‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 134 sur 153 · SUR COMMP VOUS VOUDREZ. W · texte numérisé non relu

SUR COMMP VOUS VOUDREZ. W

d'ua excellent comique et d'une poésie déiicîeu^« A la fin» Fré^ déric y qui venait avec une armée pour 8*empar9r de son frère et le faire périr» est arrêté par un ermite qui le convertit; il rend au vieux duc sesËtats et se retire dans un monastère. Rosaiindese découvre et épouse Orlando; Célie épouse le seigneur Olivier» son amant; Phébé» une bergère desArdennes» épouse son berger Syl vius; et tous s*en vont avec joie à la cour du vieux duc, excepté le mélancolique Jacfqaes, qui est heureux de tout ce bonheur^ mais qui demande à rester dans ses forêts.

Fière et douce» aventureuse et sage» espiègle et tepdre » rieuse et passionnée, faible et courageuse; une GrÀce» une Muse» un ange» un lutin : telle est la femme que Dieu a faite: telle est laRosalinde de Sbakspeare. C'est une jeune fille complète» avec des défauts charmants et des vertus charmantes aussi» chose plus belle et plus rare. Ohl si la vertu savait être toujours aimable» quel tort elle ferait au vice i Pour Rosalinde, elle n'a qu'un défaut : une trop grande facilité d'amour » c'està-dire qu'elle aime vite celui qu'elle aimera toujours, et qu'elle avoue tout hautce que d'autres femmes font semblant de taire^ ou ce qu'elles cachent réellement» faute d'aimer beaucoup.

Un peu d^amouT» sans doute, eet £acile à cacher !

comme 9> écrie JuliêUê, l'autre divine enfant de Sbakspeare.

Rosalindoest la plus jolie brune du monde, avec sa pbysio" nomie mobile, son regard pétillant, son parler vif et spirituel 4 toat coup; et il y a des gens qui croiraient à cause de cela qu'elle n'a pas une sensibilité bien profonde. £hl mon Dieu, la gaieté de l'esprit n'a rien d'incompatible avec la mélancolie même ; et si Rosalînde a des étincelles dans les yeux, c'est qu'elle a une flamme dans le cœur. Elle pourrait dire » en le disant mieux , ce qu'autrefois j^ai fait soupirer à lajtfutie Emma:

Parce que je suis jecme et vive,

On me croit légère. (Xi! non pas.

le chante? Ecoutez bien : une note plaintive Accompagne le rire, et s^ n^éle tout bas.

Quant à ces femmes qui sont dès le matin perdues de raé-» lancolie, et qui» le soir, se parent de leur tristessel... mas*

ques sans visage dessous! Tout en étalage, rien au

0ht que ta vaux bien mieux, ma charmante Rosaliode! passant du rire aux larmes, de la gentillesse à la dignité, deVé^ pigramme A l'élégie! toi si variée sans être variable, car tes sentiments sont fidèles sous ton humeur changeante. Ta ne fais point la sensible^ tu l'es. Quand ta cousine Gélie s'exile avec toi, tu ne lui dis presque rien de ta reconnaissance, mais tu fais tout pour la marier à celui qu'elle aime. Est-il un meilleur remerciment ? Quand tu revois ton vieux père, tu ne te fonds pas en sanglots ni en extases ; tu craindrais de l'attendrir ou de Teialter imprudemment; tu mesures les émotions et la joie même à sa faiblesse. Mais avec quelles nobles et puissantes paroles to l'avais vengé, en son absence, des outrages de Tusurpatenr! comme tu étais bien sa fille! Et que t^ nous plais encore par ta hardiesse empruntée, par ta gracieuse mutinerie, quand, soas l'habit d'homme qui te déguise aux yeux de ton cher Orlando, tu peux lui dire et lui répéter de ces choses d'amour qu'une jeune fille ose à peine penser en rêvant, et t'enivrer ineogfilo de ses réponses enflammées et de ses longs aveux à sa Rosalinde absente pour lui ! Et tes doctes conseils ou tes amusantes leçooi^ à tous ces bergers amants qui viennent te consulter... Toute cette cour d'amour dans la forêt des Ardennes! •••

Shakspeare n'oublie jamais d'appeler les harmonies ou les contrastes de la nature au secours dès situations dramatique* c'est un charme et une puissance qui ne sont qu'à lui. Le langage épuré du vieux duc et de ses seigneurs, les entretiens délicats, enjoués ou passionnés de Rosalinde, de Géiie et d'Orlando, forment une aiUilhèse ravissante et imprévue avec les grands chênes et les sombres enfoncements des bois où on 1^ entend. C'est aussi un contrepoids agréablement philosophique aux discours violents et brutaux de Frédéric et de ses gens, an milieu des fleurs de son parc et des riches et élégants lambris de son palais.

Enfin, l'âme du spectateur ou du lecteur est heureuse de tous les bonheurs que le poète a rassemblés audénoûmentde son œuvre, mais surtout du bonheur de Rdsalindé. Et o° ^ certain de celui d'Orlando, car un peu trop de franchise e d'expan^on, voilà tout ce qu'on a pu reprocher à Rosalinde; « ces petits défauts de la jeune fille deviendront les plus adorables qualités de la femme.

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