SCÈNE I FÉLIX, ALBIN, GLÉON
FÉLIX
Albin, as-tu bien vu la fourbe de Sévère' ? As-tu bien vu sa haine ? et vois-tu ma misère ?
ALBIN
Je n'ai rien vu en lui qu'un rival généreux, Et ne vois rien en vous qu'un père rigoureux.
FÉLIX
Que tu discernes mal le cœur d'avec la mine ! Dans l'âme il hait Félix et dédaigne Pauline ; Et, s'il l'aima jadis, il estime aujourd'hui Les restes d'un rival trop indignes de lui. Il parle en sa faveur, il me prie, il menace , Et me perdra, dit-il, si je ne lui fais grâce ; Tranchant du généreux , il croit m'épouvanter. L'artifice est trop lourd pour ne pas l'éventer. Je sais des gens de cour quelle est la politique ; J'en connois mieux que lui la plus fine pratique-.
1 Je ne doute pas <iue Corneille n'ait voulu faire contraster la bassesse de Félix avec la grandeur de Sévère. Les oppositions sont belles en peinture, en poésie, en éloquence... 11 n'en est pas ainsi au théâtre, les caractères lâches n'y sont presque jamais tolérés : on ne veut pas voir ce ([u'on méprise. Nonseulement Félix est méprisable, mais il se trompe toujours dans ses raisonnements. (Volt.) — C'est précisément ce qui décèle le pinceau du maître dans le caractère de Félix. On aime a voir sa politique basse et artificieuse toujours trompée : c'est un homme vicieux puni par son propre vice. (Palissot.)
2 Tout cela est bourgeois et comique. (Volt.)