‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 73 sur 153 · Scène II. LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

Scène II. LA TEMPÊTE

JIftV. — Pourquoi mon père lui parlc-t-il si brusquement ? c'est là le troisième homme que j'aie jamais vu, et c'esi le premier pour qui j'aie soupiré. Puisse une tendre pitié disposer mon père à être enclin au même penchant.

Ferd. — Ohl si vous êtes vierge, et que votre cœur soit encore libre, je vous ferai reine dé Naples.

Pros. — Seigneur, doucement; un mot encore. {A part.) — Les voilà déjà enchaînés l^m à l'autre; mais il faut que je traverse un penchant si rapide, de peur que si les entraves de. la conquête sont trop légères, le prix ne le paraisse aussi. Ëcoutemoi : je t'ordonne de me suivre, tu usurpes ici un titre qui ne t'appartient pas ; tu t'es introduit comme un espion dans cette Ile pour m'en dépouiller, moi qui en suis le maître.

Ferd. -* Non, comme je suis un homme.

Mir. — La perfidie ne peut habiter dans un temple aussi beau. Si Tesprit du mal a une si belle demeure, les bons voudront habiter avec lui.

Pros. (àFtfr(ftnan({). — Suis-moi. (À JKftranda.) — C'est un traître; ne me parlez pas pour lai. (À Ferdinand.) — Viens, je veux enchaîner dans les mêmes fers tes pieds et ton cou : l'eau de la mer sera ton breuvage, et tu te nourriras des coquillages des eaux vives, des racines desséchées et des cosses où a été renfermé le gland. Suis-moi.

Ferd. — Non, je résisterai à un pareil traitement jusqu'à ce que mon ennemi ait plus de pouvoir que moi.

{Il lire Vépée.)

Mir. -* O mon cher père, ne le mettez pas à l'épreuve avec imprudence ; il est doux, mais il est brave.

Pros. — Vraiment , un enfant voudrait être mon gouverneur ! — Traître , rentre dans le fourreau ce fer dont tu jfais parade , et dont tu n'oses frapper, tant ta conscience est tourmentée par ton crime I Cesse de te tenir en garde; car cette baguette seule me suffit pour te désarmer , et faire tomber ton épée.

Mir, — Je vous supplie, mon père.

406 THE TEMPEST. Agt 1.

Pro, Hence ; hang not on my garmeots.

Mira. Sir, bave pity ;

ru be bis sarety.

Pro. Silence t one word more

Sball make me cbide thee if not hâte thee. What I An advocate for an impostor t hush I Thou think'st there are no more sucb shapes as he, Baving seen but him and Galiban : Foolish wencbl To the most of men tbis is a Galiban, And they to him are angels.

Mira. My affections

Are tben most humble; I bave no ambition To see a goodlier man,

Pro, Gome on; obey ; (To Fehdinand.)

Thy nerves are in their infancy again, And haye no yigour in them.

Fer, So they are ! • '

My spirits, as in a dreanf, are ail bound up. M y falher's loss, the weakness which I feel, The wreck of ail my triends, or this man*s threats, To whom [ am subdued, are but light to me, Might I but through my prison once a-day behoid this maid : ail corners else o*the earth Let liberty make use of space ; enough Hâve I in such a prison.

Pro. It Works : — Come on. —

Thou hast done well, fine Ariel I — Folio w me. —

(To Ferdinand and Mibanda.) Hark, what thou else shalt do me. ( To Ariel.)

Mira. Be of comfort ;

My father's of a botter nature, Sir, Than he appears by speech ; this is unwonted, Which now came from him.

Pro. Thou shalt be as free

As mountain winds : but then exactly do Ail points of my command.

Àri, To the syllable.

Pro. Come, follow : speak not for him. (Exeunt,)

ScfcifB II. LA TEMPÊTE. 407

Pros. — Loin de moi ! cesse de te suspendre à mes vêtements.

JIftr. — Seigneur, ayez pitié , je serai sa caution.

Pros. — Silence! un mot de plus me forcera à te gronder , si ce n'est peut- être à te haïr. Quoi, tu défends un imposteur ! Silence! n'ayant vu que Galiban et lui, tu t'imagines qu'il n'y a rien au monde de plus beau que lui : fille simple, il n'est qu'un Galiban auprès de la plupart des hommes, qui, À ses c6tés, te paraîtraient des anges.

Mir. — Mes affections sont alors bien modestes; car je n'ai pas l'ambition de voir un homme plus beau.

Proê. (à Ferdinand). — Allons, obéis I tes nerfs sont retombés dans l'enfance; ils n'ont plus de vigueur.

Ferd. — Gela est vrai , tontes mes facultés sont enchaînées comme dans un rêve. La perte de mon père, cette langueur que je sens, le naufrage de tous mes amis , et les menaces de cet homme par qui je suis subjugué^ me seraient encore des peines légères, si seulement une fois par jour je pouvais voir cette jeune fille au travers de ma prison. Que la liberté luise au reste de la terre , j'aurais assez d'espace dans une telle prison !

Pro#.— L'œuvre marche (i 3) : allons, tu as bien travaillé, mon charmant AneL{ À Ferdinand et à Miranda.) — Suivez-moi. {À Âriel.) — Écoute ce qui te reste à faire pour moi.

Jlft^.— Seigneur, prenez courage, mon père a plus de bonté que son langage ne le fait paraître ; cette colère est pour lui inaccoutumée.

Pros. — Tu seras libre comme le vent des montagnes : mais sois exact à remplir en tous points mes ordres.

Ariel. — A la lettre,

Pros. — Allons, suivez-moi. ( À Miranda, )— Nf me parle plus pour lui. ( Ils sortent. )

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