‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 28 sur 153 · SCENE II.— Thb sàvb.— a Roov m Cbsàe's Palace · texte numérisé non relu

SCENE II.— Thb sàvb.— a Roov m Cbsàe's Palace

Thunder and Lightning. EnUr Cbsar, in hi$ Nighê-goum.

Cei. Nor heaven, nor earth, hâve been at peace to-night : Thrice hath Calphurnia in her sieep cried oat, Help, hot they murder C«#ar /— Who's within ?

EnUra Sbryant.

Serv. Mylordî

Cei. Go bid the priests do présent sacrifice^ And bring me their opinions of success. Serv. l will, my lofd. (Exit.)

Enier CALPHiTHifiÀ.

Cal. What mean you. César? Think you to walk forth ? You shall not stir out of your bouse to-day.

Ces. César shall forth : The thlngs that threaten'd mei Ne'er look'd but on my back ; when they shall see The face of César, they are vanished.

Cal. César, I never stood on cérémonies^ Yet now they fright me. There is one within, fiesides the things that wè bave heard and seen^ ' Recounts most horrid sights seen by the watch. A lioness hath whelped in the streets ; And graves have.yawn'dy and yielded up their dead : Fierce fiery warriors fight upon the clouds. In ranks and squadrons, and right form of war, Which drizzled blood upon the Capitol : The noise of battle hurtled in the air^ Horses did neîgh, and dying men did groah ; And ghosts did shrick, and squeal about the streets, O César I thèse things are beyond ail use. And I do fear them.

Ceê, What can be avoided,

Whose end is purpos'd by the mighty gods? Yet César shall go forth : for thèse prédictions Are to the world in gênerai, as to César.

Cal. When beggars die, there are ne comets seen : The heavens themselves blaze forth the death of princei'

Sgèitb il JULES GËSAR. 213

SCËNB IL — Toujours ▲ Romy. — Une Chambrb du

Palais bb César.

{Tonnerre ei Éclairé.) GéSAR entre en robe de chambre.

Cet. — Ni le ciely ni la terre n'ont été en paix cette nuit. Galphurnia s'est trois fois écriée dans son sommeil : Au cecourai oh! ile assassinent Césarl^Y a-t-il ici quelqu'un?

Un Serviteur entre.

Le serv. — Seigneur I

Ces. -— Va, commande aux prêtres d'offrir à l'instant un sacrificcy et reviens m'apprendre quel succès ils en augurent I Le serv. — J'y vais, mon seigneur. (// sort.)

Galphurnia entre.

Calph. — Que prétendez-TouSy Gésar ? penseriez-Tous à sortir? Vous ne sortirez point de Totre maison aujourd'hui.

Ces. — Gésar sortira. Les choses qui m'ont menacé ne m'eut jamais vu que par derrière; dès qu'elles verront la face de Gésar, elles s'évanouiront.

Calph. — Gésar, jamais je ne m'arrêtai aux présages; mais aujourd'hui ils m*épouvantent : outre ce que nous avons vu et entendu, il y a quelqu'un ici qui raconte d'horribles phénomènes que la garde a aperçus. Une lionne a fait ses petits au milieu des rues; des sépulcres béants ont laissé échapper leurs morts; de terribles guerriers de feu combattaient sur les nuages en ligne, en escadrons, suivant la forme régulière de la guerre ; il en pleuvait du sang sur leGapitole. Le choc de la bataille retentissait dans l'air'; on entendait le hennissement des chevaux et les gémissements des mourants; des spectres ont poussé le long des rues des cris aigus et plaintifs. O Gésar^ ces prodiges sont inouïSy et je les redoute.

Ces. — • Que peut- on éviter de ce qui est déterminé par la puissance des dieux. Gésar sortira ; car ces présages s'adressent au monde entier autant qu'à Gésar.

Ca/p^. — Quand des mendiants meurent, on ne voit point de comètes; mais |ies cieux mêmes annoncent par leurs feux la mort des princes.

914 JULIUS GESilR. Âêi R.

Cei, Cowardfl die many limes before tbei# dealM; The yaliant never taste of death bat once. Of ali thé wonders tbat I yet hâve heard, It aeems to me most strange that mea dhoold Ibar; Seeing that death, a necessary end, Will corne, when it wîll come.

Wbat say tfae augorerst

Serv, They would not haye you to stir forth to-day. Plucking the entraila of an ofiering forth/ They eould noi find a heart irithiB the betfst.

Cei. The gods do this in ahame of eowar^cei : Gesar should be a beast withont a heart, If he shouid stay at home to-day for fear. No, César shall not : Danger kfiorws fcAl well, That Gesar is more dangerous than he.

Weirerè two lions Iit(er*d iK (mé day.

And I the èlder and more terrible; And Gesar shall go fbrth.-

Ciil. AlaiS, âiy lord,

Your wisdom is consum'd in confidence.

Do not go forth to-day : Gall it my féal* That Iceeps yoti in the house, and not your own. We'U sehd Mark Antony to thé èenate-house ; And he shall say you are not well to day : Let me, upon ifly knee, prevàll in this.

Ces. Mat-k Antony shall say, l am not well; And, for thy humour, I will stay at home.

Enter Decius.

Here^s Decius Brutus, he shall tell them so.

Dec, Gesar, ail bail ! Good morrow, worthy Gesar i I come to fetch you to the senate-house.

Ces, And you are come in very happy time, To bear my greeting to the senators, And tell them that I will not come to day : Gannot, isfalse ; and that I dare not, falser; I will not come to-day : Tell them so, Decius.

8(^B II. JULB8 CtSAR. 215

Céê. — Les lAches meurent plus d'une foli araat leur mort : le brave ne goûte la mort qu'une fois. De toutes les choses étranges dont j'ai jamais entendu parier, la plus é tonnante pour moi^ c'est que les hommes puissent sentir la crainte^ voyant que la mort est une fin inévitable qui arrive àTheure où elle doit arriver.

Lt SvBiniBX^rêntrê.

Que disent les augures?

Le serv. — Ils voudraient que vous ne sortissiei pu acyour* d'hui: en retirant les entrailles d^une victime» ils n'ont pu trou* ver de cœur dans TanimaK

Céi. — Les dieux ont voulu faire honte à la tacheté. César serait une brute sans cœur, si la crainte le retenait chet lui aujourd'hui. Non, César n'y restera pas. Le danger sait trèsbien que César est plus dangereux que lui; nous sommes deux lions de la même portée: je suis fatné et te plus terrible. César sortira.

Calph. -- Hélas! mon seigneur» votre sagesse se perd dans cette assurance. Ne sortez point ai:yottrd'hui ; dites que c'est ma crainte et non la vôtre qui vous retient à la maison. Nous CAverrons Marc Antoine au palais du sénat ; il annoncera que vous ne vous trouvez pas bien aujourd'hui. Qu'à vos genoux je réussisse à l'obtenir.

Céi. — Marc Antoine dira que je ne me porte pas bien; et» pour satisfaire ton humeur, je resteraié

DBCitrs éiMn.

Voici Decius BnitttB> il le leur dira.

Dec. — César, salut! bonjour digne César t Je viens vous chercher pour aller au sénat.

Céi, — Et vous êtes venu à propos pour porter mes salutations aux sénateurs, et leur dire que je ne veux pas aller aU" jourd'hui au sénat. Que je ne le puis serait f^ux» que je ne l'ose pas y plus faux encore (34); je n'y veux pas aller aujourd'hui» Dites-le-leur ainsi, Decius.

216 JULIUS CESAR. Act II.

Cal, Say, he ifl sick.

Ces, Shall Gesar scnd a lie?

Haye I in conquest stretchM mine arm so far, To be afeard to tell grey-beards the trath ? Decius, go tell them, Gesar will not corne.

Dec. Most mighty Gesar, let me know some cause, Lest I be laugh'd at, wlien I tell them so.

Ces. The cause is in my will, I wîU not corne; That is enough to satisfy the senate.

Buty for your private satisfaction, Because I love you, I will let you know. Calphurnia hère, my wife, stays me at home : She dreamt to-night she saw my statue, Which like a fountain, with a hundred spouts, Did run pureblood; and many lasty Romans Game smiling, and did bathe their hands in it. And thèse does she apply for warnings, portents, And evils imminent; and on her knee Hath begg'd, that I will stay at home to-day.

Dec. This dream is ail amiss interpreted ; It was a vision, fair ànd fortunate :

Your statue spouting blood in many pipes. In which so many smiling Romans bath'd, Signifies that from you great Rome shall suck Reviving blood; and that great men shall press For tinctùres, stains, relies, and cognizance. This by Galphurnia's dream is signified.

Ces, And this way hâve you weU expounded it.

Dec. I hâve, when you hâve heard what I can say ; And know it now : The senate hâve concluded To give, this day, a crown to mighty Gesar. If you shall send them word you will not corne, Their minds may change. Résides, it were a mock Apt to be render*d, for some one to say, Break up the senaCe iill another iime, When Cesar's wife shall meei wilh helter dreams. If Gesar bide himself, shall they not whisper, Lo, César isafraidî

Pardon me, Gesar; for my dear, dear love To your proceeding bids me tell you this ;

ScftRB l|. JULES C£SAR. 217

CtUfh. — Dites qu'il est malade.

Céi. — César enverra-t-il an mensonge t Ai-je étenda si loin mon bras dans les conquêtes pour craindre de dire la vérité à des barbes grises. DeciuSi dis-leur que César n'y veut pas aller.

Dec. -^ Très-puissant César, faites-moi connaître quelquesunes des causes de cette résolution, de peur d'exciter leurs risées quand je leur parlerai ainsi.

Céê' — La cause est dans ma volonté; je ne veux pas y aller. C'est assez pour satisfaire le sénat. Mais pour votre satisfaction particulière, «t parce que je vous aime, je vous ferai connaître la vraie cause. C'est Calphurnla que voilà, c'est ma femme qui me retient ici. Elle a rêvé cette nuit qu'elle Voyait ma statue, semblable à une fontaine, verser le sang tout pur par cent issues. Plusieurs Romains vigoureux sont venus en souriant, et ont baigné leurs bras dans le sang. Elle prend cela pour des avis et des présages de maux imminents, et elle m'a conjuré, è genoux, de demeurer aujourd'hui chez moi.

Dec, —Ce songe est interprété à contre-sens. C'est une vision heureuse et favorable. Votre statue d'où le sang s'élance en plusieurs jets, tous ces Romains qui s*y baignent en souriant, cela signifie que Rome, la grande cité, va recevoir de vous un sang qui la rajeunira, et que les plus grands de l'État s*empresseront pour en recevoir la teinture, pour en obtenir quelque marque, quelque signe révéré qui les fasse reconnaître (35). Voilà ce que signifie le rêve de Calpfaumia.

Céê, — Vous en avez ainsi très-bien expliqué le sens.

Dec, — L'explication paraîtra mieux quand vous aurez entendu ce que j'ai à vous dire. Sachez que le sénat a résolu de décerner aujourd'hui une couronne au puissant César ; si vous leur envoyez dire que vous ne voulez pas vous y rendre, leurs esprits peuvent changer. D'ailleurs, si quelqu'un disait : Aompez le sénat ; ce géra pour une autre fois, quand la femme de César aura fait de meilleurs rêves, ce serait une moquerie qui pourrait se répandre. Si César se cache, ne se diront-ils pas à l'oreille : Voyez l César a peur l Excusez-moi, César, c'est mon zèle, mon tendre zèle pour votre fortune qui me corn-

dis JUL1U8 GB6AA. Aev if.

And reason to my love is liable.

Ces. How foolish do your fears seem now» Galphurnial I am ashamed I did yield to them. — Give me my robe, for I will go:—

Enter Publius, Brutus, Ligarius, Mbtellus^ Gasga^

TKBBomuSy and CnmÂ.

And look where Publias is corne to fetch me*

Pub. Good morrow, César.-

Cêi. Welcome, PuMîns.

What, Bratvs, are you stirr'd so early too? Good morrow, Gasca. Gaius Ligarius»

Gesar wasne'er so much your enemy, As that same àgue Trbîcfa hatb made yon lean.^^ Whatis'to'dock?

Sru. Gesar, Hîs strucken eight.

Cet. l tfaaiik you for your padns and courtesy.

Enler Antont*

See I Antony^ that reyels long o'nights, Is notwithstanding up :— Good morrow, Antony.

Ànl. So to most noble Gesar.

Ces. Bid them prépare within :*— I am to blâme to be thus waitedTor. — Now, Ginna:— Now, Metellus :— What, TreboniosI I hâve an hour's talk in store for you; Remember that you call on me to-day :

Be near me, that I may remember you*

Treb. Gesar, I will:— and so near will I be, That your best friends shall wish I had been farther. {Asiâe.)

Ces. Good friends, go in, and taste some wine wîth me; And we, like friends, will straightway go togcther.

Bru. That every like is not the same, O Gesar, The heart of Brutus yearns to think upon I (Exeunt.)

$CÈffB IL JIJLKS efiSABf. 219

mande de yons parler aian, et la raison eiA d^iaecord tfyec mon affection (36).

Ces. -— Que Vos terreurs semblent absurdes maintenant, Galphurma I je su» henteis d'y tToir eédé* Qu'an me donne ma robe) j^ veœL aller au sénats

PûBLItrs^ BruTUS, LiGARIUSy MeTELLUS> CaSCA^ TRSBOlTIIJâ

et CmNA entrent.

Eft toyes^r PuMk» est Venu me chercher.

Publ. — Bonjour, César I

Céà. ^^ Soyez le bienvenu, Publiusl Quoi, Bru tus aussi sorti de si bonne heure! Bonjour, Gascal Galuif LfgariuSy Jamais César ne fut autant votre ennemi que cette ftètre qui roni a ainsi maigri. — Quelle heure esl«il?

Brut. -—César, huit heures sont siofniéeB^

Ces. — Je vous r^d» §rAcea de votre comphâsinee et (te Tos soina*

AnTOiirB enSre.

Voyez Antoine i lui qui se livre au plaisir bien avant pendant les nuits, est malgré cela debottt. -^ Bonjour^ Antoine t

Ânt. — Bonjour au très-noble César I

Ces. — Dités-ïeur là dedans de tout préparer I Je mérite des reproches de me faire attendre ainsi. A présent, Cinna, Metellus, Trebonius, je vous réserve une causerie d'une heure ; souvenezvous de f enir ici aujourd'hui; tenez-vous près de moi de peur que je ûé vous oublie.

Tr^.— Je le ferai, César, (ipar^)— Je m'y tiendrai si près que vos meilleurs amis souhaiteront que j'eusse été plus loin.

Ces. — Entrez, mes bons amis, et prenez une coupe de vin avec moi (37); et puis nous nous en irons tout à Theure ensemble comme des amis.

Brut, — Tout ce qui paraît semblable souvent n'est pas le même. O César, le cœur de Brutus est navré de cette pensée.

{Ils sortent.)

SaO JULIUS CESAR. Act II.

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