‹ Chefs-d'uvre littéraires de Buffon /cavec une introdChapitre 30 sur 48 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

Il n’est point d'homme bien organisé à qui ce nom ne rappelle quelqu'une de ces belles nuits de printemps où, le ciel étant serein, l'air calme, toute la nature en silence, et pour ainsi dire attentive, il a écouté avec ravissement le ramage de ce chantre des forêts. On pourrait citer quelques autres oiseaux chanteurs, dont la voix le dispute à certains égards à celle du rossignol : les alouettes, le serin, le pinson, les fauvettes, la linotie, le chardonneret, le merle commun, le merle solitaire, le moqueur d'Amérique, se font écouter avec plaisir lorsque le rossignol se tait : les uns ont d'aussi beaux sons, les autres ont le timbre aussi pur et plus doux; d’autres ont des tours de

1. Motacilla luscinia (Linn.). — Ordre id., genre Becs-Fins, sous-genre

Fauvettes (Cuv.).— L'histoire du Rossignol est encore de Gueneau de Mont-

- beillard; et c’est encore un chef-d'œuvre, mais à sa manière, qui est trèsdistincte de celle de Buffon, (F.)

gosier aussi flatteurs ; mais il n’en est pas un seul que le rossignol n’eflace par la réunion complète de ces talents divers, et par la prodigieuse variété de son ramage; en sorte que la chanson de chacun de ces oiseaux, prise dans toute son étendue, n’est qu'un couplet de celle du rossignol : le rossignol charme toujours et ne se répète jamais, du moins jamais servilement; s’il redit quelque passage, ce passage est animé d’un accent nouveau, embelli par de nouveaux agréments ; 1] réussit dans tous les genres; il rend toutes les expressions, il saisit tous les caractères, et de plus il sait en augmenter l’eflet par les contrastes. Ce coryphée du printemps se prépare-t-il à chanter l'hymne de la nature, il commence par un prélude timide, par des-tons faibles, presque indécis, comme s’il voulait essayer son instrument et intéresser ceux qui l'écoutent; mais ensuite prenant de l'assurance, il s’anime par degrés, il s'échaufle, et bientôt il déploie dans leur plénitude toutes les ressources de son incomparable organe : coups de gosier éclatants, batteries vives et légères; fusées de chant, où la netteté est égale à la volubilité; murmure intérieur et sourd qui n’est point appréciable à l'oreille, mais très-propre à augmenter l'éclat des tons appréciables ; roulades précipitées, brillantes et rapides, articulées avec force et même avec une dureté de bon goût ; accents plaintifs cadencés avec mollesse; sons filés sans art, mais enflés avec âme ; sons enchanteurs et pénétrants ; vrais soupirs d'amour et de volupté qui semblent sortir du cœur et font palpiter tous les cœurs, qui causent à tout ce qui est sensible une émotion si douce, une langueur si touchante : c’est dans ces tons passionnés que l’on reconnait le langage du sentiment qu'un époux heureux adresse à une compagne chérie, et qu'elle seule peut lui inspirer :

tandis que dans d’autres phrases plus étonnantes peutêtre, mais moins expressives, on reconnait le simple projet de l’amuser et de lui plaire, ou bien de disputer devant elle le prix du chant à des rivaux jaloux de sa gloire et de son bonheur.

Ces différentes phrases sont entremêlées de silences, de ces silences qui dans tout genre de mélodies concourent si puissamment aux grands effets: on jouit des beaux sons que l'on vient d'entendre et qui retentissent encore dans l'oreille; on en jouit mieux parce que la jouissance est plus intime, plus recueillie, et n’est point troublée par des sensations nouvelles ;: bientôt on attend, on désire une autre reprise : on espère que ce sera celle qui plaît; si l’on est trompé, la beauté du morceau que l’on entend ne permet pas de regretter celui qui n’est que différé, et l’on conserve l'intérêt de l'espérance pour les reprises qui suivront. Au reste, une des raisons pourquoi le chant du rossignol est plus remarqué et produit plus d'effet, c'est, comme dit très-bien M. Barrington, parce que chantant la nuit, qui est le temps le plus favorable, et chantant seul, sa voix à tout son éclat, et n’est offusquée par aucune autre voix; il efface tous les autres oiseaux, suivant le même M. Barrington, par ses sons moelleux et flûtés, et par la durée non interrompue de son ramage, qu'il soutient quelquefois pendant vingt secondes ; le même observateur a compté dans ce ramage seize reprises différentes, bien déterminées par leurs premières et dernières notes, et dont l'oiseau sait varier avec goût les notes intermédiaires ; enfin, il s’est assuré que la sphère que remplit la voix du rossignol n’a pas moins d’un mille de diamètre, surtout lorsque l'air est calme, ce qui égale au moins la portée de la voix humaine.

Il est étonnant qu'un si petit oiseau, qui ne pèse pas une demi-once, ait tant de force dans les organes de la voix : aussi M. Hunter a-t-il observé que les muscles du larynx, ou si l’on veut du gosier, étaient plus forts à proportion dans cette espèce que dans toute autre, et même plus forts dans le mâle qui chante que dans la femelle qui ne chante point.

Aristote et Pline, d’après lui, disent que le chant du rossignol dure dans toute sa force quinze jours et quinze nuits, sans interruption, dans le temps où les arbres se couvrent de verdure, ce qui doit ne s'entendre que des rossignols sauvages et n'être pas pris à la rigueur, car ces oiseaux ne sont pas muets avant ni après l'époque fixée par Aristote : à la vérité, ils ne chantent pas alors avec autant d’ardeur ni aussi constamment ; ils commencent d'ordinaire au mois d'avril, et ne finissent tout à fait qu'au mois de juin, vers le solstice; mais la véritable époque où leur chant diminue beaucoup, c'est celle où leurs petits viennent à éclore, parce qu'ils s'occupent alors du soin de les nourrir, et que, dans l’ordre des instincts, la nature a donné la prépondérance à ceux qui tendent à la conservation des espèces. Les rossignols captifs continuent de chanter pendant neuf ou dix mois, et leur chant est non-seulement plus longtemps soutenu, mais encore plus parfait et mieux formé : de là M. Barrington tire cette conséquence, que dans cette espèce, ainsi que dans bien d'autres, le mâle ne chante pas pour amuser sa femelle ni pour charmer ses ennuis durant l'incubation, conséquence juste et de toute vérité. En effet, la femelle qui couve remplit cette fonction par un instinct, ou plutôt par une passion plus forte en elle que la passion même de l'amour; elle y trouve des jouissances intérieures dont

nous ne pouvons bien juger, mais qu'elle paraît sentir vivement, et qui ne permettent pas de supposer que dans ces moments elle ait besoin de consolation. Or, puisque ce n'est ni par devoir ni par vertu que la femelle couve, ce n’est point non plus par procédé que le mâle -chante ; il ne chante pas en eflet durant la seconde incubation : c'est l'amour, et surtout le premier période de l'amour, qui inspire aux oiseaux leur ramage ; c'est au printemps qu’ils éprouvent et le besoin d'aimer et celui de chanter; ce sont les mâles qui ont le plus de désirs, et ce sont eux qui chantent le plus; ils chantent la plus grande partie de l'année, lorsqu'on sait faire régner autour d’eux un printemps perpétuel qui renouvelle incessamment leur ardeur, sans leur offrir aucune occasion de l’éteindre ; c’est ce qui

arrive aux rossignols que l’on tient en cage, et même, .

comme nous venons de le dire, à ceux que l’on prend adultes: on en a vu qui se sont mis à chanter de toutes leurs forces peu d'heures après avoir été pris. Il s'en faut bien cependant qu'ils soient insensibles à la perte de leur liberté, surtout dans les commencements ; ils se laisseraient mourir de faim les sept ou huit premiers jours, si on ne leur donnait la becquée, et ils se casseraient la tête contre le plafond de leur cage, si on ne leur attachait les ailes; mais à la longue, la passion de chanter l’emporte, parce qu’elle est entretenue par une passion plus profonde. Le chant des autres oiseaux, le son des instruments, les accents d’une voix douce et sonore, les excitent aussi beaucoup ; ils accourent, ils s’approchent, attirés par les beaux sons, mais les duos semblent les attirer encore plus puissamment, ce qui prouverait qu'ils ne sont pas insensibles aux effets de l'harmonie ; ce ne sont point des auditeurs muets, ils se mettent à l'unisson et font tous

leurs efforts pour éclipser leurs rivaux, pour couvrir toutes les autres voix et même tous les autres bruits : on prétend qu'on en a vu tomber morts aux pieds de la personne qui chantait; on en a vu un autre qui s'agitait, gonflait sa gorge et faisait entendre un gazouillement de colère toutes les fois qu'un serin qui était près de lui se disposait à chanter, et il était venu à bout par ses menaces de lui imposer silence; tant il est vrai que la supériorité n'est pas toujours exempte de jalousie! Serait-ce par une suite de cette passion de primer, que ces oiseaux sont si attentifs à prendre leurs avantages, et qu'ils se plaisent à chanter dans un lieu résonnant, ou bien à portée d'un écho?

Tous les rossignols ne chantent pas également bien : il y en a dont le ramage est si médiocre, que les amateurs ne veulent point les garder; on a même cru s’apercevoir que les rossignols d’un pays ne chantaient pas comme ceux d'un autre; les curieux en Angleterre préfèrent, dit-on, ceux de la province de Surrey à ceux de Middlesex, comme ils préferent les pinsons de la province d'Essex et les chardonnerets de celle de Kent. Cette diversité de ramage dans des oiseaux d'une même espèce a été comparée, avec raison, aux différences qui se trouvent dans les dialectes d'une même langue : il est diflicile d'en assigner les vraies causes, parce que la plupart sont accidentelles. Un rossignol aura entendu, par hasard, d’autres oiseaux chanteurs, les efforts que l’émulation lui aura fait faire auront perfectionné son chant, et il l'aura transmis ainsi perféctionné à ses descendants ; car chaque père est le maître à chanter de ses petits; et l’on sent combien, dans la suite des générations, ce même chant peut être encore perfectionné ou modifié diversement par d’autres hasards semblables,

Passé le mois de juin, le rossignol ne chante plus, et il ne lui reste qu'un cri rauque, une sorte de croassement, où l’on ne reconnait point du tout la mélodieuse Philomèle ; et il n’est pas surprenant qu'autrefois, en Italie, on lui donnât un autre nom dans cette circonstance : c’est en effet un autre oiseau, un oiseau absolument différent, du moins quant à la voix, et même un peu quant aux couleurs du plumage.

Dans l'espèce du rossignol, comme dans toutes les autres, il se trouve quelquefois des femelles qui participent à la constitution du mâle, à ses habitudes, et spécialement à celle de chanter. J’ai vu une de ces femelles chantantes qui était privée; son ramage ressemblait à celui du mâle ; cependant il n’était ni aussi fort ni aussi varié ; elle le conserva jusqu’au printemps; mais alors, subordonnant l'exercice de ce talent qui lui était étranger aux véritables fonctions de son sexe, elle se tut pour faire son nid et sa ponte, quoiqu’elle n’eût point de mâle. 11 semble que dans les pays chauds, tels que la Grèce, il est assez ordinaire de voir de ces femelles chantantes, et dans cette espèce et dans beaucoup d’autres; du moins c’est ce qui résulte d'un passage d’Aristote.

Un musicien, dit M. Frisch, devrait étudier le chant du rossignol et le noter ; c’est ce qu’essaya jadis le jésuite Kircher, et ce qu'a tenté nouvellement M. Barrimgton ; mais, de l’aveu de ce dernier, c’a été sans aucun succès ; ces airs notés, étant exécutés par le plus habile joueur de flûte, ne ressemblaient point du tout au chant du rossignol. M. Barrington soupconne que la difficulté vient de ce qu'on ne peut apprécier au juste la durée relative, ou, si l’on veut, la valeur de chaque note ; cependant, quoiqu'il ne soit point aisé de déterminer la mesure que suit

le rossignol lorsqu'il chante, de saisir ce rhythme si varié dans ses mouvements, si nuancé dans ses transitions, si libre dans sa marche, si indépendant de toutes nos règles de convention, et par cela même si convenable au chantre de la nature, ce rhythme, en un mot, fait pour être finement senti par un organe délicat, et non pour être marqué à grand bruit par un bâton d'orchestre; il me parait encore plus diflicile d'imiter avec un instrument mort les sons du rossignol, ses accents si pleins d'âme et de vie, ses tours de gosier, son expression, ses soupirs ; il faut pour cela un instrument vivant, et d'une perfection rare, je veux dire une voix sonore, harmonieuse et légère, un timbre pur, moelleux, éclatant, un gosier £e la plus grande flexibilité, et tout cela guidé par une oreille juste, soutenu par un tact sûr, et vivifié par une sensibilité exquise : voilà les instruments avec lesquels on peut rendre le chant du rossignol. J'ai vu deux personnes qui n’en auraient pas noté un seul passage, et qui cependant l'imitaient dans toute son étendue, et de manière à faire illusion : c'étaient deux hommes : ils sifflaient plutôt qu'ils ne chantaient ; mais l'un sifllait si naturellement, qu'on ne pouvait distinguer à la conformation de ses lèvres si c'était lui ou son voisin qu'on entendait; l’autre sifllait avec plus d’effort; il était même obligé de prendre une attitude contrainte; mais, quant à l'effet, son imitation n'était pas moins parfaite; enfin on voyait, il y a fort peu d'années, à Londres, un homme qui, par son chant, savait attirer les rossignols au point qu'ils venaient se percher sur lui et se laissaient prendre à la main.

Comme il n’est pas donné à tout le monde de s’approprier le chant du rossignol par une imitation fidèle , et que tout le monde est curieux d’en jouir, plusieurs ont tâché

de se l'approprier d’une manière plus simple, je veux dire en se rendant maîtres du rossignol lui-même, et le réduisant à l’état de domesticité; mais c'est un domestique d’une humeur difficile, et dont on ne tire le service désiré qu'en ménageant son caractère. L'amour et la gaieté ne se commandent pas, encore moins les chants qu'ils inspirent : si lon veut faire chanter le rossignol captif, il faut le bien traiter dans sa prison, il faut en peindre les murs de la couleur de ses bosquets, l’environner, l’ombrager de feuillages, étendre de la mousse sous ses pieds, le garantir du froid et des visites importunes , lui donner une nourriture abondante et qui lui plaise; en un mot, il faut lui faire illusion sur sa captivité, et tâcher de la rendre aussi douce que la liberté, s’il était possible. À ces conditions, le rossignol chantera dans la cage : si c’est un vieux pris dans le commencement du printemps, il chantera au bout de huit jours, et même plus tôt, et il recommencera à chanter tous les ans au mois de mai et sur la fin de décembre: si ce sont des jeunes de la première ponte, élevés à la brochette, ils commenceront à gazouiller dès qu'ils commenceront à manger seuls; leur voix se haussera, se formera par degrés; elle sera dans toute sa force sur la fin de décembre, et ils l’exerceront tous les jours de l'année, excepté au temps de la mue: ils chanteront beaucoup mieux que les rossignols sauvages; ils embelliront leur chant naturel de tous les passages qui leur plairont dans le chant des autres oiseaux qu’on leur fera entendre, et de tous ceux que leur inspirera l'envie de les surpasser; ils apprendront à chanter des airs, si on a la patience et le mauvais goût de les siffler avec la rossignolette ; ils apprendront même à chanter alternativement avec un chœur, et à répéter leur couplet à propos; enfin, ils apprendront

à parler quelle langue on voudra. Les fils de l'empereur Claude en avaient qui parlaient grec et latin; mais ce qu'ajoute Pline est plus merveilleux, c'est que tous les jours ces oiseaux préparaient de nouvelles phrases, et même des phrases assez longues, dont ils régalaient leurs maîtres. L'adroite flatterie à pu faire croire cela à de jeunes princes: mais un philosophe tel que Pline ne devait se permettre ni de le croire, ni de chercher à le faire croire, parce que rien n'est plus contagieux que l'erreur appuyée d'un grand nom; aussi plusieurs écrivains, se prévalant de l'autorité de Pline, ont renchéri sur le merveilleux de son récit. Gessner, entre autres, rapporte la lettre d'un homme digne de foi (comme £n va le voir) où il est question de deux rossignols appartenant à un maître d'hôtellerie de Ratisbonne, lesquels passaient les nuits à converser en allemand sur les intérêts politiques de l’Europe, sur ce qui s'était passé, sur ce qui devait arriver bientôt, et qui arriva en effet : à la vérité, pour rendre la chose plus croyable, l'auteur de la lettre avoue que ces rossignols ne faisaient que répéter ce qu'ils avaient entendu dire à quelques militaires ou à quelques députés de la diète qui fréquentaient la même hôtellerie: mais avec cet adoucissement même, c’est encore une histoire absurde et qui ne mérite pas d'être réfutée sérieusement.

J'ai dit que les vieux prisonniers avaient deux saisons pour chanter : le mois de mai et celui de décembre; mais ici l'art peut encore faire une seconde violence à la nature, et changer à son gré l’ordre de ces saisons, en tenant les oiseaux dans une chambre rendue obscure par degrés, tant que l’on veut qu'ils gardent le silence, et leur redonnant le jour, aussi par degrés, quelque temps avant celui où l’on veut les entendre chanter; le retour ménagé de la

lumière, joint à toutes les autres précautions indiquées cidessus, aura sur eux les effets du printemps. Ainsi l’art est parvenu à leur faire chanter et dire ce qu'on veut et quand on veut; et si l'on a un assez grand nombre de ces vieux captifs et qu'on ait la petite industrie de retarder et d'avancer le temps de la mue, on pourra, en les tirant successivement de la chambre obscure, jouir de leur chant toute l’année sans aucune interruption. Parmi les jeunes qu'on élève, il s'en trouve qui chantent la nuit; mais la plupart commencent à se faire entendre le matin sur les huit à neuf heures dans le temps des courts jours, et toujours plus matin à mesure que les jours croissent.

On ne se douterait pas qu'un chant aussi varié que celui du rossignol est renfermé dans les bornes étroites d’une seule octave; c’est cependant ce qui résulte de l’observation attentive d’un homme de goût, qui joint la justesse de l'oreille aux lumières de l'esprit : à la vérité, il a remarqué quelques sons aigus qui allaient à la double octave, et passaient comme des éclairs ; mais cela n'arrive que très-rarement et lorsque l'oiseau, par un effort de gosier, fait octavier sa voix comme un flûteur fait octavier sa flûte en forçant le vent.

Cet oiseau est capable à la longue de s'attacher à la personne qui a soin de lui; lorsqu'une fois la connaissance est faite, il distingue son pas avant de la voir, il la salue d'avance par un cri de joie, et, s’il est en mue, ou le voit se fatiguer en efforts inutiles pour chanter, et suppléer par la gaieté de ses mouvements, par l'âme qu'il met dans ses regards, à l'expression que son gosier lui refuse : lorsqu'il perd sa bienfaitrice, il meurt quelquefois de regret: s'il survit, 1l lui faut longtemps pour s'accoutumer à une autre; il s'attache fortement, parce qu’il s'attache diflicile-

ment, comme font tous les caractères timides et sauvages ; il est aussi très-solitaire. Les rossignols voyagent seuls, arrivent seuls aux mois d'avril et de mai, s’en retournent seuls au mois de septembre, et lorsqu'au printemps le mâle et la femelle s'apparient pour nicher, cette union particulière semble forüufier encore leur aversion pour la société générale, car ils ne souffrent alors aucun de leurs pareils dans le terrain qu'ils se sont approprié; on croit que c’est afin d’avoir une chasse assez étendue pour subsister, eux et leur famille; et ce qui le prouve, c'est que la distance des nids est beaucoup moindre dans un pays où la nourriture abonde : cela prouve aussi que la jalousie n'entre pour rien dans leurs motifs, comme quelques - uns l'ont dit; car on sait que la jalousie ne trouve jamais les distances assez grandes, et que l'abondance des vivres ne diminue ni ses ombrages ni ses précautions.

Chaque couple commence à faire son nid vers la fin d'avril et au commencement de mai; ils le construisent de feuilles, de joncs, de brins d'herbe grossière en dehors, de petites fibres, de racines, de crin, et d’une espèce de bourre en dedans; ils le placent à une bonne exposition, un peu tournée au levant, et dans le voisinage des eaux; ils le posent ou sur les branches les plus basses des arbustes, tels que les groseilliers, épines blanches, pruniers sauvages, charmilles, etc., ou sur une toufle d’herbe, et même à terre, au pied de ces arbustes: c’est ce qui fait que leurs œufs ou leurs petits, et quelquefois la mère, sont la proie des chiens de chasse, des renards, des fouines, des belettes, des couleuvres, etc.

Dans notre climat, la femelle pond ordinairement cinq œufs d’un brun verdâtre uniforme, excepté que le brun

domine au gros bout, et le verdâtre au petit bout: la 11. 19

femelle couve seule, elle ne quitte son poste que pour chercher à manger, et elle ne le quitte que sur le soir, et lorsqu'elle est pressée par la faim : pendant son absence le mâle semble avoir l'œil sur le nid. Au bout de dix-huit ou vingt jours d'incubation, les petits commencent à éclore ; le nombre des mâles est communément plus que double de celui des femelles : aussi, lorsqu'au mois d'avril on prend un mâle apparié, il est bientôt remplacé auprès de la veuve par un autre, et celui-ci par un troisième; en sorte qu'après l'enlèvement successif de trois ou quatre mâles, la couvée n'en va pas moins bien. La mère dégorge la nourriture à ses petits, comme font les femelles des serins:; elle est aidée par le père dans cette intéressante fonction : c’est alors que celui-ci cesse de chanter, pour s'occuper sérieusement du soin de la famille; on dit même que durant l’incubation ils chantent rarement près du nid, de peur de le faire découvrir; mais lorsqu'on approche de ce nid, la tendresse paternelle se trahit par des cris que lui arrache le danger de la couvée, et qui ne font que l’augmenter. En moins de quinze jours les petits sont couverts de plumes, et c’est alors qu'il faut sevrer ceux qu'on veut élever; lorsqu'ils volent seuls, les père et mère recommencent une autre ponte, et, après cette seconde , une troisième; mais pour que cette dernière réussisse, il faut que les froids ne surviennent pas de bonne heure : dans les pays chauds, ils font jusqu'à quatre pontes, et partout les dernières sont les moins nombreuses.

L'homme, qui ne croit posséder que lorsqu'il peut user et abuser de ce qu’il possède, a trouvé le moyen de faire nicher les rossignols dans la prison; le plus grand obstacle était l'amour de la liberté, qui est très-vif dans ces oiseaux; mais on a su contre-balancer ce sentiment

naturel par des sentiments aussi naturels et plus forts, le besoin d'aimer et de se reproduire, l'amour de la géniture, etc. On prend un mâle et une femelle appariés, et on les lâche dans une grande volière, ou plutôt dans un coin de jardin planté d'ifs, de charmilles et autres arbrisseaux, et dont on aura fait une volière en l’environnant de filets : c'est la manière la plus douce et la plus sûre d'obtenir de leur race; on peut encore y réussir, mais plus difficilement, en plaçant ce mâle et cette femelle dans un cabinet peu éclairé, chacun dans une cage séparée, leur donnant tous les jours à manger aux mêmes heures, laissant quelquefois les cages ouvertes afin qu'ils fassent connaissance avec le cabinet, la leur ouvrant tout à fait au mois d'avril pour ne la plus fermer, et leur fournissant alors les matériaux qu'ils ont coutume d'employer à leurs nids, tels que feuilles de chène, mousse, chiendent épluché, bourre de cerf, des crins, de la terre, de l’eau; mais on aura soin de retirer l'eau quand la femelle couvera. On a aussi cherché le moyen d'établir des rossignols dans un endroit où il n’y en a point encore eu; pour cela on tâche de prendre le père, la mère, et toute la couvée avec le nid, on transporte ce nid dans un site qu’on aura choisi le plus semblable à celui d'où on l'aura enlevé; on tient les deux cages qui renferment le père et la mère à portée des petits, jusqu'à ce qu'ils aient entendu leur cri d'appel, alors on leur ouvre la cage sans se montrer; le mouvement de la nature les porte droit au lieu où ils ont entendu crier leurs petits ; ils leur donnent tout de suite la becquée, ils continueront de les nourrir tant qu'il sera nécessaire, et l’on prétend que l’année suivante ils reviendront au même endroit : ils y reviendront, sans doute, s'ils y trouvent une nourriture convenable et les commodités pour nicher,

car sans cela tous les autres soins seraient à pure perte, et avec cela ils seront à peu près superflus.

Si l’on veut élever soi-même de jeunes rossignols, il faut préférer ceux de la première ponte, et leur donner tel instituteur que l’on jugera à propos; mais les meilleurs, à mon avis, ce sont d’autres rossignols, surtout ceux qui chantent le mieux.

Au mois d'août les vieux et les jeunes quittent les bois pour se rapprocher des buissons, des haies vives, des terres nouvellement labourées, où ils trouvent plus de vers et d'insectes : peut-être aussi ce mouvement général a-t-il quelque rapport à leur prochain départ; il n’en reste point en France pendant l'hiver, non plus qu’en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Grèce, etc.; et comme on assure qu'il n'y en à point en Afrique, on peut juger qu'ils se retirent en Asie. Cela est d'autant plus vraisemblable que l’on en trouve en Perse, à la Chine et même au Japon, où ils sont fort recherchés, puisque ceux qui ont la voix belle s'y vendent, dit-on, vingt cobangs. Ils sont généralement répandus dans toute l'Europe, jusqu’en Suède et en Sibérie, où ils chantent très-agréablement; mais en Europe comme en Asie, il y a des contrées qui ne leur conviennent point, et où ils ne s'arrêtent jamais; par exemple, le Bugey jusqu’à la hauteur de Nantua, une partie de la Hollande, l'Écosse, l'Irlande; la partie nord du pays de Galles et même de toute l’Angleterre, excepté la province d'York; le pays des Dauliens aux environs de Delphes, le royaume de Siam, etc. Partout ils sont connus pour des oiseaux voyageurs, et cette habitude innée est si forte en eux, que ceux que l’on tient en cage s'agitent beaucoup au printemps et en automne, surtout la nuit, aux époques ordinaires marquées pour

leurs migrations : il faut donc que cet instinct qui les porte à voyager soit indépendant de celui qui les porte à éviter le grand froid et à chercher un pays où ils puissent trouver une nourriture convenable; car dans la cage ils n’éprouvent ni froid ni disette, et cependant ils s'agitent.

Cet oiseau appartient à l’ancien continent, et quoique les missionnaires et les voyageurs parlent du rossignol du Canada, de celui de la Louisiane, de celui des Antilles, etc., on sait que ce dernier est une espèce de moqueur, que celui de la Louisiane est le même que celui des Antilles, puisque, selon le Page Dupratz, il se trouve à la Martinique et à la Guadeloupe: et l’on voit, par ce que dit le P. Charlevoix de celui du Canada, ou que ce n’est point un rossignol, ou que c’est un rossignol dégénéré. Il est possible en effet que cet oiseau, qui fréquente les parties septentrionales de l'Europe et de l'Asie, ait franchi les mers étroites, qui, à cette hauteur, séparent les deux continents, ou qu'il ait été porté dans le nouveau par un coup de vent ou par quelque navire, et que trouvant le climat peu favorable , soit à cause des grands froids, soit à cause de l'humidité, ou du défaut de nourriture, il chante moins bien au nord de l'Amérique qu’en Asie et en Europe, de même qu'il chante moins bien en Écosse qu’en Italie; car c'est une règle générale que tout oiseau ne chante que peu ou point du tout lorsqu'il souffre du froid, de la faim, etc., et l’on sait d’ailleurs que le climat de l'Amérique et surtout du Canada n’est rien moins que favorable au chant des oiseaux; c'est ce qu'aura éprouvé notre rossignol transplanté au Canada; car il est plus que probable qu'il sy trouve aujourd'hui, l'indication trop peu circonstanciée du P. Charlevoix ayant été confirmée depuis par le témoi-

gnage positif d’un médecin résidant à Québec, et de quelques voyageurs.

Comme les rossignols, du moins les mâles, passent toutes les nuits du printemps à chanter, les anciens s'étaient persuadé qu'ils ne dormaient point dans cette saison, et de cette conséquence peu juste est née cette erreur que leur chair était une nourriture antisoporeuse, qu'il suffisait d'en mettre le cœur et les veux sous l’oreiller d’une personne pour lui donner une insomnie; enfin ces erreurs gagnant du terrain, et passant dans les arts, le rossignol est devenu l'emblème de la vigilance. Mais les modernes, qui ont observé de plus près ces oiseaux, se sont aperçus que dans la saison du chant ils dormaient pendant le jour, et que ce sommeil du jour, surtout en hiver, annonçait qu'ils étaient prêts à reprendre leur ramage. Non-seulement ils dorment, mais ils rêvent, et d'un rêve de rossignol, car on les entend gazouiller à demi-voix et chanter tout bas. Au reste, on a débité beaucoup d’autres fables sur cet oiseau, comme on fait sur tout ce qui a de la célébrité ; on a dit qu'une vipère, ou, selon d’autres, un crapaud, le fixant lorsqu'il chante, le fascine par le seul ascendant de son regard au point qu'il perd insensiblement la voix et finit par tomber dans la gueule béante du reptile. On a dit que les père et mère ne soignaient parmi leurs petits que ceux qui montraient du talent, et qu'ils tuaient les autres ou les laissaient périr d'inanition (il faut supposer qu'ils savent excepter les femelles). On a dit qu’ils chantaient beaucoup mieux lorsqu'on les écoutait que lorsqu'ils chantaient pour leur plaisir. Toutes ces erreurs dérivent d’une source commune, de l'habitude où sont les hommes de prêter aux animaux leurs faiblesses, leurs passions et leurs vices.

Les rossignols qu'on tient en cage ont coutume de se baigner après qu'ils ont chanté : M. Hébert a remarqué que c'était la première chose qu'ils faisaient le soir, au moment où l’on allumait la chandelle ; il à aussi observé un autre ellet de la lumière sur ces oiseaux dont il est bon d'avertir : un mâle qui chantait très-bien, s'étant échappé de sa cage, s'élanca dans le feu, où il périt avant qu'on pût lui donner aucun secours.

Ces oiseaux ont une espèce de balancement du corps qu'ils élèvent et abaissent tour à tour, et presque parallèlement au plan de position; les mâles que j'ai vus avaient ce balancement singulier, mais une femelle que j'ai gardée deux ans ne l'avait pas : dans tous la queue a un mouvement propre de haut en bas, fort marqué, et qui sans doute a donné occasion à M. Linnæus de les ranger parmi les hoche-queues ou motacilles.

Les rossignols se cachent au plus épais des buissons : ils se nourrissent d'insectes aquatiques et autres, de petits vers, d'œufs ou plutôt de nymphes de fourmis; ils mangent aussi des figues, des baies, etc.; mais comme il serait diflicile de fournir habituellement ces sortes de nourritures à ceux que l’on tient en cage, on a imaginé différentes pâtées dont ils s'accommodent fort bien. Je donnerai dans les notes celle dont se sert un amateur de ma connaissance, parce qu'elle est éprouvée, et que j'ai vu un rossignol qui, avec cette seule nourriture, a vécu jusqu'à sa dix-septième année : ce vieillard avait commencé à grisonner dès l'âge de sept ans; à quinze, il avait des pennes entièrement blanches aux ailes et à la queue; ses jambes, ou plutôt ses tarses, avaient beaucoup grossi, par l'accroissement extraordinaire qu’avaient pris les lames dont ces parties sont recouvertes dans les oiseaux; enfin, il

avait des espèces de nodus aux doigts comme les goutteux, et on était obligé de temps en temps de lui rogner la pointe du bec supérieur ; mais il n’avait que cela des incommodités de la vieillesse; il était toujours gai, toujours chantant comme dans son plus bel âge, toujours caressant la main qui le nourrissait. Il faut remarquer que ce rossignol n’avait jamais été apparié : l'amour semble abréger les jours, mais il les remplit, il remplit de plus le vœu de la nature; sans lui les sentiments si doux de la paternité seraient inconnus; enfin, il étend l'existence dans l'avenir et procure, au moyen des générations qui se succèdent, une sorte d’immortalité : grands et précieux dédommagements de quelques jours de tristesse et d'infirmités qu'il retranche peut-être à la vieillesse !

On a reconnu que les drogues échauffantes et les parfums excitaient les rossignols à chanter; que les vers de farine et ceux du fumier leur convenaient lorsqu'ils étaient trop gras, et les figues lorsqu'ils étaient trop maigres; enfin, que les araignées étaient pour eux un purgatif : on conseille de leur faire prendre tous les ans ce purgatif au mois d'avril: une demi-douzaine d'araignées sont la dose ; on recommande aussi de ne leur rien donner de salé.

Lorsqu'ils ont avalé quelque chose d’indigeste, ils le rejettent sous la forme de pilules ou de petites pelotes, comme font les oiseaux de proie, et ce sont en effet des oiseaux de proie très-petits, mais très-féroces, puisqu'ils ne vivent que d'êtres vivants. Il est vrai que Belon admire la providence qu'ils ont de n’avaler aucun petit verm qu'ils ne l'aïent premièrement fait mourir ; mais c'est apparemment pour éviter la sensation désagréable que leur causerait une proie vivante, et qui pourrait continuer de vivre dans leur estomac à leurs dépens.

Tous les piéges sont bons pour les rossignols : ils sont peu défiants, quoique assez timides; si on les lâche dans un endroit où il y a d’autres oiseaux en cage, ils vont droit à eux, et c'est un moyen, entre beaucoup d’autres, pour les attirer; le chant de leurs camarades, le son des instruments de musique, celui d'une belle voix, comme on l'a vu plus haut, et même des cris désagréables, tels que ceux d’un chat attaché au pied d'un arbre et que l'on tourmente exprès, tout cela les fait venir également; ils sont curieux, et même badauds; ils admirent tout, et sont dupes de tout; on les prend à la pipée, aux gluaux, avec le trébuchet des mésanges, dans des reginglettes tendues sur de la terre nouvellement remuée, où l’on a répandu des nymphes de fourmis, des vers de farine, ou bien ce qui y ressemble, comme de petits morceaux de blancs d'œufs durcis, etc. Il faut avoir l'attention de faire ces reginglettes et autres piéges de même genre avec du taffetas, et non avec du filet, où leurs plumes s’embarrasseraient, et où ils en pourraient perdre quelques-unes, ce qui retarderait leur chant; il faut au contraire, pour l’avancer au temps de la mue, leur arracher les pennes de la queue, afin que les nouvelles soient plus tôt revenues; car tant que la nature travaille à reproduire ces plumes, elle leur interdit le chant.

Ces oiseaux sont fort bons à manger lorsqu'ils sont gras, et le disputent aux ortolans: on les engraisse en Gascogne pour la table : cela rappelle la fantaisie d'Héliogabale, qui mangeait des langues de rossignols, de paons, ete. et le plat fameux du comédien Ésope, composé d’une centaine d'oiseaux, tous recommandables par leur talent de chanter ou par celui de parler.

Comme il est fort essentiel de ne pas perdre son temps

à élever des femelles, on a indiqué beaucoup de marques distinctives pour reconnaître les mâles : ïls ont, dit-on, l'œil plus grand, la tête plus ronde, le bec plus long, plus large à sa base, surtout étant vu par dessous; le plumage plus haut en couleur, le ventre moins blanc, la queue plus touffue et plus large lorsqu'ils la déploient ; ils commencent plus tôt à gazouiller, et leur gazouillement est plus soutenu; ils ont l'anus plus gonflé dans la saison de l'amour, et ils se tiennent longtemps en la même place, portés sur un seul pied, au lieu que la femelle court cà et là dans la cage: d’autres ajoutent que le mâle a à chaque aile deux ou trois pennes dont le côté extérieur et apparent est noir, et que ses jambes, lorsqu'on regarde la lumière au travers, paraissent rougetres, tandis que celles de la femelle paraissent blanchâtres: au reste, cette femelle a dans la queue le même mouvement que le mâle : et lorsqu'elle est en joie, elle sautille comme lui au lieu de marcher. Ajoutez à cela les différences intérieures, qui sont plus décisives : les mâles, que j'ai disséqués au printemps, avaient deux testicules fort gros, de forme ovoïde ; le plus gros des deux (car ils n'étaient pas égaux) avait trois lignes et demie de long sur deux de large; l'ovaire des femelles, que j'ai observées dans le même temps, contenait des œufs de différentes grosseurs, depuis un quart de ligne jusqu'à une ligne de diamètre.

Il S'en faut bien que le plumage de cet oiseau réponde à son ramage : il a tout le dessus du corps d’un brun plus ou moins roux; la gorge, la poitrine et le ventre, d’un gris blanc; le devant du cou, d'un gris plus foncé; les couvertures inférieures de la queue et des ailes, d’un blanc roussätre, plus roussâtre dans les mâles; les pennes des ailes, d’un gris brun tirant au roux: la queue, d’un

brun plus roux: le bec brun, les pieds aussi, mais avec une teinte de couleur de chair; le fond des plumes cendré foncé.

On prétend que les rossignols qui sont nés dans les contrées méridionales ont le plumage plus obscur, et que ceux des contrées septentrionales ont plus de blanc : les jeunes mâles sont aussi, dit-on, plus blanchâtres que les jeunes femelles, et en général la couleur des jeunes est plus variée avant la mue, c’est-à-dire avant la fin de juillet, et elle est si semblable à celle des jeunes rougequeues, qu'on les distinguerait à peine s'ils n'avaient pas un cri différent : aussi ces deux espèces sont-elles amies.

Longueur totale, six pouces un quart ; bec, huit lignes, jaune en dedans, ayant une grande ouverture, les bords de la pièce supérieure échancrés près de la pointe ; tarse, un pouce; doigt extérieur uni à celui du milieu par sa base ; ongles déliés, le postérieur le plus fort de tous; vol, neuf pouces; queue, trente lignes, composée de douze pennes, dépasse les ailes de seize lignes.

Tube intestinal, du ventricule à l'anus, sept pouces quatre lignes ; œsophage, près de deux pouces, se dilatant en une espèce de poche glanduleuse avant son insertion dans le gésier; celui-ci musculeux, il occupait la partie gauche du bas-ventre, n'était point recouvert par les intestins, mais seulement par un lobe du foie; deux trèspetits cœcums, une vésicule du fiel, le bout de la langue garni de filets et comme tronqué, ce qui n’était pas ignoré des anciens, et peut avoir donné lieu à la fable de Philomèle qui eut la langue coupée.

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