Scène I. JULES CËSAR. â
de nos mains; car nous le verrons vivre et rire bientôt de tout cela. {L'horloge frappe.)
Brut. — Silence ! comptons les heures!
Cass. — Uhoicloge a frappé trois coups. Treh. — Il est temps de nous séparer.
Cou. — Mais il est douteux encore si César voudra ou non sortir aujourd'hui ; car il est depuis peu devenu superstitieux, il a perdu tout à fait îa ferme opinion qu'il avait autrefois des visions, des songes et des présages tirés des sacrifices (37). Il se pourrait que ces prodiges si marquants, les terreurs inaccoutumées de cette nuit et les prières de ses augures le retinssent aujourd'hui hors du Capitole.
Dec» -~ Ne le craignez pas. Si telle est sa résolution , je me charge de la surmonter. Il aime à entendre raconter comment on prend des licornes au moyen d'arbres qui les trompent, les ours avec des miroirs, les éléphants dans des fosses, les lions avec des toiles, et les hommes avec des flatteries (a8). Mais quand je lui dis quïl hait les flatteurs , il répond qu*en effet il les hait, et c*est alors qu'il se prend à la flatterie. Laissez-moi faire : je sais tourner son humeur comme il me convient, et je ramènerai au Capitole.
Cass. -^ Nous irons tous chez lui le chercher.
^m/. — A huit heures; est-ce notre dernier mot?
Cinna. — C'est le dernier, et n'y manquons pas I
Melel. — Caïus Ligarius supporte péniblement César, qui lui a reproché avec amertume d'avoir bien parlé de Pompée. Je m'étonne qu'aucun de vous n'ait songé à lui.
Brut. — Allez donc , cher Metellus » allez le trouver ; il m'est attaché , et je lui ai donné sujet de l'être. Envoyez-lemoi , je saurai le décider.
Cass, — Le jour vient nous surprendre. Nous allons vous quitter, Brutus; dispersez-vous, amis. Souvenez^vous tous de ce que vous avez dit , et montrez-vous de vrais Romains !
Brut* — Mes bons amis (29), prenez tous un visage riant et serein, que nos regards ne traliissent pas nos projets. Soutenons notre personnage comme les acteurs de Rome, avec un esprit libre et le calme de la constance. Maintenant , je vous souhaite
aOê JULIUS GBSAR. ACT IL
And 90 good morrow to you every one*
{Exeunt ail but Bbutus.) Boyl Luciusl— Fast asleepî It is uo matier; Enjoy ihe honey-heavy dew of slumber:
Thou hast do figurer, nor no fantasies, Which busy care draws in the braios of men ; ThereSore Ihoa ileep'st so sound.
Enter Portià*
For, Brutns, mylordl
Bru. Portia; what mean yoa? Wherefore risc yoo nowt It is not for your health, thus to commit Your weak condition to the raw-cold morning.
Par. Nor for your*s neither. You hare uogentlyy Brotus, Stole from my bed : And yesternight, at sapper, You suddeoly arose» and walli'd abeut, Musing, and aighiog, with your arms across : And vvhen I aak'd you what the matter was, You star*d upon me with ungentle looks : I urg'd you further : then you scratch'd yoorhMd, And too impatiently stamp'd with your feot : Yet I insisted, yet you answer'd not ; But, wiih an angry wafture of your hand^ Gave sign for me to leave you : So I did ; Fearing to strengthen that impatience, Which seemM teo much enkindled ; and, withat Hopiog it waa but ao effect of bumoiir, Which sometime hatb bis bour wifb every man. It will not let you eat, nor talk, ner sleep ; And, could it work so much upon your shape,. As it hatb much prevaU'd on your condJtioD> I should not know you, Brutus. Dear nay ktfd» Make me acquainted with your cause of grief.
Bru. I am not well in health,. and that is aU.
Par. Brutos is wise» and were he not in health^ He would embrace the means to come by it.
Bru. Why, so I do : — Good Portia, go to bed.
For. is Bratus sick ? and is i% physical To walk unbraced, and suck up the humours Of tbe dank mornifigt What, is Brotus sick ;
S^V9 1. /CLB3 CËSAR* 90?
à tous le bonjour. (Tm$ iorimU» 0Ofcepté BKPiufiO-^GarçoQ!-*- Luciusl — « Il dort de toute* lei forces* -*- A U bonne heure i ^oate le bienfait de la douce roaée que le peawt «Douneil verae sur toi. Tu n'as point de eea images i, de ees (i^ntOaae# que l'aotire inquiétude trftCf dans le oorveaii dea bpmaw : anaii 4orttu d'un profond s^uMneilf
PMCU ff^fi.
Por. — -Brutus» n^on seigneur i
Brut, — Porcia, quel est rotre dessein? pourquoi vous levçr à cette heure? il n*est pas bon pour votre santé d*exposçr aiq^i Totre complexion délicate à l'air humide du matin.
Por, — Ni pour la vôtre non plus. Voua voua étea bruMiae» ment dérobé de noa lit, Brutui ; et hier au soir, à soupei, lous vous levâtes toat à e««p, pensif, soupirant et lea braa cniiaés; et, quand je demanéai ce qui voqapréoecttpait, voua iKàleasnr moi des regards sévères. Je vous pressai de nouveaii t alort, portant votre main à la tète , vous frappâtes du pied ^vec impatience. Cependant j'insistai encore; voos ne rèpon^ltos point; mais, d'un geste de eolèrei vous mm fîtes signe de vous i]piittar. Je vous laissai , dans la crainte d'irriter cette impatience qui ne paraissait que trop enflampiéei espérant d'ailleurs que ce n'était qu'un de ees aneès d'huneur qui quelquefois ont leur monent dans la vie de Thoflane (Bo). Gela ne vous laisse ni manger, ni parler, ni dormir; et» si ee chagrin changeait autant vos traits qu'il a altéré votre eavaotère , je ne vous reconnattrais plus, Bnitus, Mon cher époux, fiaites^moi connaître la cause de votre chagrin» I
Brut. — Je ne me porte pas bien; voilà tout.
Por. -^Brutus est sage, et s'il n'étak pas en santà, il emploierait les moyens nécessaires pouf la veeouvver,
BruL — Et c*es( ce que je fais. ||la honae Porciaj retournez à votre lit.
Por. — Brutus est malade ! -^Bsl-oe done nn bon fégiopie que de se promener à demi vôtu , et de respirer les humides exhalaisons du matin t Quoi ! Brutus est malade , et il se dérobe au
208 JULiUS CESAR. ACT II.
And wi!l he steal out of his wholesomebed To dare the yile contagion of the night? And tempt the rheumy and unpurged air To add unto his sickness ? No, my Brutos; You hâve some sick offense within your mind, "Which, by the right and virtue of my place, I ought to know of : And upon my knees, I charm you, by my once commended beauty, By ail your vows of love, and that great vow Which did incorporate and make us one, That you unfold to me, yourseif, your half, Why you are heavy ; and what men to-night Hâve had resort to you : for hère hâve been Some six or seven, who did hide their faces Even from darkness.
Bru. &neel not , gentle Portia .
Par. I should not need, if you were gentle Brntus. "Within the bond of marriage, tell me, Brutus, Is it excepted, I should know no secrets That appertain to you? Am I yôurself, But, as it were, in sort, or limitation ; To keep with you at meals, comfort your bed« And talk to you sometimes? Dwell I but in the suburbs Of your good pleasure? If it beno more, Portia is Brutus' harlot» not his wife.
Bru. You are my true and honourable wife ; As dear to me, as are the ruddy drops , That visit my sad heart.
Por. If this were true, then should I know this secret. I grant, I am a woman; but, withal, ^ A woman that lord Brutus look to wife : I grant, I am a woman; but, withal, A woman well-reputed ; Cato*s daughter.
Think you, I am no stronger than my sex, Being so father*d, and so husbanded?
Tell me your counsels, I will not disclose them I hâve made strong proof of my constancy, Giving myself a voluntary wound Hère, in the thigh : Can I bear that with patience, And not my husband's secrets?
SdBHB I. JULBS CÉSAR. 209
repos bienfaisant de son lit pour affronter les malignes influences de la nnit , et défier un air impor et brameux qui ne peut qu'aggraver son mal. Non^ mon cher Brutus, c'est dans votre Ame qu'est le mal dont tous souffrez ; et, en vertu de mes droits et de ma place auprès de vous, je dois en être instruite , et , à deux genoux, je vous conjure, au nom de ma beauté, autrefois vantée, au nom de tous vos serments d'amour, et de ce serment solennel qui a uni nos personnes en une seule , de me découvrir, à moi qui suis la moitié de vous-même, qui suis vous-même , ce ^ni pèse sur votre âme! Dites-moi aussi quels étaient ceux qui sont venus vous trouver cette nuit? car il est entré ici six ou sept hommes qui cachaient leurs visages à Fobscurité même.
Brui. » Ne vous mettez pas à genoux, ma bonne Porcia.
Par. — Je n'en aurais pas besoin si vous étiez bon pour moi, firutus. Dites-moi, Brutus, a-t-on fait pour nous cette exception aux liens du mariage, que je ne connaîtrais point les secrets qui vous appartiennent; ne suis-je un autre vousmême qu'avec des exceptions et des réserves, pour vous tenir compagnie à table, faire l'agrément de votre couche , et causer quelquefois avec vous. N'occupai-je donc que les avenues de votre affection? Si je n'ai rien de plus, Porcia est la concubine de Brutus, et non son épouse (3i).
Brut, —Vous êtes ma vraie et honorable épouse, qui m'est aussi chère que les gouttes de sang qui arrivent à mon triste cœur.
Pof . . Si cela était vrai , je saurais ce secret. Ten conviens, je suis une femme , mais une femme que le noble Brutus a prise pour épouse. Je suis une femme, j'en conviens, mais une femme d'un bon renom , la fille de Caton. Pensezvous que je ne sois pas plus forte que mon sexe , ayant un tel père et un tel mari? Dites-moi ce que vous méditez ; je ne le révélerai point. J'ai fait une forte épreuve de ma fermeté; je me suis volontairement blessée ici, à la cuisse. Si je puis porter cette douleur avec patience, ne pourrai-je porter les secrets de mon mari (32) 7
910 IULIUS CESAR. . Mx II.
Bru. Oyegods»
Rend^r me wortby of iUi noble wifo f (X^mmMiç «ritibt».)
Hirk, harkloae knoeks : Portia, goiaa «kile;
Afidl^ aaéby tbybesomihftttiiartake
Xbe fleerctf eff my beart.
AU my. engagemente I wiU eopstnieie tkee^
Ail tba cbavactery olmy sadbrowB:*»
LeaTe me with baste. (AhiIPmju.)
JEnkr Lucms and Ligaeius.
LuciuSy wbo is tbat taocks?
lAte. Hère is a sick man, tfaat woald speak- with yen.
Bru. Gaius Ligarius, that Metellus spake of. — Boy, stand aside.— Gaius Ligarius I how?
Xtflf. Vouchsafe good morrow from a feçble totigue.
Bru. Oh I what a time haye you chose out, brave Gaius, To wear a 'kerchief T 'Would you were not sick !
Lig. I am not sick, if Brutus hâve in hand Any exploit worthy the name of honour.
Bru. Such an exploit haye I in hand, Ligarius, Had you a hêalthful ear to hear of it.
Lig, By ail the gods that Romans bow before, I hère discard my sîckness. Sont of Rome I Brave son, deriv'd from honourable loins I Thou, like an exorcist, hast conjur'd up My mortified spirit. Now bid me run, And I will strive with things impossible; Yea, get the better of them. What's to doî
Bru. A pièce of work that will make sick men whole.
Lig. But are not some whole that we must make sick?
Bru. That must we also. What it is, my Gaius, I shall unfold to thee , as we are going, To whom it must be done.
r Lig. Set dn your foot;
And, with a heart new fir'd, I follow you, To do I know not what : but it suffîceth, That Brutus leads me on.
Bru. Follow me then. * {Esmn$.)
Sg^ivjB I. JULCS CË8AR. 211
Brut. -^,0 .Xflii^^ i<U^o?^ I «^fpdezTPioi 4îgpe rde .cette .noble femme 1 (On frappe à laparlê.)^Ècautei, écoutez» on frappe.— Porçi^,». 1(1(^(9^ W m>Wfmt; lMeiil)6tton #eui «a -recevoir tous les secrets de mon cœur. Je te développerai tous mes ^gagpments^'le-vrai caractère de cette tristesse répandue s^r mgp front (33). Retire-toi promptement. ( PORGU swt.)
LuGius et LiGA&ins entrent.
Brui. — LuciuSy qui est-ce qui frappe t Lue. — Voici un homme malade qui voudrait vous parler. Brut. — Gaïus Lipri))S, 4opt,y eteUps m?a parlé.— 'Garçon , éloigne-toi ! ^ Gaïus Ligarips>,çooHiiei»tétes*vous.'?
Idg. — Recevez le bonjour que vous adresse uœ voix faible.
Brut. — Ohl quel temps avez-vous choisi, brave Gaïus , pour porter votre coiffure de nuit. Que je voudrais que vous ne fussiez pas malade I
Lig. — Je ne suis pas malade si Brutus a en p^ain 4|uelq]i||i action digne d'être marquée du nopi de Vhonneur.
Brut. — J*ai en main une action de ce gçnre, Ligarius, si pour l'entendre vous aviez Voreille d*un homme enboope santé.
Lig. ^ Par tous les dieux devant qui les Romains fléchissent le genou, je congédie ici mon ^infirmilé 1 Ame deRçoac^iûls généreux d'un père respecté, comme \}n exorciste ti^ as conjuré hors de moi l'esprit de la n^aladie; maintenant , ordonne-m^oi de prendre ma course, je lutterai contre des choses impossibles : oui, je les surmonterai. Qu'y a-t-il à faire 7
Brut. ^ Une œuvre qui rendra la .san^é à des t^o^omes jçi^alades.
Lig. — - Mais n'est-ii pas quelques hon^nç^ en ^^i^ que^o^s devons rendre malades?
Brut. — Il faut que cela soit aussi : ce que c'est, cher Gaifus, je te l'expliquerai en allant ensemble au lieu où la chose dpit^e faire.
Lig. — Partez donc y et, le cœur plein d'un nouveau feu'^ je vous suivrai pour une action que j|ignore ; mais il suffit que Bmtus me guide.
Brui. — Suivez-moi donc I ^{lUjprUnt.)