Scène II. LA TEMPÊTE
Mir. — Avec la plus grande attention, seigneur.
iVo«. — Lorsqu'il fut devenu habile dans l'art d'accorder les grâces ou de les refuser , de connaître celui qu'il faut avancer et celui qu'il faut abaisser pour s'être trop élevé, il recréa les créatures que j'avais faites, je veux dire qu'il les changea ou les façonna de nouveau. Disposant à la fois des charges et des hommes qui les remplissaient , il monta tous les cœurs au ton qui plaisait à son oreille ; et, tel que le lierre, il enveloppa mon arbre seigneurial, et épuisa la sève de ma verdure. — > Tu n'es pas attentive. Je t'en prie, écoute-moi?
JIftr. — 0 mon seigneur bien-airoé , j'écoule.
Fro$. — Négligeant donc ainsi tous les intérêts de ce monde, voué tout entier dans ma solitude au soin d'enrichir mon esprit de sciences qui, si elles n'étaient pas aussi secrètes, seraient mises au-dessus de tout ce qu'estime le vulgaire (6) > j'éveillai dans mon frère perfide une mauvaise nature ; tel qu'un bon père, ma confiance ne lui inspira que le vice contraire , une trahison aussi grande que l'était ma foi en lui. En vérité elle n'avait point de limite; c'était une confiance sans réserve. Il était ainsi devenu possesseur souverain non- seulement de ce que me rendaient mes revenus, mais encore de ce que ma puissance pouvait exiger. Semblable à un homme qui, à force de parler contre la vérité, devient suborneur de sa mémoire, et finit par croire à son propre mensonge, il crut qu'il était en effet le duc de Milan , parce qu'il avait usurpé mon pouvoir, qu'il exécutait les actes extérieurs de la royauté, et jouissait de ses prérogatives. De là son ambition croissante. — M'enteods-tu?
Mir. — Votre récit pénétrerait l'oreille la plus dure.
Fro$. — Pour briser tout ce qui l'entrave entre le vrai personnage dont il jouait le rôle et lui-même, il faut qu'il devienne duc de Milan. Pour moi, prétendait-il, pauvre homme que j'étais, ma bibliothèque composait un assez grand duché. Il me juge désormais inhabile à toute royauté temporelle ; il se ligue avec le roi de Naples, et (tant il était avide de régner I) il convient de lui payer un tribut annuel, de lui prêter hommage , de soumettre sa couronne ducale à la couronne royale; et mon
382 THE ÏEMPEST. ACT I.
The dukedom, yet unbow'd, (alas, poor Hilau !) To most ignoble stooping.
Mh'a. O the heavens I
Pro, Mark his condition, and the event ; then tell me. If thîs mightbe a brother.
Mira. I shonld sin
To think but nobfy of my grandmother ; Good wombs hâve borne bad sons.
Pro. Now the condition.
This king of Naples, being an enemy To me inveterate, hearkens my brother's soit ; Which was, that he in lieu o* the premises, — Of homage, and I know not how much tribute, — Should presently extirpate me and mine Out of the dukedom ; and confer fair Mlian, With ail the honours, on my brother : WhereoUy A treacherous army levied, one midnight Fated to the purpose, did Antonio open The gâtes of Milan ; and» i' the dead of darkness, The ministers for the purpose hurried thence Me and thy crying self.
Mira. Alack, for pityl
I, not rememb'ring how I cried out theu» Will Cl y it o*er agaia; it is a hint, That wrings mine eyes.
Pro. Hear a little further»
And then TU bring thee to the présent business, Which now's upon us ; without the which, this story Were most impertiaeat»
Mira. Wherefore did they not
That hour destroy us î
Pro. Well demanded, wench ;
My taie prorokes that question. Dear^ they durst oot» ($0 dear the love my people bore me) nor set A mark so bloody ou the business; but With colours fairer painted their foui ends. In few, they hurried us aboard a bark; Bore 08 some ieagues to sea; where they prepared A rotten carcass of a boat, not rigg'd, Nor tackle> sail» nor mast; th^ very rats
ScBNE II. L4 TEMPÊTE. 383
duché (hélas I pauvre MiianI) jusqu'alors conservé dans toute sa dignité , il Tassigettit au plus honteux servage.
îr. — O ciel !
Pros. — Observe ces conditions do traité et ce qui s'ensuif it^ et puis dis-moi si tu peux croire que ce soit là mon firére?
Mir. — Je pécherais en imputant quelque chose d'impur &Tna grand'mère^mais souvent \m sein vertueux produit des fils indignes*
Prof.— Voici quelles furent les elauses de leur pacte : te roi de Naples, mon ennemi invétéré, écouta la requête de moa frère, c'est-à-dire qu'en retour des offres dont je Vai parlé » de l'hommage , et d'un tribut dont j'ignore la valeur , le roi napolitain devait à l'instant me chasser, moi et les miens, de ma principauté , et transférer à mon frère mon beau duché de Milan avec tous ses honneurs. A cet effet ils levèrent une armée de traîtres, et un soir à minuit , heure désignée pour Texécution de leur complot, Antonio ouvrit les portes de Milan au milieu des ténèbres les plus profondes. Les exécuteurs de cet attentat nous chassèrent tous les deux de cette ville. Tu pl«ttraiSo..»
Mir. — Quel attendrissement me saisît! Ne me souvenant plus des cris que je poussai alors , je suis prête à pleurer de nouveau à ces mots ; je sens déjà que des larmes roulent dans mes yeux.
iVo«.— Ecoute encore, et je vais arriver au point intéressant qui nous préoccupe maintenant; si tu l'ignorais, ma narration serait iuQpportune.
^Mir. — Mais d*oi!i vient que dans cet instant môme ils ne nous firent pas périr?
P^«.— *Ta demande est juste; mon récit devait provoquer cette question. Mon enfant, ito n'osèrent pas (si grand était Famour que mon peuple me portait), ils n'osèrent pas marquer leur crime d'un signe aussi sanglant; mais ils déguisèreat aous de plus belles couleurs leurs iniques desseins. Bref, ils nous traînèrent à la hâte à bord d'une barque. Nous fûmes portés à quelques lieues sur la mer , où ils avaient préparé la carcasse d'un bateau pourri, sans agrès, sans cordages» aaoa mâts ni
384 THE TEMPBST. Act I.
Instinclively had quit it : there they hoist us, To cry to the sea that roar'd to us ; to sigh To the winds, whose pity sighing back agaiD> Did us but loving wrong.
Mira. Alack I what trouble
Was I then to you !
Pro. Oh I a cherubim
Thou wast^ that did préserve mel Thou didst sinile^ Infused with a fortitude from heaven^ When J. hâve deck'd the sea with drops full sait ; Ubder my burden groan'd ; which raised in me An undergoing stomach, to bear up Against what should ensue.
Mira. How came we ashore?
Pro. By Providence divine.
Some food we had, and some fresh water, that A noble Neapolitan Gonzalo, Out of his charity, (who being then appointed Master of this design,) did give us ; with Rich garments, linens, stuffs, and necessaries, Which since hâve steaded much ; so of his gentleness, Knowing I lov'd my books, he furnish*d me, From my own library, with volumes that
I prize above my dukedom.
Mira. 'Would I might
But ever see that mani Pro. Nowl arise:—
Sit still, and hear the last of our sea sorrow.
Hère in this island we arrivM ; and hère
Hâve Ij thy schoolmaster, made thee more profit
Than other princes can, that hâve more time
For.vainer hours, and tulors not so careful. Mira. Heavens thank you for't I And now, pray you, Sir,
(For still 'tis beating in my mind,) your reason
For raising this sea-storm ?
Pro. Know thus far forth. —
By accident most strange, bountiful fortune,
(Now my dear lady) hath mine enemies
Brought to this shore : and by my prescience
l iind my zénith doth dépend upou
ScÈNB II. LA TEMPÊTE. 385
voiles; les rats mêmes, par rinstinct avertis, l'avaient abandonné. Ils nous forcèrent de monter dans cette frôle embarcation, et nous laissèrent exhaler nos cris à la mer, qui nous répondait par ses mugissements, et nos soupirs se mêlèrent aux soupirs des vents , qui semblaient nous plaindre , et ne s'irriter qu'avec amour.
JIftV. — Quel fardeau je dus être alors pour vous I
Proê, — Oh non I tu étais un ange qui me sauva I Quand je laissais tomber sur les flots mes larmes amères , quand je gémissais sur mon malheur, tu souris, pleine d'innocence et d'un calme céleste , et cet aspect fit pénétrer dans mon cœur un courage capable de braver tout ce qui pouvait arriver.
j9ftr. — Comment nous fut-il possible d'aborder au rivage?
Pros. — Par l'effet d'une Providence divine! Nous avions
quelque nourriture et un peu d'eau fraîche, qu'un noble napolitain, Gonzalo (chargé en chef de l'exécution du complot), nous avait donnés par charité ; il nous donna aussi de riches vêtements, du linge, des étoffes et d'autres objets utiles qui depuis nous ont été d'un grand secours. Sachant l'amour que j'avais pour mes livres , je dus encore à sa bonté un certain nombre de volumes tirés de ma bibliothèque, et que j'estime au-dessus de mon duché.
Jftr.— Puissé-je voir quelque jour cet homme?
Pros. — Maintenant je me lève. Demeure en repos (7), et apprends quel fut le terme de nos peines sur la mer. Nous arrivâmes dans cette lie , et ici je devins ton instituteur ; tu t'instruisis plus facilement que ne le font d'autres princes , parce qu'ils ont plus de temps à dépenser en des heures oisives , et qu'ils sont confiés aux soins de gouverneurs moins vigilants.
Mit, — Puisse le ciel vous en récompenser. Maintenant, seigneur, dites-moi, je vous en prie (car ce spectacle agite toujours mon esprit), quel a été votre motif pour déchaîner cet orage?
Pros, — Apprends encore cela. Par l'effet d'un étrange hasard, la fortune favorable , aujourd'hui ma bienfaisante proteclrice) a conduit sur ce rivage tous mes ennemis, et mon art me fait découvrir que je suis sous l'ascendant d'une étoile plus pro-
386 TUETËMPEST. ACT I
A most auspicioos star ; whose influence
If now I court aot, but omit» my fortunes
Will eyer afler droop. —Hère cease more questions :
Thou art inclin'd to sieep4 *tis a good dulnessi
And gire it way i — I know thou canst not choose.—
(MlEANDA slifps.) Corne away, servant, corne : I am ready now ; Approach, my Ariel; corne»
Enter Ahibl.
ÀrL Ali hall, greatmasterl grave Sir, haii! I corne To answer tliy best pieasure ; be*t to fly, To swim, to dive into ttie fire, to ride On the curl'd clouds; to thy strong bidding lask Arieiy and ali bis quality.
Pro. Hast tbou/spirit, Perform'd to point the tempest that I bade thce ?
Ari. To every article.
I boarded the Icing^s ship ; now on the beai^, Now in the waist, the deckin every cabin^ I flam*d amazement : Sometimes Fd divide. And burn in many places ; on the top-mast, The yards, andbowsprit, wouhll flame disiinctiy» Then meet, and join : Jove's lightnings, the precursors O' the dreadfui thunder-claps^ more momentary Andsight-out-running were not : The fire and cracks Of sulphurous roaring, the most mighty Neptune Seem*d to besiege, and make his bold waves tremble, Yea, his dread trident shake.
Pro. My brave spirit I
Who was so firm, so constant, that this coil Wouid not infect his reason t
Art. Not a soûl
But felt a fever of the mad, and play'd Some tricks of desperatlon : Ail, but mariners,