ACTE I, SCÈNE VI :i
Montrez -lui comme il faut s'endurcir à la peine', Dans le métier de Mars se rendre sans égal , Passer les jours entiers et les nuits à cheval, Reposer tout armé, forcer une muraille, Et ne devoir qu'à soi le gain d'une bataille. Intruisez-le d'exemple, et vous ressouvenez Qu'il faut faire à ses yeux ce que vous enseignez.
Pour s'instruire d'exemple, en dépit de l'envie, Il lira seulement l'histoire de ma vie. Là, dans un long tissu de belles actions, Il verra comme il faut dompter les nations, Attaquer une place, ordonner une armée, Et sur de grands exploits bâtir sa renommée.
LE COMTE
Les exemples vivants ont bien plus de pouvoir ;
Un prince dans un livre apprend mal son devoir.
Et qu'a fait, après tout, ce grand nombre d'années,
Que ne puisse égaler une de mes journées?
Si vous fûtes vaillant, je le suis aujourd'hui,
Et ce bras du royaume est le plus ferme appui.
Grenade et l'Aragon tremblent quand ce fer brille;
Mon nom sert de rempart à toute la Castille ;
Sans moi vous passeriez bientôt sous d'autres lois,
Et vous auriez bientôt vos ennemis pour rois.
Chaque jour, chaque instant, pour rehausser ma gloire,
Met lauriers sur lauriers, victoire sur victoire.
Le prince, à mes côtés , feroit dans les combats
1 Dans loriginal , c"est au roi que le comte dit : « Si le vieux Die.izue Lainez surcombe déjà, accablé sous le poids des ans, pourra-t- il montrer dans sa conduite la force et la sagesse nécessaires? et quand il faudra enseigner au prince les exercices d'un habile chevalier dans les combats et dans les fêtes, pourrat-il lui donner l'exemple, comme je le fais chaque jour, de rompre une lance en éclats, de mettre un cheval hors d'haleine? » — On sent ici toute la supériorité de Corneille. Chez lui , la jatcance du comte a une certaine noblesse. Dans le lioëte espagnol , le comte ne fait preuve que d'une basse et lâche jalousie.
o2 LE GID
L'essai de son courage à l'ombre de mon bras; Il apprendroit à vaincre en me regardant faire; Et, pour répondre en hâte à son grand caractère, Ilverroit...
D. DIÈGUE
Je le sais, vous servez bien le roi : Je vous ai vu combattre et commander sous moi : Quand l'âge dans mes nerfs a fait couler sa glace, Votre rare valeur a bien rempli ma place ; Enfin, pour épargner des discours superflus, Vous êtes aujourd'hui ce qu'autrefois je fus. Vous voyez toutefois qu'en cette concurrence Un monarque entre nous met quelque différence.
LE COMTE
Ce que je méritois vous l'avez emporté.
D. DIÈGUE
Qui l'a gagné sur vous l'avoit mieux mérité.
LE COMTE
Qui peut mieux l'exercer en est bien le plus digne.
D. DIÈGUE
En être refusé n'en est pas un bon signe.
LE COMTE
Vous l'avez eu par brigue, étant vieux courtisan.
D. DIÈGUE
L'éclat de mes hauts faits fut mon seul partisan.
Parlons-en mieux, le roi fait honneur à votre âge.
D. DIÈGUE
Le roi, quand il en fait, le mesure au courage.
LE COMTE
Et par là cet honneur n'était dû qu'à mon bras.
D. DIÈGUE
Qui n'a pu l'obtenir ne le mériloit pas.
LE COMTE
Ne le méritoit pas! moi?