‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 91 sur 229 · ACTE m, SCÈNE III i · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE III i

CAMILLE

Un oracle jamais ne se laisse comprendre ' ;

On l'entend d'autant moins que plus on croit l'entendre :

Et, loin de s'assurer sur un pareil arrêt,

Qui n'y voit rien d'obscur doit croire que tout l'est,

SABINE

Sur ce qu'il fait pour nous prenons plus d'assurance, Et souffrons les douceurs d'une juste espérance. Quand la faveur du Ciel ouvre à demi ses bras , Qui ne s'en promet rien ne la mérite pas ; Il empêche souvent qu'elle ne se déploie ; Et lorsqu'elle descend, son refus la renvoie.

CAMILLE

Le Ciel agit sans nous en ces événements , Et ne les règle point dessus nos sentiments *.

JULIE

11 ne vous a fait peur que pour faire grâce. Adieu ; je vais savoir comme enfin tout se passe '. Modérez vos frayeurs, j'espère, à mon retour. Ne vous entretenir que de propos d'amour. Et que nous n'emploierons la fin de la journée Qu'aux doux préparatifs d'un heureux hyménée.

SABINE

J'ose encor l'espérer.

CAMILLE

Moi , je n'espère rien.

JULIE

L'effet vous fera voir que nous en jugeons bien.

1 Un oracle dit-il tout ce qu'il semble dire? (Racine , Iphigénie.)

2 Dessus était alors une préposilion ; aujourd'hui il ne s'emploie plus que comme adverbe.

3 Ce vers de comédie démontre l'inutilité de la scène. (Volt.)

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