‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 202 sur 229 · POLYEUCTE · texte numérisé non relu

POLYEUCTE

ALBIN

Décie excusera l'amitié d'un beau-père ;

Et d'ailleurs Polyeucte est d'un sang qu'on révère.

FÉLIX

A punir les chrétiens son ordre est rigoureux ' ; Et plus l'exemple est grand, plus il est dangereux. On ne distingue point quand l'offense est publique Et lorsqu'on dissimule un crime domestique, Par quelle autorité peut-on, par quelle loi, Châtier en autrui ce qu'on souffre chez soi?

ALBLN.

Si vous n'osez avoir d'égard à sa personne. Écrivez à Décie afin qu'il en ordonne.

FÉLIX

Sévère me perdroit, si j'en usois ainsi. Sa haine et son pouvoir font mon plus grand souci. Si j'avois différé de punir un tel crime. Quoiqu'il soit généreux, quoiqu'il soit magnanime. Il est homme et sensible, et je l'ai dédaigné; Et de tant de mépris son esprit indigné , Que met au désespoir cet hymen de Pauline, Du courroux de Décie obtiendroit ma ruine. Pour venger un affront tout semble être permis , Et les occasions tentent les plus remis -. Peut-être, et ce soupçon n'est pas sans apparence, Il rallume en son cœur déjà quelque espérance; Et, croyant bientôt voir Polyeucte puni, Il rappelle un amour à grand'peine banni. Jugé si sa colère, en ce cas implacable. Me feroit innocent de sauver un coupable. Et s'il m'épargneroit, voyant par mes bontés Une seconde fois ses desseins avortés.

1 Un ordre à punir est un solécisme. (Volt.)

1 Remis, dans le sens du latin remissus . doux, paisi])le.

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