‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 72 sur 153 · Scène II. LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

Scène II. LA TEMPÊTE

de toi, je me donnai la peine de l'apprendre mon langage; à chaque instant je t'enseignais une chose ou une autre ; sauvage, lorsque tu ne savais pas connaître ta propre pensée, et ne t'exprimais que par des hurlements sourds comàia la plus Tile brute, je fournis à tes idées des mots qui les firent comprendre. Mais ta race infâme, bien que capable de receYoîr quelque culture, était hostile aux bons penchants de la nature. Tu fus donc justement confiné dans ce rocher, toi qui méritais plus qu'une prison.

Co/.— Vous m'avez enseigné un langage, j'en ai pr<^té , je sais vous maudire ; que la lèpre vous ronge , pour m'avoir tous les deux appris votre langue.

Fro#. — Race de mégère, hors d'ici! apporte-nous là-dedans du bois pour le feu ; et , crois-moi , sois prompt à remplir tous tes autres devoirs. Ta oses te révolter, esprit méchant; si tu négliges ou fais à regret ce que je t'ordonne > je torturerai tout ton corps de crampes envieillies , je remplirai tous tes os de douleurs, je te ferai pousser de tels rugissements, que les animaux trembleront de t' entendre.

Coi, — Non , je t'en prie. (A part,) — il me faut obéir ; son art est si puissant, qu'il pourrait soumettre le grand Sétebos luimême, le dieu de ma mère, et en faire son TassaL

Proê. — Esclave I hors d'ici.

(Gauian ê*en va.)

Ariel rentre invisible, chantant, et jouant éTun instrument,

Ferdinand le suit.

AsoKLdumtê.

Venez sur les sables jaunis.

Vous que l'amour a réunis ; Que vos lèvres roses se baisent.

Les vagues de la mer se taisent.

Rasez les bords d'un pied léger, Par la main,tenez-vous ensemble, Et sur cet ahime qui tremble Les esprits viendront voltiger* Écoutez, éeouteZfle ciel vous les envoie, Bs répètent leur doux refrain.

Refrain. (Le son se faU entendre de différente endroils.)

km THE ÏEMPESÏ. ACT I.

The waUh'dogt bark :

Bur, Bowgh, wowgh. (diiper$êdly.)

Hark, hark ! I hear

The êtrain ofttruUing chofUieleer ,

Cry, Coek-a-doodle doo.

Fer. Where shonld this music be ? i' the air , or ihe earth? It soundsno more : — and sure, H waits upon Some god of the island. Sitting on a bank, Weeping again the king my father*s wreck, This music crept by me upon the \vaters ; AIlayÎDg both tkeir fur y, and m y passion, With its sweet air : thence I hâve folio w*d it. Or it hath drawn me rather:— But *tis gone. No, it begins again.

Ariel sings,

FuU fcUhom five Ihy falher lies ;

Of his bones are coral mode ; Those arepearls , that were his eyes :

Nolhing ofhimlhat dolhfade, But doth suffer a sea- change Inlo something rich and slrange* Sea^nytnphs hàurly ring his knell :

Hark! now Ihear iheinf—ding-dang, belL

Bur. Ding-dong.

Fer. The ditty does remember, my drownM father : — This is no mortal business, nor no sound That the earth owes ; — 1 hear it now above me,

Pro. The fringed curtains of thine eye advance \nd say what thou seest yond*.

Mira. What is't î a spiril î

Lord, how it looks about î Believe me, Sir, It carries a brave form :— But 'tis a spirit*

SclBHB II. LA TEMPÊTE. 401

Ariel. — Déjà le chien de garde aboie (u)

Écoutez, écùiUex, c'est le chant du matin ; La voix du coq à la crête écarlate, Claire et êonore au loin éclate.

Ferd.^D'ot peut vonir cette harmonie? deTair, ou de la terre? Je ne Tentends plus ; sans doute elle suit au loin les pas de quelque divinité de Tlle. Tandis que j'étais assis sur un rocher, où je pleurais encore la mort du roi mon père , ces sons mélodieux ont glissé vers moi sur la surface de la mer , adoucissant à la fois , par leurs accords touchants , la furie des flots et ma douleur; j*ai suivi cette musique, ou plutôt elle m'a

entraîné : mais elle a cessé; non , elle recommence.

Ariel chante.

Soui la mer ton père repose.

Ses os sont changés en corail;

Ses yeux , dont la paupière est close,

Ont deux perles au lieu d'émail;

Mais, dans cette métamorphose.

Rien de lui ne ^est altéré :

Il est devenu quelque chose

De beau, de riche, d* épuré;

Et, dans sa nouvelle demeure,

Les nymphes sonnent d'heure en heure

Le glas funèbre du trépas.

Écoute, f en tends, ding dong glas l

Refrain. — ding dong glas (la).

Ferd.-^Ce chant est en mémoire démon père submergé; non ceci n*est point l'œuvre des mortels, ni un son qui puisse venir de la terre ; je l'entends maintenant qui s'^élève dans Tair.

Pros. (d Miranda). — Soulève le voile soyeux de tes yeux, et dis-moi ce que tu aperçois au loin.

Mir, — Que vois-je? un esprit ? Dieu ! comme il regarde autour de lui ; mon père^ quelle uobie forme il a; mais c'est un esprit /

402 THE TBMPBST. Act 1.

Pro. No, weoch; it eats aad sleeps, and batb SQch fleosts

As we hâve, such : This gallant which thou seest^ Was in thè wreck ; and bnt he*s something ttain'd With grief, that's beauty*a canker, thou migbl*8t eall him A goodiy person : he hath loslhia feUowSy And strays about to find them.

Mira. I might call him

A thing divine; for nothing nalnral I ever saw se noble.

Pro. It goes on, (Àside.)

As my soûl prompts it : -« Spirit, fine spirit ! TU free thee Within two days for this.

Fir, Most sure, the goddess

On whom thèse airs attend I — > Youchsafe, my prayer >âiay knowy if you remain upon ih\s island ; And that you will some good instruction give, How I may bear me hère : My prime requeati Which I do last pronounce^ is, 0 you wonder 1 If you be maid, or no ?

Mira. No, wonder, Sir ;

But, certainly a maid.

Fer. My language I heavens \ -*

I am the best of them that speak this speech, Were I but where 'tis spoken.

Pro. How I the best ?

What wert thou, if the king of Naples heard thce ? Fer. A single thing, as I am now, that wonders To hear thee speak of Naples : He does hear me ; And , that he does, I weep : myself am Naples ; Who with mine eyes, ne'er tioce at ebb, behe td The king, myfather, wreck* d.

Mira, Alack, for mercy I

Fer, Tes, fiith, and ail his lords; the duke of Milan, And his brave son, being twain.

Pro. The duke of MiUn»

And his more braver daughter, could cent roi thee If now Hwei c fit to do't : — At the first sighl (Aside.)

They hâve chang'd eyes : — Délicate Ariel, ni set thee free for tûs I — A word, good Sir ; I fear you bave done yourself some wrong : a word.

ScsNB IL LA TEMPÊTE. 403

Proê. — Non» jeune fille, il se aourrit^ il dort comme nooM, il a les mêmes sens que nous ; ce beau jeune homme que tu vois est un des naufragés , et si ses traits n'étaient un peu voilés par la douleur, ce poison qui flétrit la beauté, tu pourrais l'appeler une brillante créature. H erre dans TUe , cherchant les compagnons dont il est séparé.

Mir.—Je pourrais bien lui donner le nom d'un être divin; car jamais je n'ai rien vu d'aussi noble dans la nature.

Prof, (d pari), — Le charme opère comme mon âme le désire ; cher esprit , gentil esprit , tu seras libre dans deux jours pour prix de ce service.

Ferd. — Oh I sûrement voici la déesse que suivent ces chants mystérieux! {À Miranda,) — Souffrez que ma prière apprenne de vous si vous demeirrez dans cette lie, et si vous consentirez à me dire comment je dois m'y conduire. Mon premier désir, bien que je le profère le dernier, est que vous m'appreniez, 6 merveiUe éclatante, si vous êtes ou non une vierge de la terre.

Mit. — Je ne suis point une merveille, seigneur , mais pour vierge, certainement je le suis.

Ferd. — 0 ciel I c'est mon langage ; je serais le premier des hommes qui parlent cette langue , si je me trouvais là où elle se parle.

Proê. — Gomment le premier ? et que serais-tu, si le roi de Naples t'entendait.

Perd, — Le même que je suis maintenant , un être isolé , fort étonné de t'entendre parler du roi deNaples. HélasI son roi m'entend , et c'est ce dont je pleure; c'est moi qui suis le roi de Naples, moi dont les yeux n'ont pas cessé de verser des larmes depuis cet instant où ils ont vu s'engloutir le roi mon père.

jtftr.— HélasI que le ciel lui montre sa pitié!

Ferd. -^ Oui, il a péri, lui, tous les seigneurs de saaoite, \» duc de Milan et son noble fils, tâos deux ensemble.

Pros, — Le due de Milan et sa fille encore plus noble pour* raient te démentir, s'ils croyaient devoir le faire en ce moment. (AAriel.) — Tyé&\à première vue ils ont échangé leurs regards. Mon gentil Ariel, ce service te vaudra «a lik^rté. (AniI.)— ^eau seigneur, un mot; je crains que vow ae v^us soyex un peu compromis : «a wûoU

40i THE ÏEMPEST. AcT I.

Mira, Why speaks my father so ungently? This Is the third man that e'er I saw ; the first That e'er I sigh'd for : pity move my father To be inclined my way I

Fer. Oifavirgin,

And your affection not gone forth, l'il make you The queen of Naples.

Pro. Soft, Sir ; one word more. —

They are bolh in eitber*s powers: but this swift business I must uQcasy make, lest too light winning (Àiide.)

Make the prize light. — One word more ; I charge thee, That thou attend me : thou dost hère usurp The name thou ow'st not ; and hast put thyself Upon this isiand, as a spy, to win it From me , the lord on't.

Fer. No, as F am a man.

Mira. Thcre's nothing ill can dweil in suchu temple : If the ill spirit hâve so fair an house, *Good ihings will strive to dwell with*l.

Pro, Follow me. —

(To Ferdinand.) Speak not you for him ; he*s a traitor. — Come. ril manacle thy neck and feet together : Sea-water shalt thou drink, thy food shall be The fresh-brook muscles, wither'd roots, and husks, Wherein the acorn cradled : Follow.

Fer. No.

I will resist such entertainment, tiU Mine enemy has more power. (He draws.)

Mira. 0 dear father,

Make not too rash a trial of him, for He's gentle, and not fearful.

Pro. What, Isay,

My foot my tutor I — Put thy sword up, traitor ; Who mak'st a show, but dar'st not strike, thy conscience Is so possess'd with guilt : come from thy ward : For I can hère disarm thee with a stick. And make thy weapon drop.

Mira. 'Beseech you, father I

Page 1