AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR
Le drame de Jules César est l'une des plus belles et des plus fortes études historiques de Shakspeare. L'étonnante vérité du caractère de Brutus prouve que le poëte anglais n'était pas aussi dépourvu d'instruction que certains critiques l'ont supposé. Aucune nuance de ce grand caractère n'a échappé au pinceau du poète; et, pour savoir ces nuances diverses, Shakspeare a dû non-seulement lire, mais encore méditer les écrits de Plutarque, les épftres familières et les lettres de Cicéron à Atticus. C'est sur Brutus que se concentre tout l'intérêt du drame, et c'est ce qui enchaîne jusqu'au dénoûment l'attention du lecteur ou du spectateur. Je ne sais pourquoi le célèbre critique Johnson n'a pas rendu justice à cette création du génie. li place le Jules César au-dessous d'autres ouvrages de Shakspeare, qui me paraissent inférieurs à ce chef-d'œuvre.
La traduction de le Tourneur est très-estimable* Il a eu le mérite de vaincre le premier les difficultés que présente à un traducteur la langue de Shakspeare, et les subtilités de quelques parties du dialogue. Mais il veut trop embeltir Shakspeare qui n'a pas besoin d'ornements. It a laissé dans le Jy^es César quelques lacunes que M. Guizot a heureusement remplies, excepté une seule qui a échappé à son attention. M. Guizot, très-versé dans la connaissance de la langue et de la littérature anglaise, a voulu ^(re pim Ikié" rai que le Tourneur; mais peut-être a-t-il poussé un peu trop loin son scrupule de litléralité. C'est un doute que je soumets à son excellent esprit.
Je n'ai point hésité à profiter des travaux de ces traducteurs. Il y a une infinité de passages qu'on ne peut rendre que d'une seule manière. M. Guizot a certainement amélioré, en certaines parties, la traduction du Jules Césœr par le Tourneur; je crois avoir apporté quelques améKorations à l'un et à l'auto de ces ouvrages. C'est là tout le mérite que je réclame, et j'ai l'espoir qu'il ne me sera pas refusé.