‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 92 sur 153 · SCÈNB III. LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

SCÈNB III. LA TEMPÊTE

Séb, — Des mannequins vivants. Désormais je consens à croire qu'il existe des licornes, quMI y a dans l'Arabie un arbre servant de trône au phénix^ et que de nos jours encore un phénix y règne.

Ânl. — Je crois l'un et l'autre, et je veux jurer que tout ce qui semble incroyable est vrai. Les voyageurs n'ont jamais dit de mensonges^ quoi qu'en disent les sots assis au coin du feu.

Gon. — Si je racontais ceci à Naples, voudrai t<H)n me croire? Si je leur disais que j'ai vu de tels insulaires ( car sûrement ce sont des habitants de cette lie), qui, bien qu'ils aient des formes monstrueuses, ont cependant dans leurs manières, remarquezle bien, plus de douceur et d'aménité que vous n'en pourriez trouver chez certains hommes, et je dirais presque chez tous.

Pros, (à pari,) — Vertueux vieillard, tu dis vrai ; car quelques-uns de vous , ici présents, ôtcs plus pervers que des dé*mons mêmes.

il/on.-^ Je ne puis me lasser de songer à leurs formes (3i), à leurs gestes et à leurs accents , qui expriifîent , à défaut du secours de là parole , d'excellentes choses dans leur langage muet.

Proi. {à part,) — Pour louer une chose, ilen faut voir la fin.

Fran, — Ils ont étrangement disparu.

Séb. — Qu'importe, puisqu'ils nous ont laissé des vivres; car notre appétit nous presse. Vous platt-îl goûter de ceci ?

Âlon. — Moi, non,

6ron. — Sur ma foi, seigneur, vous n'avez rien, à craindre* Quand nous étions enfants, qui aurait voulu croire qu'il existât des montagnards portant des fanons monstrueux tels que ceux des taureaux , et ayant à leur cou des masses de chair pendantes , et qu'il y avait des hommes dont la tête était au milieu de leur sein ? et cependant nous serions aujourd'hui de l'avis du lointain voyageur (32) qui nous rapporterait ces faits comme incontestables.

Àlon, —Je me mettrai à table, et je mangerai, dût ce repas être le dernier. Eh! qu'importe, puisque je sens que le bonheur de ma vie est détrait. Mon frère/seigneur duc, prenez place, et faites comme nous.

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