‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 65 sur 153 · SCÈNB IL LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

SCÈNB IL LA TEMPÊTE

Fros.—Mà fille, câlmez-vous ; n*ayez plus d'effroi; dites à votre cœur compatissant qu* aucun mal n'a été fait.

Mir. — Oh ! malheureux jour !

Proê, — Point de mal , tedis-je,je n'ai rien fait que par amour pour toi; toi^ ma fille chérie, ma fille bien-aimée, qui ignores encore qui tu es, et ne sais pas mon origine. Je ne suis à tes yeux que l'obscur Prospero , le maître de la plus pauvre grotte, ton père , et rien de plus.

JKfir.— Jamais je ne conçus Tenyie d'en savoir davantage.

Pros. — Il est temps que je t'informe de quelque chose de plus; donne-moi ta main pour m*aider à ôter mon manteau magique. Bien. {Il dépose son manteau,) — Repose- toi là, mon art. — Toi , cesse de pleurer; console-toi. Ce naufrage , dont l'affreux spectacle a ému en toi toutes les vertus delà compassion, a été, par la prévoyance de mon art, si placidement dirigé qu'il n'a pas causé la mort d'une seule âme. Non, il n'est pas tombé un seul cheveu de la tête d'aucune des créatures que renfermait ce vaisseau englouti à tes yeux, et dont tu as entendu le cri de détresse. Maintenant , assieds-toi ; il faut- que tu en apprennes davantage.

Mir. — Souvent vous avez commencé à me dire qui je suis, mais vous vous interrompiez soudain , et me laissiez dans une incertitude sans issue , en concluant : Restons-en là, il n'est pas temps encore.

Pros. — L'heure est enfin arrivée ; voici l'instant précis où tu dois me prêter l'oreille. Obéis, et écoute-moi avec attention. Peux-tu te souvenir d'un temps éloigné où nous n'habitions pas cette caverne? Je doute que tu le puisses, car tu n'avais pas alors trois ans.

Mir. — Assurément, seigneur, je le puis.

Pros. — Quel objet peut t'aider à t'en souvenir ? quelle demeure , quelle personne? Parle-moi de toutes les choses dont l'image a été gardée dans ta mémoire.

378 THE TEMPBST. ACT h

Mira. 'Tis far off:

And rather like a dream tban an assarance That my remembraace warrants : Had I not Four or five women once, that tended me?

Pro, Thou had'st, and more, Miranda : But how is it, That this lîves in thy mind? What seest thou else In the dark backward and abysm of time ? If thou remember'st aught, ère thou cam'st hcre How thou cam'st hère thou may'st.

Mira. But that I do not.

Pro. Twelve years since> Miranda, twelve years since, • Thy father was the duke of Milan, and A prince of power.

Mira. Sir, are not you my father î

Pro. Thy mother was a pièce of virtue, and She said — thou wast my daughter; and thy father Was duke of Milan; and bis only h'eir /eu / princess; no worseissued.

Mira. 0 the heavens I

"What foui play had we, that we came from thenceî Or blessed was't we did?

Pro. Both, both, my giri:

By foui play, as thou say'st, were we heav'd thence ; But blessedly holp hither.

Miraê 0 my heart bleeds

To think o' the teen that I bave turn'd you to, Whicb is from my remembrancel Please you further.

Pro. My brather, and thy uncle, calFd Antonio, — I pray thee mark me, — that a brother should Be so perfidious! — he whom, next thyself, Of ail the world I lov'd, and to him put The manage of my state ; as, at that time, Through ail the signiories it was the first. And Prospero the prime duke; beîng so reputed In dignity, and, for the libéral arts, Without a parallel ; those being ail my study, The government I cast upon my brother, And to my state grew stranger, being transported, And wrapt in secret studies. Thy false uncle ^- Dost thou attend me ?

ScfeNB II. LA TEMPÊTE. 379

Mir. — Tout cela est bien loin, et me paraît plutôt un songe qu'une certitude que ma mémoire puisse me garantir. N'araisje pas alors quatre à cinq femmes qui me servaient?

Pros, — Tu lés avais, tu en avais encore plus, Miranda ; mais comment se peut-il que tu t'en souviennes encore? Que voistu encore dans cet obscur passé, dans cet abime du temps ; si ta mémoire a gardé le souvenir de ce qui s'est passé avant ton arrivée ici , tu dois aussi te rappeler comment tu y vins. .

Mir, — Cependant je ne m'en souviens pas.

Proê. — Il y a douze ans, Miranda, il y a douze ans que ton père était duc de Milan, et un prince puissant.

JIftr. — Seigneur, n'êtes- vous pas mon père?

Pros,^ Ta mère était un modèle de vertu, et elle m'a dît que tu étais ma fille. Ton père était duc de Milan, et son unique

liéritièr» n'est rien moins qu'une princesse.

ilfir. — 0 cieil faut-il avoir cruellement joué de malheur (3) pour être tombés de si haut, et avoir été conduits icil ou bien serait-ce un bonheur qu'il en soit arrivé ainsi?

Pros.— L'un et l'autre, mon enfant , l'un et l'autre. Par un complot criminel (4), comme tu le dis , nous avons été précipités du trône ; mais la bonté du ciel nous aida à trouver cet asile.

iiftr. — Oh I mon cœur saigne en pensant aux douleurs que je fais revivre en vous (5), et qui sont effacées de ma mémoire. Vous plal^-il de poursuivre.

Pros. — Mon frère, ton oncle Antonio,— je t'en prie, écoutemoi I — Se peut-H qu'un frère ait pu être aussi perfide ! lui qu'après toi j'aimais le plus au monde l lui à qui j'avais confié les affaires de mon État , qui était alors réputé la première de toutes les principautés. J'étais le premier duc en dignité , et dans les arts libéraux sans égal. Ces arts faisaient toute mon étude , les soins du gouvernement reposaient sur mon Jrère, et je devins étranger à mon duché , étant transporté et ravi par mes secrètes études. Ton oncle astucieux, — m'écoutes-tu, ma fille ?

380 THE TEMPE8T. AcT I.

Mira. Sir, most heedfîiUy.

Pro, Being once perfected how to grant suits, How to deny them ; whom to advance, and whom To trash for over-topping: new created The créatures that were mine ; I say, or chang'd them. Or else new-form'd them : haviug both the key Of officer and office, set ail hearts To what tune pleas'd his ear ; that now he was The* ivy> which had hid my princely trunk, And suck*d my verdure out onH. — Thou attend*st not : I pray thee, mark me.

Mira. O good Sir, I do.

Pro, I thus neglecting worldly ends, ail dedicate To closeness, and the bettering of my mind With that, which, but by being so retir'd, O'er-priz'd ail popular rate, in my false brother Awak'd an evil nature : and my trust, •

Like a good parent, did beget of him A falsehood, in its contrary as great As my trust was which had, indeed, no limit, A confidence sans bound. He being thus lorded^ Not only with what my reyenuc yielded.

But what my power might else exact, --like one, Who, having, unto truth, by telling of it, Made such a sinner of his memory, To crédit his own lie,— he did belieye He was the duke , out of the substitution. And executing the outward face of royalty, With ail prérogative ; — Hence his ambition Growing,— Dost hear?

Mira. Your taie. Sir, would cure deafbess.

Pro, To hâve no screen between this part he play'd And him he play'd it for, needs he wili be Absolute Milan: Me, poor mani — my library Was dukedom large enough ; of temporal royalties He thinks me now incapable : confederates (So dry he was for sway) with the king of Naples, To give \ûm annual tribute, do him homage ; Subject his coronet to the crown, and bend

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