‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 83 sur 229 · SCÈNE VI HORACE, CURIACE, SARINE, CAMILLE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI HORACE, CURIACE, SARINE, CAMILLE

CURIACE

Dieux! Sabine le suit! Pour ébranler mon cœur Est-ce peu de Camille? y joignez-vous ma sœur? Et, laissant à ces pleurs vaincre ce grand courage, L'amenez-vous ici chercher même avantage ?

SABLNE.

Non, non, mon frère ; non, je ne viens en ce lieu ' Que pour vous embrasser et pour vous dire adieu. Votre sang est trop bon , n'en craignez rien de lâche , Rien dont la fermeté de ces grands cœurs se fâche ; Si ce malheur illustre ébranlait l'un de vous , Je le désavouerois pour frère ou pour époux, Pourrois-je toutefois vous faire une prière

1 Camille ne s'adressait qu'à Curiace ; Sabine s'adresse à la fois à son frère et à son époux. Moins passionnée que Camille , elle parle avec plus de calme.

Digne d'un tel époux et digne d'un tel frère? Je veux d'un coup si noble ôter l'impiété , A l'honneur qui l'attend rendre sa pureté, La mettre en son état sans mélange de crimes , Enfin je veux vous faire ennemis légitimes.

Du saint nœud qui vous joint je suis le seul lien ; Quand je ne serai plus, vous ne vous serez rien. Brisez votre alliance, et rompez-en la chaîne; Et puisque votre honneur veut des effets de haine, Achetez par ma mort le droit de vous haïr. Albe le veut , et Rome; il faut leur obéir : Qu'un de vous deux me tue, et que l'autre me venge ; Alors votre combat n'aura plus rien d'étrange, Et du moins l'un des deux sera juste agresseur, Ou pour venger sa femme, ou pour venger sa sœur. Mais quoi ! vous souilleriez une gloire si belle , Si vous vous animiez par quelque autre querelle : Le zèle du pays vous défend de tels soins , Vous feriez peu pour lui si vous vous étiez moins ; Il lui faut, et sans haine, immoler un beau-frère. Ne différez donc plus ce que vous devez faire; Commencez par sa sœur à répandre son sang ; Commencez par sa femme à lui percer le flanc , Commencez par Sabine à faire de vos vies Un digne sacrifice à vos chères patries ' : Vous êtes ennemis en ce combat fameux, Vous d'Albe, vous de Rome, et moi de toutes deux. Quoi 1 me réservez-vous à voir une victoire Où pour haut appareil d'une pompeuse gloire,

1 Quand Sabine vient proposer à son frère et à son mari de lui donner la mort, on sait trop qu'ils ne le feront ni l'un ni l'autre. Ce n'est donc qu'une vaine déclamation ; car Sabine ne doit pas plus le demander qu'ils ne doivent le faire; c'est un remplissage amené par des sentiments peu naturels. (La Harpe.)

Ne peut-on pas répondre que tout ce discours de Sabine est ironique? Dès lors toute cette critique tombe.

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