‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 117 sur 153 · HENRI IV, ROI D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

HENRI IV, ROI D'ANGLETERRE

IP PARTIE. — TRAOÉDIE.

Northumberland, père de Percy, désespéré de la défaite des rebelles et de la mort de son fils , forme une nouvelle ligue contre le roi, avec l'archevêque d'York et plusieurs autres seigneurs. Le roi Henri» averti de ce nouvel orage, assemble une armée qu'il envoie contre les révoltés , sous les ordres de son fils, Jean de Lancastre. Northumberland, ne se sentant pas assez fort, se réfugie en Ecosse ; les rebelles se prêtent aux voies d'accommodement que le prince Jean leur fait proposer.

SUR HENRI IV.— lie PARTIE. 5^5

La paix se conclut le rerre à la main. Mais à peine les factieux sont-ils dispersés , que le prince Jean fait arrêter l'archevêque d*York et deux autres chefs. Northumberland, qui arrive d'Ecosse avec un corps de troupes , est défait. La joie que cause au roi cette double nouvelle aggrave sa maladie. Il fait placer alors sa couronne auprès de lui^ défendant que personne n'entre dans son appartement , sans être appelé. Le prince de Galles> dont la conduite n'est pas plus régulière qu'auparavant, croyant son père près de mourir, s'introduit dans sa chambre, et enlève la couronne. Henri s'éveille, et, apprenant l'action de son fils; i^ le fait venir, et déplore devant lui le malheur des pères à qui le ciel a donné des enfants ingrats. Il lui reproche l'avidité avec laquelle il s'est emparé de sa couronne avant sa mort. Le prince de Galles, pénétré d'une douleur sincère, déteste les égaremenls de sa jeunesse, et promet de faire oublier ses vices par des vertus opposées. Le roi, touché de son repentir, l'embrasse, le déclare son héritier, meurt peu après, et le prince de Galles devient son successeur, sous le nom de Henri V. Par des marques d'amitié vives et sincères, il rassure tous ceux qui ont été attachés à son père ; il bannit de Londres Falstaff et les compagnons de ses débauches.

Shakspeare composa, dit-on, cette pièce en 15d8. L'action embrasse une période de neuf ans, qui commence à la mort de Hotspur, en 1403, et se termine au couronnement de Henri Y, en 1412-13. Plusieurs scènes de cette ieeonde Partie sont fortes et pathétiques ; mais , en général , elles sont plus libres que dans la première Partie, Shallow est le portrait bizarre et plaisant d'un magistrat sans cervelle ; caractère qui pourrait bien n'être pas particulier au Glocestershire. En exposant ainsi sa dignité au ridicule du public, Shakspeare s'est amplement vengé d'un vieux juge du Warwickshire.

Falstaff, ayant choisi pour recruter sa compagnie deux pauvres misérables tout contrefaits , répond à Shallow qui se récrie sur ce choix :

<c Voulez-vous m'apprendre, monsieur Shallow, à choisir un homme? Est-ce que je me soucie, moi, des membres, de la largeur, de la stature, de la corpulence, et de toutes ces formes robustes? Donnez-moi le cœur, monsieur Shallow. Voilà un bossu, par exemple : vous voyez k quel point il est contrefait; eh bien> I, 35

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c'est un homme qui vous chargera et fera partir aoo mousquet aussi Yite que le marteau d'un chaudronnier..^, £t cet autre demi-Tisage, ce maraud de l'ombre, voilà encore un homme comme il m'en faut. Gela ne présente ni but ni «urCaoe à l'eiHnemi. Celui qui voudra tirer sur lui pourrait 4out «ussi l^ilement ajuster le tranchant d'un canif*.... Ohl donnez-moi les hommes de rebut, et mettez au rebut les hommes d'élite.

Bardolph* — Tenez- vous , bossu ; marche I comme cela.

JFoifl. — Allons 9 maniez votre mousquet Bien, avan-

cez*.... fort bien parfaitement bien.^... Doouez-moi tott«-

jours un soldat vieux, maigre, ratatiné, pelé. »

Rien de plus plaisant que Ténumération que Falstaff fait des joyeuxeffets de la boisson.

a Une bonne bouteille de via de Xérès produit deux grands » effets. Premièrement, elle monte à la tête, s'empare de mon » cerveau, y dessèche toutes les vapeurs .noires et épaisses qui » l'enviromient; elle rend la conception vive, légère, la rem- » plit de traits soudains, animés, chaxmBnts,.quirGoiMnuiûqués B) à la voix, jalilissent en excellentes saillies. Le second avaii- D tage qu'on retire do cette délicieuse boisson de Xérès» c'est B qu'elle réâiauffe le seng auparavant freid et traoquttle (ce qui » est la marque évidente de la pnsiliammité et de ia làohelé) ; » mais le Xérès le ranime et le lût oirouker de l'intérieur aux JD extrémités. #1 j'avais rmille fils, poursnitriil, le pcemier pria. » cipe viril que je leur donnerais serait de renoncer à toute » maigre boisson, et de s'adonner au wa tdfltfpttgm^

Falstaff se réjouît avec ses amis du couronnement de Henri Y :

aFakt. —Allons, Bardolph, partons; selle mon cheval. -- Maître Robert Shallow» choisis la place qu9 tu voudras dans tout le pays, elle t'appartient; et toi, Pis toi, je te surchargerai de dignités.

Bard. — O jour heureux I je ne donnerais pas ma fortune pour une baronie.

Falsi. — Maître Shallow, milord Shallow, vois ce que tu veux être. Je suis l'intendant de la fortune; prends tes bottes,

BOUS voyagerons toute la nuit. — Viens, Pistol Cherche dans

ta tête quelque emploi qui te fasse pkiisir. — Vos bottes , vos .bottes, maître Shallow l je suis «ùr que le jeune roi languit

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après mm. Preftods }e»6hwmi é» prenne t«tu, a'impovte qui. Les lois d'Angleterre sont actuellement à mes of^ite^^ Heureux ceux qui ont été mes amis» et maU^ur à milor,d grand-juge. »

Fatstaff et SIteHow anrirefftr après fe couromiemem , et , en altendenit te peraM^ du rd, s'entretiennent ainsi :

Maki, -^ <» Cette ttaQièr«>Bioée8toGteM présevier sicrd ntiotf x enciHre s«»aUTf ée. Vesk mbfnma^ù& râRi9«tittac& fve^ f «rais^ d« le vw.

Sh^L -^ Odii, c'en ea4^ mt prwiv^*.

*W»tH— " Cirl^ fWt voir V»jtenir ds^mon aOéctioiir

Sfeo/i* ~« Oniv saaa doate.

J^o^^ -^ M«ft dévcnemeat.

^fe«;^ -«. GerlaiaiemeBt, eertaiaitintiit, ^ma^rei rmmr.

FahU — CvU) a Tair d'an àtmane qait a coQira 1* poste jcwr ei. nût» sans délâiérer, son» aoagep à vieB^ sftntf m donner le tMifMr.dft olmi^» d£ ebonise.

Oa apprend à FalatafT que sa miOtres^e est arrêtée^; iUéi^Qad. avec confiance :

c( J# la éÉMvxtriL »

IL se préacate au roi qai lui dM :

« Je ne te connais pa^r....^. j'^i ré^ bn^enfrps (f mi Iromme » qoî te resscmMswh.... mfaîs jcsttîSîréreiflè, je* méprise' àrcto » rêve. »

JMik*mOii&ii»Éiii^ti# s^i» jQii%î j«r. fou* pM tte meiteaK iettér%||oiiK <i«i0!jft puisse kl. jr«i»9f0rtAr

jra;«i. N'ayez pas d!iitii«itiicl« «m» t^airelorflaoe k JA^ «tisu encore, tel que vous me voyez, Thomme qui vous fera grand seigneut. '

Afcotf ..-^ Je ne VDi».paft'trop!. qomoMafv àmomsMi^e'Vous-Be BM>âoaiReirT(rtfQ p)irpoÎQÉ^e(t çgie ¥oas ne me'r^odibaiiirKieB; de paîttei. J« vouB^eà pne ^ nm. cher siir Jean ^ sw; Iim mUbt H VMS rendez-n^en s«ulaiinttt.€Niq ceott^

Réflexions de Henri IV sur les troubles inséparables de la royauté.

a Combien de milliers de mes sujets les plus pauvres dorment

» à l'heure qu'il esti Sommeil, bienfaisant sommeil, doux

D réparateur de nos forces, comment as-tu fui loin de moi ? pour- » quoi ne viens-tu plus appesantir mes paupières, et plonger » dans Toubli mes sens assoupis ? Pourquoi, sommeil, te plais- » tu mieux dans la chaumière enfumée , sur un lit dur et in- » commode, accompagné du bourdonnement des insectes noc- » tûmes , que dans les chambres parfumées des grands , sous » un dais riche et brillant , où les sons d'une douce mélodie » invitent au repos? Dieu bizarre, pourquoi vas-tu partager le 2) lit infect du misérable, et laisses-tu la couche d'un roi aussi ï> privée de repos que le cadran d'une horloge, ou la cloche qui » sonne l'alarme? Quoil tu vas fermer les yeux du mousse sur la » cime élevée et périlleuse du mât, et tu l'endors bercé par le » rouhs des flots que soulève la tempête, tandis qu'il est assailli )i> par les vents qui fondent sur les vagues désastreuses, hérisx> sent leurs têtes énormes, et les suspendent dans le voisinage » des nues, avec un bruit assourdissant, capable de réveiller les D morts I 0 sommeil, quelle partialité à toi, de prodiguer, dans D les heures du bouleversement, la douceur de ton repos au » matelot trempé d'ondes écumantes ; et , au sein de la nuit la )» plus calme et la plus tranquille, appelé par tous les moyens 3> et par toutes les séductions imaginables, de te refuser à un 2> roi l Dormez donc en paix , heureux misérables I C'est au ï> milieu des inquiétudes.que repose la tête qui porte une cou- » ronne. d

a Ociell que ne peut-on lire dans le livre des destins! »

«r Le jeune homme le plus heureux , à Taspect de la route D qu'il faut suivre à travers la vie, des périls qu'il dotti^ncon- » trer, des traverses qui l'attendent , ne songerait plus qu'à » fermer le livre, à s'asseoir et mourir. x>

Le grand-juge Gascoygne se justifiant devant Henri :

— « Soyez aujourd'hui le père , et figiirez-voHS que vous avez un fils, et que vous apprenez qu'il a profané votre di-* gnité au point de voir vos plus redoutables lois méprisées avec tant de légèreté, et vous-même dédaigné par ce fils;

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eosuîte imaginez- vous qaé je remplis votre r61e , et que c'est au nom de votre autorité que j'impose avec douceur silence à votre fils. Après cet examen fait de sang-froid y prononcer, comme il convint à votre condition de roi , ce que j'ai fait de contraire aux devoirs de ma place, à rhonneur démon caractère, à la majesté de mon souverain.

H€nri F. — Vous servirez de père à ma jeunesse. Ma voix ne sera que l'écho des paroles que vous ferez entendre à mon oreille. »

La république des abeilles.

« Ainsi s'empressent les abeilles, insectes qui, par une loi de » la nature , donnent l'exemple de l'ordre à des empires puis- » sants. Elles ont un chef et des officiers pour tous les emplois: » les uns, comme des magistrats, veillent à la police intérieure; » d'autres , comme des marchands , exercent au dehors leur » industrie; d'autres enfin, comme des soldats armés de longs » dards, vont piller les doux trésors du printemps, et , avec » une pompe triomphale, rapportent leur butin à la tente » royale de leur monarque. Pour lui , attentif aux soins de » l'empire, il surveille les architectes bourdonnants qui élèvent » des portiques d'or; les simples citoyens chargés de recueillir » le miel , les pauvres portefaix qui déposent leurs pesants » fardeaux sur le seuil étroit de son palais , et le juge à l'œil » sévère, qui, avec un sinistre murmure , livre aux farouches » exécuteurs des lois le frelon oisif et inutile. »

La Renommée représentée avec une foule de langues :

« Ouvrez vos oreilles; car parmi vous qui refuse d'entendre, » quand la bruyante Renommée élève la voix? C'est moi qui » sans cesse, de l'orient aux froids rivages de l'occident, por- » tée par les vents au lieu de coursiers, raconte dès leur nais- » sance les événements qui se succèdent ici-bas. Sur mes lan- » gués innombrables voltigent d'éternels mensonges, que » j'exprime dans tous les idiomes divers, quand je repais l'o- » reille des hommes de rapports infidèles. Je les entretiens » de paix , tandis qu'une sourde inimitié emprunte le sourire » de la confiance pour mieux abuser le monde. Et quel autre » que la Renommée , quel autre que moi passe en revue de » formidables légions, et fait des apprêts de défense , pendant

^50 NOTiCB

» qm les peuple» mesatièt deqiielqiie «ntre antltMar iTttMtt* » dest aux rata^M delà fiiirre bamicide, et q^^ n*tû esi rien 9 cependant? La Renommée «st «le tranpetle où les Soup- » çooB, la Défiance, les Conjeeturei tonfAent tour 4 toar, et » dont k jeu est si lacile».qiie le monstre a«K cent têtes, 11m« » bécile vulgaire peut remboaeh«r,«... Les courriers volent a en tous licox^et aueun d*euï n'apporte que les noutelles » <^u'U apprend de noi. <jrÉpe ans bôaehes de la itoiommée, » les mortels reçoivent des joies mensongères pires qm des » maux réels. »

A ce tableau joi|piona celui qu'en a donné Rousseau :

QueDe est cette déesse énorme, Oa plutôt ce monstre difîorme^ Tout couvert d^oreilles et d'yeux, Dont la voix ressemble au tonnerre, Et quS, des pieds touchant la terre.

Cache sa tète dans les deux?

C'est riaconstante Ranommée, Qui, sans c^e les yeux ouverts, Fatt m. ravoe aceoatomëe Dana taoi les coins da Punivers.

Toujonn vaâse, tpuJooM enaate, £t massage» indifférante Pa vérités et de l^nvaury Sa voix, an merveiUai f écoade, Va, chez tous les peuples du monde, Semer le brait et la terrecrr.

VirgAe , dans le quatrième livre de VEnéide , a également donné la description de la Renommée, qui a été imitée depuis par Bolieau , au deuxième chant du £u/rin, et par Voltaire, au huitième chant de la U^riade.

TBA6ÉDIB.

Celte pièce renferme ua tableau flatteur, poar les Anglais» des exploits de Henri , vainqueur à la bataille d'Asincourt. L'auteur y a introduit des chœurs destinés à apprendre aux spect ateurs ce qui se passe dans Tinterfalle d*uû acte à Tautre: il a imité en cela les tragiques grecs , exemi^e que Racine a suivi depuis dans Esther, et dans le plus beau de ses ouvrages, AthcUie,

Au moment où Henri s'embarque pour la conquête de la France, on lui remet des lettres de trois seigneurs qui ont reçu de Fargent de Vennemi pour l'assassiner. En ce moment y un Anglais est arrêté pour avoir mal parlé du roi. Henri consulte son conseil , et surtout les trois seigneurs perfides, sur le désir qu'il a de faire grâce ù ce malheureux* Les trois seigneurs s'y opposent vivement , en lui représentant combien cet acte de clémence serait dangereux au conuuencement de son règne. Henri feint de se rendre à leurs raisons» Un moment après, ils lui demandent leurs brevets pour la guerre de France. Le roi leur donne leurs lettres interceptées ; ils tombent aussitôt à ses pieds, pénétrés de surprise et de crainte. Henri leur répond qu*il8 ont eux-mêmes prononcé leur sentence et les envoie à la mort.

Les compagnons de Falstaff fournissent encore matière à plusiears scènes comiques. Le monologue de Henri, dont l'armée est réduite aux dernières extrémités et que les Français vont attaquer, contient une belle leçon pour les rq^.

Les événements compris dans cette pièce commencent vers la dernière moitié de la première année du règne du roi Henri, et se terminent à la huitième , au mariage de ce prince avec Catherine de France, qui met fin aux différends entre les

deux couronnes. Ce drame fut écrit en 1599, époque à laquelle le comte d'Essex commandait eu Irlande les forces d'Elisabeth. Shakspeare, qui avait déjà montré les faiblesses et la dissipation de Henri, lorsqu'il était prince de Galles, se vit dans la nécessité de retracer la dignité et Téclat de sou caractère, lorsqu'il fut monté sur le trône. Dans ce travail , à une exception près ( la scène de ses amours }, il a complètement réussi. Le récit de la mort de Falstaff» fait par la vieille femme, est très-bien écrit; il est d'un pathéticpie simple; les détails en sont naturels. Tout lecteur dit à regret adieu au vieux et facétieux chevalier, dont les plaisanteries ont si souvent provoqué l'hilarité. A l'égard de Pistol , le docteur Johnson dit que son caractère a peut-être été le modèle de ces bravaches qu'on voit encore paraître sur la scène anglaise. Une des plus frappantes images qu'on trouve dans Shakspeare , c'est celle quMl donne de la guerre, dans les premiers vers du prologue :

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