‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 5 sur 229 · SCENE III L'INFANTE, LÉONOR · texte numérisé non relu

SCENE III L'INFANTE, LÉONOR

LÉONOR

Madame, chaque jour même désir vous presse ; Et dans son entretien je vous vois chaque jour Demander en quel point se trouve son amour.

l'infante.

Ce n'est pas sans sujet : je l'ai presque forcée A recevoir les traits dont son âme est blessée. Elle aime don Piodrigue et le tient de ma main ; Et par moi don Rodrigue a vaincu son dédain : Ainsi de ces amants ayant formé les chaînes, Je dois prendre intérêt à voir finir leurs peines.

LÉONOR

Madame, toutefois, parmi leurs bons succès, Vous montrez un chagrin qui va jusqu'à l'excès. Cet amour qui tous deux les comble d'allégresse Fait- il de ce grand cœur la profonde tristesse? Et ce grand intérêt que vous prenez pour eux Vous rend -il malheureuse alors qu'ils sont heureux'/ Mais je vais trop avant, et deviens indiscrète.

l'infante.

Ma tristesse redouble à la tenir secrète. Écoute, écoute enfin comme j'ai combattu : Et, plaignant ma faiblesse, admire ma vertu.

L'amour est un tyran qui n'épargne personne : Ce jeune chevalier, cet amant que je donne. Je l'aime.

LÉONOR

Vous l'aimez !

l'infante.

Mets la main sur mon cœur ;

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