Scène II. LA TEMPÊTE
Pros. [à Calibim.)— Toi, esclave venimeux, ffuit des amours impurs d*nne mère maudite et du démon lui-même, sors, viens
Galiban entre.
Cal. — Puisse tomber sur vous deux un serein plus malfaisant que tous les poisons que ma mère, à l'aide d'une plume du corbeau funèbre, ramassa jamais sur un marais pestilentiel I Que le vent du sud-ouest souffle sur vous, et vous brûle vivants !
Pros. — ^Pour ce souhait, sois certain que cette nuit tu seras torturé par des crampes; des élancements dans les flancs couperont ta respiration, des milliers de lutins , durant cette Ion-» gue nuit où ils sont libres d*agir, s'évertueront sur toi; tu seras pincé autant de fois qu'il est de cellules d'abeilles dans une ruche, et chaque morsure sera aussi cuisante que-les aiguillons poignants qui les font.
Coi. — Je veuxdtner en paix. Cette lie m'appartient par Syco* rax, ma mère ; tu me l'as prise. Lorsque tu y vins, tu me caressas d'abord, et tu paraissais m'bonorer ; tu me donnais de l'eau, dans laquelle tu avais exprimé le jus des baies , et tu m'appris à nommer la grande et la petite lumière qui brûlent là-haut le jour et la nuit. Je t'aimais alors, aussi je te fls connaître tous les trésors de l'Ile, les sources fraîches, les étangs salés, les plaines arides et les lieux fertiles* Que le ciel me maudisse de l'avoir fait; que tous les maléfices de Sycorax , reptiles venimeux et hideux, crapauds, hannetons, fondent sur vous ; car je compose à moi seul tous vos sujets, moi qui autrefois étais mon maître , et vous me dotinez pour chenil le creux d'un rocher, tandis que vous me gardez le reste de cette lie qui était mon patrimoine.
Proê, — Toi, le plus menteur des esclaves, toi , que peuvent émouvoir les coups , mais point les bienfaits , vil rebut que tu es, te prodiguant mes soins , je t'ai traité avec humanité , et je t'ai logé dans la grotte que j'habite moi-même, jusqu'au jour où tu voulus ravir l'honneur de mon enfant.
Cal. — 0 ho I 6 hol j'aurais voulu que cela eût été fait; si tu n'y avais pas mis d'obstacle , j'allais peupler cette tle de petits Galibans.
Pros. — Esclave abhorré , qui ne peux recevoir aucune empreinte de bonté, et qui es capable de tout mal, je pris pitié