AVANT-PROPOS
Les générations se succèdent > les nations passent , les plus beaux monuments des arts ont péri , et cependant Homère est encore à la tête de tous les génies ; sa lyre d'or a triomphé des ravages du temps. De même, depuis trois siècles, le grand nom de Shakspeare domine la littérature dramatique^ et voit accroître sa popularité. L'Italie et T Allemagne se sont inspirées de ses œuvres ; TAmérique et la péninsule de Tlude , comme Ta fort bien fait remarquer un illustre écrivain (i) , n'ont d'autre théâtre que ses productions; là, il est admiré comme sur le sol natal. Enfin la France, tout entière à ses poëtes, a compris que les talents n'ont point de patrie, que les rivalités sont un aliment fécond pour les progrès; dès lors elle n'a plus hésité à partager cette admiration universelle.
Pourquoi faut-il qu'au milieu de ces éloges qui s'élèvent de toutes parts, nous ayons à consigner ici une exception, unique à la vérité, mais qui est de nature à donner de fausses idées sur le poëte anglais aux admirateurs passionnés de Tillustrc auteur des Martyrs, qui, marchant sur les traces erronées de Voltaire , cherche à enlever à la statue de Shakspeare une partie des lauriers qui lui ont été décernés aux acclamations de tous les peuples.
Quel que soit le plaisir qu'on éprouve à venger la réputation d'un auteur injustement attaquée , ce plaisir est cependant moins vif, quand on est forcé de mettre au grand jour les erreurs dé ses antagonistes : mais il faut, avant tout, prouver l'injustice de l'agresseur, avant de pouvoir la combattre.
M. de Chateaubriand dit qu'il n'y a rien de plus facile que de remplir un cadre qui permette de faire agir de nombreux personnages» et de broder des histoires ; « pas de petite fille , » dit-il , « qui , sur ce point , n'en remontre aux plus habiles. » D'accord. Mais rien n'est plus difficile que d'harmoniser et de poétiser le langage des personnages qui doivent figurer dans une charpente aussi compliquée.
(i) M. Villenaain.