‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 89 sur 153 · Scène II. LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

Scène II. LA TEMPÊTE

Trtn. — Monseigneur , dit-iU -—Un monstre peut jouer la béte au naturell

Ccd. — Li, lày encore, mords-le jusqu'à ce qu'il en meure> je t'en prie.

Steph, — TrinculOy retiens ta langue ; si tu essaies de te mutiner, le premier arbre... Ce pauvre monstre est mon sujet, et je ne le laisserai pas insulter impunément.

Cal, — Je te remercie , mon noble mattre. Te plalt-il d'entendre encore la prière que je t'ai faite?

Steph» — Oui y je leyeui bien, mets- toi à genoux, et répètela ; je resterai debout, et Trinculo aussi.

Ariel entn invù&fle.

Cal. — Comme je te Fai dit déjà, je suis sujet d'un tyran, d'un sorcier, qui par ses artifices m'a dépouillé de cette lie.

Âriel. — Tu mens.

Cal.— Tu mens toi-même, singe malicieux ; je voudrais qu'il plût à mon puissant maiire de l'exterminer ; je ne mens pas.

Sleph. — Trinculo, si vous Tinterrompez encore dans son récit, par cette main je ferai sauter quelqu'une de vos dents.

Trin. — Mais je n'ai rien dit.

Sleph. — Murmure tout bas si tu veux, mais rien de plus. [ÀCaliban,) — Poursuis.

Cal. — Gomme je le disais, c'est par sortilège qu'il a pris cette tle , qu'il me Ta volée. S'il plaisait à ta grandeur de me venger de lui, car je sais que tu l'oseras, toi; mais celui-ci n'oserait pas....

Steph. — Gela est très-certain.

Cal. — Tu deviendras le seigneur de cette ilc, et moi je te servirai.

Steph. — Mais comment accomplir ce projet? Peux-tu me condidre à Tennemi ?

Cal. — Oui, oui, seigneur ; je te le livrerai tandis qu'il dormira, et tu pourras lui enfoncer un clou dans la tôte.

Ariel. — Tu mens, tu ne le peux pas.

Cal. — Quel fou bigarré est cela, vilain esclave ? Je supplie ta grandeur de le battre et de lui enlever sa bouteille ; quand il ne l'aura plus , il lui faudra boire l'eau des mares , car je ne lui montrerai pas où sont les sources vives.

450 THETEMPEST. AgtUL

Stê. TrioculOy mil into no farther danger» înterropt the monster one word farther, and, by this hand, l'U turn my mercy ont of doors, and make a stock-fish of thee.

Trin. Why, what did I ? I did nothing ; lil go farther off.

Stê* Didst thoa not say» he lied?

Âri. Thou lieat.

Ste. Do I so? take thou that. {SMktê Mm.)

As yoa like thii, gite me the lie another time.

Trin, I did not gire the lie :— Out o' your wits, and hearing toot ■ A pox o' your bottlel thia can sack, and drinking do. — A murrain on your monstert and the devil take your fin* gers.

Coi. Ha, ha, ha f

Stê. Nowy forward with your taie. Pr*y thee stand farther off.

Co/. Beat him enough : after a little time, rilbeathim too.

Ste. Stand farther. — Gome, proceed.

Coi. 'Why, as I told thee, 'tis a custom with him l' the aftemoon to sleep : there thou may'st brain him, Having first seiz*d hisbooks ; or with a log Batter his skuU, or paunch him with a stake. Or eut his wezand with thy knife : Remember, First to possess his books; for without them He's bat a sot, asi am, nor hath not One spirit to command : They ail do hâte him, As rootedly as I : Burn but his books ; He bas braye utensils, (for so he calls them,) Which, when he bas a bouse, he'U deck withal. And that most deeply to consider, is The beauty of his daughter ; he himself Calls her a non-pareil : I ne'er saw woman, But only Sycorax my dam, and she :

But she as far surpasseth Sycorax, As greatèst does least.

Ste, Is it 80 brave a lass T

Coi, Ay, lord; she will become thy bed, I warrant, Andbring thee forth brave brood.

Ste. Monster, I will kill this man : his daughter and 1 will be king and queen; (save our grâces I) and Trinculo and thyaelf shall be vicerofs :<^Do8t thou like the plot, Trinculo 7

ScàNB II. LA TEMPÊTE. 45i

Stepk.—TnnculOfJie t'expose pas davantage! Si tn interromps encore le monstre d'un seul mot, je mets ma clémence à la porte, et de cette main je t'aplatirai comme nn poisson salé. Trin. — Qu'ai-je donc fait? Je n'ai rien dit; je Tais m'éïoigner.

Sleph. —T N'as-tu pas dit qu'il mentait ? Àriel, — Tu mens.

Sleph. *— Ahl je mensi tiens, prends cela. {Il le bat.)-^ Si vous aimez ceci , donnez->moi un démenti une autre fois.

Trin, — Je ne vous ai point donné de démenti. Vous avez

donc perdu la raison, et l'ouïe aussi? Peste soit de votre bou*

teille I voilà ce que produisent le vin et l'ivresse. Que la fièvre

étouffe votre monstre, et que. le diable vous ampute les doigts I

Ca/.-- Haï ha! haï

Sleph. — • Maintenant reprends ton récit. {A Trineulo.) — Je t'en prie, éloigne- toi.

Cal. -* Bats-le bien ; après quoi je le battrai aussi, moi. Sleph. ^Ëloigne-toi davantage. {A Calîban.) ^ Allons, poursuis.

Cal. ^ Eh bien, comme je te l'ai dit, il a pour habitude de dormir dans l'après-midi ; alors tu peux lui faire sauter la cervelle, après avoir d'abord saisi ses livres, ou avec une bûche lui briser le crâne, ou l'éventrer avec un pieu, ou lui couper la gorge à l'aide d'uu couteau. Souviens-toi qu'il faut d'abord que tu t'empares de ses livres; car sans eux il n'est qu'un ignorant comme moi, et n'a plus un seul esprit à ses ordres ; ils le détestent tous aussi franchement que je le hais moi-même. Ne brûle que ses livres; il a de beaux ustensiles (car c'est le nom qu'il leur doqne) dont il décorera sa maison quand il en aura une. Ce qui doit être encore le plus considéré, c'est la beauté de sa fille; lui-même la nomme $an$ paredle. Jamais je n'ai vu de femme que ma mère Sycorax et elle ; mais elle l'emporte autant sur Sycorax que ce qu'il y a de plus grand surpasse ce qu'il y a de plus petit..

Sleph. — Est-ce donc un sî beau minois de fille? Cal. — Oui, seigneur, je te réponds qu'elle convient à ton lit, et qu'elle te produira une belle lignée.

Sleph. — Monstre, je tuerai cet homme ; sa fille et moi nous serons roi et reine. Vivent nos majestés 1 et Trinculo et toi serez nos vice-rois. Goûtes^tu ce plan, Trinculo?

452 THE TEIfPBST. Agt III.

2Vlii. Bxcetle0t.

Siê. Give me thy hand ; I am soiry I beat thee : bat, while thoa livesty keepa good tODgue in thy head.

Cal. Withni this halfhoar willhebeasleep; Wilt thoa destroy him thent

Su. Aj, on mine honour.

Ari. This will I tell my master.

Coi. Thou mak'st me merry : I am fall of pleasarc ; Lot us be jocand : Will yoa troll the catch Yoa taught me bat while-ere ?

Su. Atthy request, monater,! will do reason, any reason: Corne ouy Trinculo, let as sing. (Sings.)

Flout*em, andikoui'em; and tkout'em, and fUnU'em ; Thoughl U fr$€.

Coi. That*snot the tune.

(Aeibl plays ihe tune on a tabcr and pipe.)

Su. What is this same T

Trin. This is the lune of oar catch, played by the piciare of No-body.

Su. If thoa beest a man, show thyself in thy likeness: if thou beest a devil, take't as thoa list.

TWn. O forgive me my sins I

Su. He tbat dies, pays ail debts : I defy thee. — Mercy upon us!

Cai. Art thou afeard ?

Su. Noy monster, not I.

Cal. Be not afeard ; the isle is fuU of noises, . SoundSy and sweet airs, that giye delight, andhurt not. Sometimes a thousand twangling instruments "Will hum about mine ears; and sometimes voices, That, if I thenhad wak'd afterlong sleep, «Will make me sleep again : and then, ia dreaming, The clouds, methought, would open, and show riches Ready to drop upon me; that, wheni wak'd, I cried to drcam again.

Su. This wili prove a brave kingdom to me, whcre ( shall hâve my music for not ng*

Cal. When Prospero is destroyed.

SCÈNB H. LA TEMPÊTE. 453

ÏWm— Parfait I

Steph» — Donne-moi ta main, je suis fâché de t'avoir battu ; mais tant que tu vivras, fais en sorte d'imposer un frein à ta langue.

Cal. — Avant une demi-heure il sera endormi ; veux-tu Fexterminer alors?

Steph. — Oui, je le veux, sur mon honneur.

ArieL — Je dirai ceci à mon mattre.

Cal. — Tu me rends joyeux, je suis plein d* allégresse, livrons-nous au plaisir. Voulez-vous chanter le canon (39) que vous m'avez appris tantôt ?

Sleph. — Je veux complaire à ta requête, le monstre a (ou« jours raison. Allons, Trinculo, chantons. (Stephano chanle,)-^ MoqtKms'nùUêéteuœ, épioni4e$, épions-lesjmoquons'nùui d*eux; la pensée est libre.

Cal. — Ceci n'est pas l'air.

(Aribl joue rahr ncr un flageolet en s^aeeompagnant tTun

tambourin. )

Sleph. — Qu'est-ce que c'est que cet écho?

Trin. — C'est Tair de notre canon, joué parla figure de Personne (3o).

Steph. — Si tu es un homme, apparais-nous sous ta propre forme ; si tu es le diable, prends celle qui te plaira.

Trin . — Oh I pardonnez-moi mes péchés !

Steph. — Celui qui meurt a payé toutes ses dettes, je te dé fiel Miséricorde!

Cal. — As-tu peur?

Steph. — Moi, monstre, non.

Cal. — N'aie pas peur : l'Ile est pleine de sonii et d'airs ravissants qui charment et ne nuisent pas; parfois des milliers d'instruments retentissent confusément à mes oreilles; d'autres fois ce sont des voix si douces, que, lorsque je m'éveille après un long sommeil , elles me portent à dormir encore^: dans mes songes, je croyais voir les nuages s'entr'ouvrir , et me montrer des richesses prêtes à m'inonder ; puis , en m'éveillant , je pleurais du désir de rêver encore.

Steph. — J'aurai là un beau royaume où la musique ne me coûtera rien.

Cal. — Quand Prospero sera tué.

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