CIIEFS-D*OEUV. DE BOSS. — T. I
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il fait rentrer son fils dans son devoir^ qu'il avait oublié; enfin , en un n^éme jour, il rend la concorde à sa maison^ la tranquillité à son État^ et le repos à sa conscience. Voilà ce qu'a fait la mort de Thomas^ voilà la seconde merveille qu'elle a opérée , la conversion des persécuteurs : la dernière dépend en partie de nous; c'est, mes frères, que notre zèle pour la sainte Église soit autant échauffé, comme il est instruit par Texemple de ce grand homme.
TROISIÈME POINT
A la mort de Thomas, le clergé d'Angleterre commença à reprendre cœur : le sang de ce martyr ranima et réunit tous les esprits , pour soutenir, par un saint concours, les intérêts de l'Église . Apprenons aussi à l'aimer, et à être jaloux de sa gloire. Mais, messieurs, ce n^est pas assez que nous apprenions du grand saint Thomas à conserver soigneusement son autorité et ses droits : il faut qu'il nous montre à en bien user, chacun selon le degré où Dieu l'a établi dans le ministère ; et vous ne pouvez ignorer quel doit être ce bon usage que je vous demande , si vous écoutez un peu la voix de ce sang. Car considérons seulement pour quelle cause il est répandu, et d'où vient que toute l'Église célèbre avec tant de dévotion le martyre de saint Thomas. C'est qu'on voulait lui ravir ses privilèges, usurper sa puissance, envahir ses biens; et ce grand archevêque y a résisté.
Mais si Ton ne se sert de ces privilèges que pour s'élever orgueilleusement au-dessus des autres ; si l'on n'use de cette puissance que pour faire les grands dans le siècle ; si l'on n'emploie ces richesses que pour contenter de mauvais désirs, ou pour se faire considérer par une
pompe mondaine : est-ce là de quoi faire un martyr? Était-ce là un digne sujet pour donner du sang, et pour troubler tout un grand royaume? N'est-ce pas pour faire dire aux politiques impies y que saint Thomas a été lô martyr de Tavarice ou de l'ambition du clergé , et que nous consacrons sa mémoire, parce qu'il nous a soutenus dans des intérêts temporels?
Voilà, direz-vous, un discours d'impie; voilà un raisonnement digne d'un hérétique ou d'un libertin. Je le confesse, messieurs; mais répondons à cet hérétique, fermons la bouche à ce libertin , justifions le martyre du grand saint Thomas de Cantorbéry : il ne sera pas difficile. Nous dirons que si le clergé a des privilèges, c'est afin que la religion soit honorée ; que s'il possède des biens, c'est pour l'exercice des saints ministères, pour la décoration des autels, et pour la subsistance des pauvres; que s'il a de l'autorité, c'est afin qu'elle serve de frein à la licence, de barrière à l'iniquité, d'appui à la discipline. Nous ajouterons qu'il est peut-être à propos que le clergé ait quelque force même dans le siècle , quelque éclat même temporel quoique modéré , afin de combattre le monde par ses propres armes, pour attirer et réprimer les âmes infirmes par les choses qui ont coutume de les frapper. Cet éclat, ces secours, ces soutiens externes de l'Église, empêchent peut^tre le monde de l'attaquer, pour ainsi dire, dans ses propres biens , dans cette divine puissance , dans le cœur même de la religion; et ce sont, si vous voulez, comme les dehors de cette sainte Sion, de cette belle forteresse de David, qu'il ne faut point laisser prendre ni abandonner, et moins encore livrer à ses ennemis. D'ailleurs, comme le monde gagne insensiblement, quand saint Thomas n'aurait fait qu'arrêter un peu son progrès, le dessein en est toujours glorieux. Voilà une défense invincible, et
sans doute on ne pouvait pas répandre son sang pour une cause plus juste*.
Mais si le monde nous presse encore^ s'il convaineun Èi grand nombre d'ecclésiastiques de faire servir ces droits à Torgueil , cette puissance à la tyrannie ^ ces richesses à la vanité ouàTavarice; si cette apologie et notre défense n'est que dans notre bouche et dans nos discours^ et non dans nos mœurs et dans notre vie : ne dira-t-on pas qu'à la vérité notre origine était sainte , mais que nous nous sommes démentis nous-mêmes, que nous avons tourné en mondanité la simplicité de nos pères ^ et que nous couvrons du prétexte de la religion nos passions particulières? N'est-ce pas déshonorer le sang du grand saint Thomas^ faire servir son martyre à- nos intérêts , et exposer aux dérisions injustes de nos ennemis la cause si juste et si glorieuse pour laquelle il a immolé sa vie?
Fasse donc ce divin Sauveur^ qui a établi le clergé pour être la lumière du monde ^ que tous ceux qui sont appelés aux honneurs ecclésiastiques^ en quelque degré du saint ministère qu'ils aient été établis^ emploient si utilement leur autorité ^ qu'on loue à jamais le grand saint Thomas de l'avoir si bien défendue ; qu'ils dispensent si saintement^ si chastement les biens de l'Église, que l'on voie par expérience la raison qu'il y avait de les conserver par un sang si pur et si précieux. Qu'ils maintiennent la dignité de l'ordre sacré par le mépris des grandeurs du monde ^ et non pour la recherche de ses honneurs; par l'exemple de leur modestie, plutôt que par les marques de la vanité; par la mortification et la pénitence , plutôt que par l'abondance et la délicatesse des enfants du siècle : que leur vie soit l'édification des peuples; leur parole, l'instruction des simples: leur doctrine, la lumière des dévoyés; leur
vigueur et leur fermeté / la confusion des pécheurs ; leur charité, Tasile des pauvres; leur puissance, le soutien des faibles; leur maison, la retraite des affligés; leur vigilance , le salut de tous. Ainsi nous réveillerons dans Fesprit de tous les fidèles cette ancienne vénération pour le sacerdoce; nous irons tous ensemble , nous et les peuples que nous enseignons , recevoir avec saint Thomas la couronne d'immortalité qui nous est promise, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
FIN DES PAnEcnraïQUEs.