ACTE II. SCÈNE VII
D'ailleurs l'affront me touche ; il a perdu d'honneur
Celui que de mon fils j'ai fait le gouverneur.
S'attaquer à mon choix, c'est se prendre à moi-même,
Et faire un attentat sur le pouvoir suprême.
N'en parlons plus. Au reste , on a vu dix vaisseaux
De nos vieux ennemis arborer les drapeaux;
Vers la bouche du fleuve ils ont osé paroître'.
D. ARIAS
Les Maures ont appris par force à vous connoitre : Et, tant de fois vaincus, ils ont perdu le cœur De se plus hasarder contre un si grand vainqueur.
Ils ne verront jamais sans quelque jalousie
Mon sceptre, en dépit d'eux, régir l'Andalousie.
Et ce pays si beau , qu'ils ont tant possédé ,
Avec un œil d'envie est toujours regardé.
C'est l'unique raison qui m'a fait dans Séville
Placer depuis dix ans le trône de Castille,
Pour les voir de plus près, et d'un ordre plus prompt
Renverser aussitôt ce qu'ils entreprendront.
D. ARIAS
Sire, ils ont trop appris, aux dépens de leurs têtes, Combien votre présence assure vos conquêtes. Vous n'avez rien à craindre.
D. FERNAND
Et rien à négliger.
Le trop de confiance attire le danger :
1 N'est-ce pas un grand défaut de parler avec tant d'indifférence du danger de l'État? N'aurait-il pas été plus intéressant et plus noble de commencer par montrer une grande inquiétude de l'approche des Maures et un embarras non moins grand d'être obligé de punir dans le comte le seul homme dont il espérait des services utiles dans cette conjoncture? N'eùt-ce pas même été un coup de théâtre que dans le temps où le roi eût dit : Je n'ai d'espérance que daiu le comte, on lui fût venu dire ; Le comte est mort? Cette idée même n'eùt-elle pas donné un nouveau prix au service que rend ensuite Rodrigue en faisant plus qu'on n'espérait du comte? (Volt.)
72 LE r,lD
Et le même ennemi que l'on vient de détruire , S'il sait prendre son temps est capable de nuire. Toutefois j'aurois tort de jeter dans les cœurs, L'avis étant mal sûr , de paniques terreurs ; L'effroi que produiroit cette alarme inutile , Dans la nuit qui survient troubleroit trop la ville. Faites doubler la garde aux murs et sur le port ; C'est assez pour ce soir'.