‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 90 sur 229 · SCÈNE III SABINE, CAMILLE*, JULIE · texte numérisé non relu

SCÈNE III SABINE, CAMILLE*, JULIE

SABINE

Ma sœur, que je vous die unebonne nouvelle.

CAMILLE

Je pense la savoir, s'il faut la nommer telle ;

On l'a dite à mon père, et j'étois avec lui ;

Mais je n'en conçois rien qui flatte mon ennui.

Ce délai de nos maux rendra leurs coups plus rudes,

Ce n'est qu'un plus long terme à nos inquiétudes ;

Et tout l'allégement qu'il en faut espérer.

C'est de pleurer plus tard ceux qu'il faudra pleurer.

SABINE

Les dieux n'ont pas en vain inspiré ce tumulte.

CAMILLE

Disons plutôt, ma sœur, qu'en vain on les consulte. Ces mêmes dieux à Tulle ont inspiré ce choix, Et la voix du public n'est pas toujours leur voix. Ils descendent bien moins dans de si bas étages Que dans l'âme des rois, leurs vivantes images, De qui l'indépendante et sainte autorité Est un rayon secret de leur autorité *.

JULIE

C'est vouloir sans raison vous former des obstacles. Que de chercher leur voix ailleurs qu'en leurs oracles ; Et vous ne vous pouvez figurer tout perdu, Sans démentir celui qui vous fut hier rendu.

1 La présence de Camille donne à cette scène un peu de mouvement.

î Les pressentiments de Camille sont naturels; mais ce qui ne l'est pas, ce sont ces longues dissertations, ces espèces de plaidoiries d'un personnage contre un autre. Ce défaut s'explique par la nécessité où était l'auteur de mettre au fait de tout des spectateurs qui ne saisissaient pas rapidement.

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