SUR TIMON D'ATHÈNES
» Je Yeax vous dter partout Texemple du brigandage. Le so- » leil est un Toleur qui , par ga puÎMaote attraction , vole le » vaste Océan ; la lune , roleur effronté » vole au soleil la pâle » lumière dont elle brille. L'Océan est un autre voleur qui » fond la lune en larmes salées et les mêle à ses flots. La terre » est un voleur qui ne produit et ne nourrit que par un mé- 0 lange soustrait au résidu de tontes les substances. Tout est » voleur; les lois dont le joug vous opprime, dont la verge 0 vous châtie, sont elles-mêmes, par leur pouvoir tyrannique , D le plus effréné des brigands. Point d'amitié entre vous ; allez, » volez-vous Fun l'autre ; voilà encore de Tor, égorgez sans » pitié; tous ceux que vous rencontrerez sont des voleurs. » Allez à Athènes» brisez, ouvrez les ateliers i vous ne B pourrez rien voler qu'à des voleurs, d
A côté de cea invectives de Timon, on ne lira pas sans intérêt la critique apîrituelle que Rocheater lait des courtisans de Charles II , dans son poème intitulé : Noêhing {Rien), que l'élégant autear de Sylla et de VErmite de la Chaussée-d'Antin, M. de Jouy , a su rendre arec tant de bonheur, malgré les nombreuses difficultés qu'ofiraît. cette traduetion , véritable tour de force.
RiBM ! toi le frère aîné de toos, même de Tombre, Qoand toi seof existais , hors d^an monde à venir. Tu régnais, et, du fond de ton royaume sombre. Tu vis tout commencer, et tu ne peux finir.
L^espace ni le temps n^existant pas encore,
Tu résumais en toi le temps, l'immensité :
Tout à coup quelque chose hors de toi vient dTéclore,
Et du RIEN primitif a détruit Punîté.
€^ (pielquechoM enfin^ cet attribut de Tétre, Dans un monde inconnu s^agite un seul instant ; Mais bientôt dans ton sein on le voit disparaître, £t rebomber sans fiorme au gouffre du néant.
Cej^endaat «n pouvoir supérieur au tien même Vient arracher la vie au vide de tes mains : De ton sein infécond aa volonté suprême Fait sortir Teau, le feu, les bêtes,, les humains.
Tes plus grands ennemis^ la former la matière^ Te coavrent en naissant d'un immortel affront, Et. pour comble de maux, la perfide lumière D^un éclat parricide ose obscurcir ton front.
La forme, la matière, et le temps et Pespace Ligués avec le corps, ennemi dangereuï.
Sans cesse redoublant et d^efforts et d^audace, Ton pabible royaume est menacé par eux.
Le temps assiste en vain Pennemi que tu braves ; Dans son vol il détruit te règne d^un moment. Et lui-même avec eux replonge tes esclaves
Dans ton gouffre profond où Phorreur les attend.
Ton sein est interdit aux regards du vulgaire : Les prêtres seuls ont droit, évoquant la clarté, De chercher à percer le voile du mystère Où se dérobe au jour la chaste vérité.
Le sage cependant librement a pm dire :
ft Quelque chose ^attend ; courage ! homme de bien ! »
Tandis que le méchant, que sa frayeur inspire,
En toi seul se confie, et dit : « Je ne suis rien ! »
Que deviendraient sans toi , sublime négative, Nos pédants, nos docteurs, tant de diseurs de rien. Si dans tous leurs discours, providence attentive, Tu ne leur indiquais le but et le moyen.
La chose est ou n'est pas } que ta bouche prononce. Mensonge ou vérité, choisis : point de milieu. Après de longs débats, songe que ta réponse Ou confirme ou détruit les grands desseins d^un Dieu.
Quand nos hommes d^État sur Pétemel Peut-être Ont usé les ressorts de leurs petits cerveaux. En repos sur ton sein ils peuvent reconnaître Qu^ils ne trouvent qu^en toi le prix de leurs travaux.
Mais ces hommes de rien sont pourtant quelque chose : Ils siègent au conseil de plus d^un roi chrétien ; Et le maître imprudent trop souvent se repose Sur gens doiit le meilleur n^est encor bon à rien.
SUR GORIOLAN. 101
Si pourtant, par hasardy Pun d^eux Tant queltfuethose^ Une crainte modeste éloigne un tel soutien ; Du prince et de TËtat il déserte la cause : Tu triomphes alors ; c^est le règne de Rien.
Que de formes ta prends, et sous combien de masques Se couvre de tes fils la lière nullité ; Partout les sots en robe, en frac, en mitre, en casqaes Abusent \ Tenvi de ton autorité.
Comme on admire en toi la franchise française> Le savoir islandais, la batave valeur, L^esprit danois, surtout la politique anglaise, Que son habileté soutient à ta hauteur !
Dévoùment d^un flatteur, d^un grand reconnaissance, Serments de courtisan et promesses de roi^ Ont pour prix ta valeur, pour garant ta puissance. Et, bercés sur ton sein, ils finissent en toi.