Acte I. — Chœur
a Que ne suis-je animé du feu sacré d'une muse qui élève mon génie jusqu'au ciel le plus brillant que l'imagination puisse enfanter, un royaume pour théâtre, des princes pour acteurs , et des monarques pour spectateurs de cette sublime scène ! C'est Alors qu'on verrait le belliqueux Henri, sous ses traits naturels , avec la majesté du dieu Mars , menant en laisse la famine , la guerre et l'incendie, comme des limiers rampants à ses pieds. Mais pardonnez, indulgente assemblée, pardonnez à l'impuissance du talent qui a osé, sur ces planches indignes, exposer à vos yeux un objet si grand. Cette arène à combats de coqs, peut-elle contenir les vastes plaines de la France? Pouvons-nous entasser dans ce cercle étroit tous les milliers de casques qui épouvantèrent le ciel d'Azincourt? pardonnez si une figure si petite doit représenter ici un million dans un zéro ; permettez que, dans cet énorme calcul, nous laissions travailler la force de votre imagination. Supposez qu'en ce marnent, dans Tenceinte de ces murs, sont enfermées deux grandes monarchies, dont les fronts levés et menaçants ne sont séparés que par une étroite ceinture de l'Océan; remplissez par vos pensées les vides que laissent notre impuissance ; divisez un homme en mille parties , et voyez en lui un
homme imaginaire : figurez-vous , lorsque nous parlons des coursiers, que vous les voyez imprimer leurs pieds superbes sur le sein foulé de la terre. C'est à votre pensée à créer en ce moment des rois pour les transporter d'un espace à l'autre, franchissant les barrières du temps, et resserrant les événements de plusieurs années dans la durée d'une heure. Pour suppléer auxlacones, souffrez qu'un chœur complète les récits de cette dramatique histoire : c'est liii qui^ dans cet instant, tenant la place du prologue, implore votre attention, et vous prie d'écouter et de xuger la pièce avec indulgence. »
AcTB II. — Ckmur.
<( Maintenant toute la jeunesse d'Angleterre brûle du feu des combats, et les habits de joie ont fait place aux armures; l'honneur est la seule pensée qui règne dans tous les cœurs anglais. Ils vendent le pré pour acheter un cheval de bataille, et suivent le modèle de tous les rois chrétiens avec les ailes du dieu Mercure ; l'Espérance est assise sur les airs, teiiant une épée; dont le fer, depuis la garde jusqu'à la pointe, est caché sous l'amas de couronnes de toutes grandeurs , qui l'entourent ; couronnes d'empereurs, de rois et de ducs, promises à Henri et aux braves qui le suivent. Albion ! ton étroite enceinte est l'emblème de la grandeur, un corps petit qui renferme un grand cœur ! de combien d'exploits n'enrichirais-tu pas la gloire , si tous tes enfants avaient pour leur mère la .tendresse et les sentiments de la nature] Mais vois ta disgrâce! la France a trouvé dans ton sein un nid de cœurs avides qu'elle remplit de trahisons, par ses présents »