‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 8 sur 229 · LE COMTE, D. DIÈGUE · texte numérisé non relu

LE COMTE, D. DIÈGUE

LE COMTE

Enfin vous l'emportez, et la faveur du roi Vous élève en un rang qui n'étoit dii qu'à moi ' ;

1 La dureté, l'impolitesse, les rodomontiides du comte sont, à la vérité, intolérables; mais songez qu'il est puni.

.V. B. Aujourd'hui, quand les comédiens rejirésentent cette pièce, ils coran.encent par cette scène. 11 parait qu'ils ont très-grand tort ; car peut-on s'intéresser à la querelle du comte et de don Diegue , si on n'est pas instruit des amours de leurs enfants? L'affront que Gormas fait à don Diegue est un coup de théâtre, quand on espère qu'ils vont conclure le mariage de Chimène avec Rodrigue. Ce n'est point jouer te Cid. c'est insulter son auteur que de le tronquer ainsi. (Volt.)

C'est J.-B. Rousseau qui fit ce changement, et qui supprima le rôle de l'Infante. (P.iLISSOT.)

Il VOUS fait gouverneur du prince de Castille ' .

D. DIÈGUE

Cette marque d'honneur qu'il met dans ma famille Montre à tous qu'il est juste, et fait connoitre assez Qu'il sait récompenser les services passés.

Pour grands que soientles rois, ils sont ce que nous sommes, Ils peuvent se tromper comme les autres hommes ; Et ce choix sert de preuve à tous les courtisans Qu'ils savent mal payer les services présents.

D. DIÈGUE

Ne parlons plus d'un choix dont votre esprit s'irrite; La faveur l'a pu faire autant que le mérite ; Mais on doit ce respect au pouvoir absolu. De n'examiner rien quand un roi l'a voulu. A l'honneur qu'il m'a fait ajoutez -en un autre ; Joignons d'un sacré nœud ma maison à la vôtre ; Rodrigue aime Chimène, et ce digne sujet De ses affections est le plus cher objet ; Consentez-y, Monsieur, et l'acceptez pour gendre.

LE COMTE

A de plus hauts partis Rodrigue doit prétendre ; Et le nouvel éclat de votre dignité Lui doit enfler le cœur d'une autre vanité. Exercez-la, Monsieur, et gouvernez le prince ; Montrez -lui comme il faut régir une province, Faire trembler partout les peuples sous sa loi. Remplir les bons d'amour, et les méchants d'effroi. Joignez à ces vertus celles d'un capitaine ;

1 Dans l'auteur espagnol, le roi nomme don Diègue gouverneur en présence du comte et de la cour; cela est encore plus théâtral. Du reste, dans cette scène et dans les suivantes, Corneille suit souvent de très-près son modèle, et plusieurs fois il le traduit littéralement; mais il n'emprunte rien qu'il n'embellisse, et par conséquent qu'il ne se rende propre.

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