ils assassiné ?
STRATONICE
Ce seroit peu de chose.
Tout votre songe est vrai, Polyeucte n'est plus. . .
PAULINE
Il est mort !
STRATONICE
Non , il vit ; mais, ô pleurs superflus ! Ce courage si grand, cette âme si divine, N'est plus digne du jour, ni digne de Pauhne. Ce n'est plus cet époux si charmant à vos yeux ; C'est l'ennemi commun de l'État et des dieux, Un méchant, un infâme, un rebelle, un perfide. Un traître, un scélérat, un lâche, un parricide, Une peste exécrable à tous les gens de bien , Un sacrilège impie, en un mot, un chrétien.