ACTK II, SCÈNE VI
Je verrai les lauriers d'un frère ou d'un mari Fumer encor d'un sang que j'aurai tant chéri? Pourrai-je entre vous deux régler alors mon âme , Satisfaire aux devoirs et de sœur et de femme , Embrasser le vainqueur en pleurant le vaincu? Non, non : avant ce coup Sabine aura vécu ; Ma mort le préviendra de qui que je l'obtienne; Le refus de vos mains y condamne la mienne. Sus donc! qui vous retient? Allez, cœurs inhumains, J'aurai trop de moyens pour y forcer vos mains; Vous ne les aurez point au combat occupées, Que ce corps au milieu n'arrête vos épées; Et, malgré vos refus, il faudra que leurs coups Se fassent jour ici pour aller jusqu'à vous*.
0 ma femme!
CURIACE
0 ma sœur !
CAMILLE
Courage! ils s'amollissent-.
SABINE
Vous poussez des soupirs , vos visages pâlissent ! Quelle peur vous saisit? Sont-ce là ces grands cœurs, Ces héros qu'Albe et Rome ont pris pour défenseurs?
Que t'ai-je fait, Sabine? et quelle est mon offense
Qui t'obhge à chercher une telle vengeance?
Que t'a fait mon honneur? et par quel droit viens-tu
1 Voltaire dit que Sabine est inutile, qu'elle n'est introduite dans la pièce que pour se plaindre. Sabine est dans la pièce ce qu'une femme est au sein de sa famille; elle est avec son mari, son frère, sa belle-sœur, son beau père; elle ne se bat point comme Horace et Curiace, mais elle tremble pour ceux qui se battent; elle n'est point tuée comme Camille, mais elle est en proie à des alarmes plus cruelles que la mort. (Geoffroy.)
2 Comparez dans Polyeucte :
Mais , courage ! il s'émeut! je vois couler ses larmes.
Avec toute ta force attaquer ma vertu ? Du moins contente-toi de l'avoir étonnée , Et me laisse achever cette grande journée. Tu me viens de réduire en un étrange point; Aime assez ton mari pour n'en triompher point : Va-t'en, et ne rends plus la victoire douteuse ; La dispute déjà m'en est assez honteuse; Souffre qu'avec honneur je termine mes jours.
SABINE
Va, cesse de me craindre, on vient à ton secours.