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ne fait guère entendre qu'au printemps, mais que le mâle en à trois; pour moi, j'ai reconnu qu'il avait deux tons, l'un plus grave, qui tient plus du hautbois, l'autre plus aigu, précisément à l’octave du premier, et qui tient plus des sons percants de la trompette; et j'avoue qu’à mon oreille ces deux tons n’ont rien de choquant, de même que je n’ai rien pu voir de difforme dans ses pieds; et ce n’est qu'en prêtant aux paons nos mauvais raisonnements et même nos vices, qu'on à pu supposer que leur cri n’était autre chose qu’un gémissement arraché à leur vanité toutes les fois qu'ils apercoivent la laideur de leurs pieds.
Théophraste avance que leurs cris, souvent répétés, sont un présage de pluie; d’autres, qu'ils annoncent aussi lorsqu'ils grimpent plus haut que de coutume; d’autres, que ces mêmes cris pronostiquaient la mort à quelque voisin; d’autres, enfin, que ces oiseaux portaient toujours sous l'aile un morceau de racine de lin comme une amulette naturelle pour se préserver des fascinations..…….., tant il est vrai que toute chose dont on a beaucoup parlé à fait dire beaucoup d’inepties!
Outre les différents cris dont j'ai fait mention, le mâle et la femelle produisent encore un certain bruit sourd, un craquement étouffé, une voix intérieure et renfermée qu'ils répètent souvent, et quand ils sont inquiets, et quand ils paraissent tranquilles ou même contents.
Pline dit qu'on a remarqué de la sympathie entre les pigeons et les paons; et Cléarque parle d’un de ces derniers qui avait pris un tel attachement pour une jeune personne, que, l'ayant vue mourir, il ne put lui survivre. Mais une sympathie plus naturelle et mieux fondée, c’est celle qui a été observée entre les paons et les dindons : ces deux oiseaux sont du petit nombre des oiseaux qui redres-
sent leur queue et font la roue, ce qui suppose bien des qualités communes, aussi s’accordent-ils mieux ensemble qu'avec tout le reste de la volaille; et l’on prétend même qu'on à vu un coq-paon couvrir une poule-dinde, ce qui indiquerait une grande analogie entre les deux espèces.
La durée de la vie du paon est de vingt-cinq ans, selon les anciens: et cette détermination me paraît bien fondée, puisqu'on sait que le paon est entièrement formé avant trois ans, et que les oiseaux en général vivent plus longtemps que les quadrupèdes, parce que leurs os sont plus ductiles; mais je suis surpris que M. Willughby ait cru, sur l'autorité d'Élien, que cet oiseau vivait jusqu'à cent ans, d'autant plus que le récit d'Élien est mêlé de plusieurs circonstances visiblement fabuleuses.
J'ai déjà dit que le paon se nourrissait de toutes sortes de grains comme les gallinacés ; les anciens lui donnaient ordinairement, par mois, un boisseau de froment pesant environ vingt livres. Il-est bon de savoir que la fleur de sureau leur est contraire, et que la feuille d'ortie est mortelle aux jeunes paonneaux, selon Franzius.
Comme les paons vivent aux Indes dans l'état de sauvages, c'est aussi dans ce pays qu'on a inventé l’art de leur donner la chasse; on ne peut guère les approcher de jour, quoiqu'ils se répandent dans les champs par troupes assez nombreuses, parce que, dès qu'ils découvrent le chasseur, ils fuient devant lui plus vite que la perdrix, et s’enfoncent dans des broussailles où il n’est guère possible de les suivre; ce n’est donc que la nuit qu'on parvient à les prendre, et voici de quelle manière se fait cette chasse aux environs de Cambaie.
On s'approche de l'arbre sur lequel ils sont perchés, on leur présente une espèce de bannière qui porte deux
chandelles allumées, et où l’on a peint des paons au naturel : le paon, ébloui par cette lumière, ou bien occupé à considérer les paons en peinture qui sont sur la bannière, avance le cou, le retire, l’allonge encore, et lorsqu'il se trouve dans un nœud coulant qui y a été placé exprès, on tire la corde et on se rend maître de l'oiseau.
Nous avons vu que les Grecs faisaient grand cas du paon, mais ce n’était que pour rassasier leurs yeux de la beauté de son plumage, au lieu que les Romains, qui ont poussé plus loin tous les excès du luxe parce qu'ils étaient plus puissants, se sont rassasiés réellement de sa chair; ce fut l’orateur Hortensius qui imagina le premier d'en faire servir sur sa table, et son exemple ayant été suivi, cet oiseau devint très-cher à Rome ; et les empereurs renchérissant sur le luxe des particuliers, on vit un Vitellius, un Héliogabale mettre leur gloire à remplir des plats immenses de têtes ou de cervelles de paons, de langues de phénicoptères, de foies de scares, et à en composer des mets insipides, qui n'avaient d'autre mérite que de supposer une dépense prodigieuse et un luxe excessivement destructeur.
Dans ces temps-là un troupeau de cent de ces oiseaux pouvait rendre soixante mille sesterces, en n’exigeant de celui à qui on en confiait le soin que trois paons par couvée; ces soixante mille sesterces reviennent, selon l’évaluation de Gassendi, à dix ou douze mille francs ; chez les Grecs, le mâle et la femelle se vendaient mille dragmes, ce qui revient à huit cent quatre-vingt-sept livres dix sous, selon la plus forte évaluation, et à vingt-quatre livres, selon la plus faible; mais il paraît que cette dernière est beaucoup trop faible, sans quoi le passage suivant d'Athénée ne signifierait rien : « N'y a-t-il pas de la
« fureur à nourrir des paons dont le prix n’est pas moindre « que celui des statues? » Ce prix était bien tombé au commencement du xvi° siècle, puisque dans la Nouvelle Coutume du Bourbonnais, qui est de 1521, un paon n’était estimé que deux sous six deniers de ce temps-là, que M. Dupré de Saint-Maur évalue à trois livres quinze sous d'aujourd'hui; mais il paraît que, peu après cette époque, le prix de ces oiseaux se releva; car Bruyer nous apprend qu'aux environs de Lisieux, où on avait la facilité de les nourrir avec du marc de cidre, on en élevait des troupeaux dont on tirait beaucoup de profit, parce que, comme ils étaient fort rares dans le reste du royaume, on en envoyait de là dans toutes les grandes villes pour les repas d’appareil : au reste, il n’y a guère que les jeunes que l’on puisse manger : les vieux sont trop durs, et d'autant plus durs que leur chair est naturellement fort sèche; et c'est sans doute à cette qualité qu'elle doit la propriété singulière, et qui parait assez avérée, de se conserver sans corruption pendant plusieurs années. On en sert cependant quelquefois de vieux, mais c’est plus pour l'appareil que pour l'usage, car on les sert revêtus de leurs belles plumes; et c’est une recherche de luxe assez bien entendue, que l'élégance industrieuse des modernes a ajoutée à la magnificence effrénée des anciens : c'était sur un paon ainsi préparé que nos anciens chevaliers faisaient, dans les grandes occasions, leur vœu appelé le vœu du paon.
On employait autrefois les plumes de paon à faire des espèces d’éventails; on en formait des couronnes, en guise de laurier, pour les poëtes appelés troubadours ; Gessner à vu une étolfe dont la chaîne était de soie et de fil d'or, et la trame de ces mêmes plumes : tel était sans doute le
manteau tissu de plumes de paon qu'envoya le pape Paul III au roi Pépin.
Selon Aldrovande, les œufs de paon sont regardés par tous les modernes comme une mauvaise nourriture, tandis que les anciens les mettaient au premier rang, et avant ceux d'oie et de poule commune; il explique cette contradiction en disant qu’ils sont bons au goût et mauvais à la santé : reste à examiner si la température du climat n'aurait pas encore ici quelque influence.