‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 194 sur 229 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

PAULINE

Ce mot auroit suffi sans ce torrent d'injures.

STRATONICE

Ces titres aux chrétiens sont-ce des impostures?

PAULINE

Il est ce que tu dis, s'il embrasse leur foi ; Mais il est mon époux, et tu parles à moi.

STRATONICE

Ne considérez plus que ce Dieu qu'il adore.

Je l'aimai par devoir ; ce devoir dure encore.

STRATONICE

Il vous donne à présent sujet de le haïr ;

Qui trahit tous nos dieux auroit pu vous trahir.

PAULINE

Je l'aimerois encor, quand il m'auroit trahie ; Et si de tant d'amour tu peux être ébahie ', Apprends que mon devoir ne dépend point du sien : Qu'il y manque , s'il veut ; je dois faire le mien. Quoi ! s'il aimoit ailleurs, serois-je dispensée A suivre, à son exemple, une ardeur insensée-? Quelque chrétien qu'il soit, je n'en ai point d'horreur; Je chéris sa personne, et je hais son erreur ^ Mais quel ressentiment en témoigne mon père ?

STRATONICE

Une secrète rage, un excès de colère, Malgré qui toutefois un reste d'amitié Montre pour Polyeucte encor quelque pitié. Il ne veut point sur lui faire agir sa justice,

1 Ébahie cesse d'être noble.

^Dispensée à suivre n'est pas français: elle veut dm seraisje autorisée à, (Volt.)

3 C'est dans l'âme d'une païenne un sentiment admirable. On sent déjà que Pauline

A trop de vertu pour n'être pas chrétienne.

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Que du traître Néarque il n'ait vu le supplice.

Quoi ! Néarque en est donc?

STRATONICE

Néarque l'a séduit; De leur vieille amitié c'est là le digne fruit. Ce perfide tantôt, en dépit de lui-même, L'arrachant de vos bras, le traînait au baptême. Voilà ce grand secret et si mystérieux Que n'en pouvoit tirer votre amour curieux.

PAULINE

Tu me blâmois alors d'être trop importune.

STRATONICE

Je ne prévoyois pas une telle infortune.

PAULINE

Avant qu'abandonner mon âme à mes douleurs'. Il me faut essayer la force de mes pleurs ; En qualité de femme ou de fille, j'espère Qu'ils vaincront un époux, ou fléchiront un père. Que si sur l'un et l'autre ils manquent de pouvoir, Je ne prendrai conseil que de mon désespoir. Apprends-moi cependant ce qu'ils ont fait au temple.

STRATONICE

C'est une impiété qui n'eut jamais d'exemple. Je ne puis y penser sans frémir à l'instant. Et crains de faire un crime en vous la racontant. Apprenez en deux mots leur brutale insolence.

Le prêtre avoit à peine obtenu du silence, Et devers l'orient assuré son aspect.

Qu'ils ont fait éclater leur manque de respect. A chaque occasion de la cérémonie, A l'envi l'un et l'autre étaloit sa manie.

' Il fiiudrait dire aujourd'hui aivi/it ijuc d'abandonner, ou uvanl d'ahan donner.

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