‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 221 sur 229 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

POLYEUCTE

Je VOUS en parlerois ici hors de saison ; Elle est un don du Ciel, et non de la raison ; Et c'est là que bientôt, voyant Dieu face à face , Plus aisément pour vous j'obtiendrai cette grâce.

FÉLIX

Ta perte cependant me va désespérer.

POLYEUCTE

Vous avez en vos mains de quoi la réparer :

En vous ôtantun gendre on vous en donne un autre

Dont la condition répond mieux à la vôtre :

Ma perte n'est pour vous qu'un change avantageux.

FÉLIX

Gesse de me tenir ce discours outrageux.

Je t'ai considéré plus que tu ne mérites;

Mais, malgré ma bonté, qui croit plus tu l'irrites,

Cette insolence enfin te rendroit odieux ,

Et je me vengerois aussi bien que nos dieux.

POLYEUCTE

Quoi ! vous changez bientôt d'humeur et de langage ! Le zèle de vos dieux rentre en votre courage ! Celui d'être chrétien s'échappe! et par hasard Je vous viens d'obliger à me parler sans fard !

FÉLIX

Va, ne présume pas que, quoi que je te jure.

De tes nouveaux docteurs je suive l'imposture.

Je flattois ta manie , afin de t'arracher

Du honteux précipice où tu vas trébucher :

Je voulois gagner temps pour ménager ta vie

Après l'éloignement d'un flatteur de Décie ;

Mais j'ai trop fait d'injure à nos dieux tout-puissants :

Choisis de leur donner ton sang, ou de l'encens.

POLYEUCTE

Mon choix n'est point douteux. Mais j'aperçois Pauhne ; 0 Ciel!

368 POLYEUCTE

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