‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 24 sur 229 · D. FERNAND, D. SANCHE, D. ARIAS · texte numérisé non relu

D. FERNAND, D. SANCHE, D. ARIAS

D. SANCHE

Peut-être un peu de temps le rendroit moins rebelle;

1 Cette scène est presque aussi inutile que celle de l'infante, et d'ailleurs elle avilit le rei, qui n'est point obéi. (Volt.) — Cette scène, loin d'être inutile, annonce le caractère audacieux et la confiance présomptueuse du jeune don Sanche, qui se ilute, comme on le verra dans le cours de la pièce , non-seulement de venger le comte de Gormas, mais de disputer Chimène à Rodrigue. P.) — Cette scène, en outre, prépare l'esprit des spectateurs à la descente des Maures, qu'on apprend dans l'acte suivant. (A. M.)

On l'a pris tout bouillant encor de sa querelle ; Sire, dans la chaleur d'un premier mouvement, Un cœur si généreux se rend malaisément : ' Il voit bien qu'il a tort ; mais une âme si haute N'est pas sitôt réduite à confesser sa faute.

D. FERNAND

Don Sanche, taisez -vous, et soyez averti Qu'on se rend criminel à prendre son parti.

D. SANCHE

J'obéis, et me tais; mais, de grâce encor , Sire , Deux mots en sa défense.

D. FERNAND

Et que pourrez -vous dire?

D. SANCHE

Qu'une âme accoutumée aux grandes actions Ne se peut abaisser à des submissions.

Elle n'en conçoit point qui s'expliquent sans honte ; Et c'est à ce mot seul qu'a résisté le comte. Il trouve en son devoir un peu trop de rigueur, Et vous obéiroit s'il avoit moins de cœur. Commandez que son bras, nourri dans les alarmes, Répare cette injure à la pointe des armes : Il satisfera , Sire ; et vienne qui voudra ; Attendant qn'il l'ait su , voici qui répondra.

Vous perdez le respect; mais je pardonne à l'âge;

Et j'excuse l'ardeur en un jeune courage.

Un roi dont la prudence a de meilleurs objets

Est meilleur ménager du sang de ses sujets ;

Je veille pour les miens, mes soucis les conservent,

Comme le chef a soin des membres qui le servent.

Ainsi votre raison n'est pas raison pour moi :

Vous parlez en soldat, je dois agir en roi ;

Et quoi qu'on veuille dire, et quoi qu'il ose croire,

Le comte à m' obéir ne peut perdre sa gloire.

Page 1