LA DERNIÈRE ROSE
La dernière rose de l'été fleurit dans l'isolement ; toutes ses belles compagnes se sont flétries sans retour ; à ses côtés on ne
(7) Ce passage fait allusion aux mines d'or du comté de "Wicklow, qui offrent de légères parcelles d'or à la surface, mais qui n'ont point récompensé les travaux des mineurs.
(8) « L'oiseau sauta de branche en branche, puis il se reposa, tenant le talisman dans son bec ; le prince s'en approcha, croyant qu'il allait le laisser tomber ; mais au moment où il se croyait près de le saisir, l'oiseau s'envola de nouveau, et se percha sur la cime d'un arbre.» [ Les Mille et une Nuits. Histoire de Kummiral Zummann et de la princesse de la Chine.)
voit plus de fleur, plus de bouton de rose, pour réfléchir ses rougeurs et lui rendre ses soupirs !
Je ne te laisserai pas, pauvre solitaire! languir ainsi sur ta tige ; puisque tes sœurs reposent, va sommeiller près d'elles! Par pitié pour toi, je disperse tes feuilles sur la terre où gisent tes compagnes du jardin, sans vie et sans parfums.
Puissé-je ainsi suivre de près les douces visions d'amitié et d'amour, à mesure que ces diamans se détachent du cercle magique.
Quand les cœurs fidèles ne palpitent plus, quand les âmes tendres se sont envolées, oh ! qui voudrait habiter seul ce monde désert !
LE JEUNE MENESTREL.
Le jeune ménestrel est parti pour la guerre : il est dans les rangs de la mort; le sabre de son père arme sa main; sa harpe, aux accords sauvages, est suspendue derrière lui.
« Terre des chants ! dit le barde guerrier, quand le monde en- » tier te trahit, un glaive du moins défendra tes droits; une » harpe fidèle te célébrera!»
Le ménestrel tomba, mais la chaîne de l'ennemi ne put courber son âme altière. La harpe qu'il aimait ne vibra plus, car il en arracha les cordes.
« Nulle chaîne ne te souillera, s'écria-t-il, ô toi, chantre im- » mortel de l'amour et de la valeur ! Tes accords furent faits » pour les cœurs libres et purs; ils ne résonneront jamais dans » l'esclavage!»
CHANSON BACHIQUE
Ne me dis plus, mon ange, que ce breuvage enivrant absorbe le charme du sentiment, ou noie un seul tendre regret. Crois-moi, quelques-uns de tes regards courroucés sont tout ce qui a disparu sous ses vagues brillantes. Jamais un des rayons émanés de ton âme ou de ta beauté ne s'est perdu dans le torrent! Le parfum de tes soupirs, la magie de tes yeux, flottent encore à la surface et sanctifient ma coupe!
N'imagine donc plus, chère âme, que le vin puisse dérober à mon cœur un seul rêve de bonheur. Semblable aux fontaines qui réveillent l'ardeur du pèlerin, la coupe écumante avive et brillante l'amour !
On raconte que l'Amour avait, dans son bosquet divin, deux roses rougissantes , d'origine céleste. Il exposa l'une à la pluie qui tombe quand brille l'arc-en-ciel, mais il baigna l'autre dans le vin pétillant. Bientôt les boutons qui avaient bu la rosée des cieux se flétrirent et moururent, tandis que ceux que les flots de rubis avaient teints, s'épanouirent, roses et beaux comme toi, jeune fille!
Ne crois donc plus, cher ange, que le vin puisse dérober à mon cœur un seul rêve de bonheur. Semblable aux fontaines qui éveillent l'ardeur du pèlerin, la coupe écumante avive et brillante l'amour!
CHANT D'û'rUARK, PRINCE DE BREFF\l(9).
La vallée riante où je l'avais laissée dernièrement, s'ouvrait devant moi; cependant, je tremblais : une tristesse vague et indéfinissable obscurcissait la joie de mon âme.
Je cherchai des yeux la lampe qui brillerait, disait-elle, pour le retour de son bien-aimé pèlerin. Les ténèbres commençaient à m'envelopper ; aucune lampe ne brillait au sommet des créneaux !
Je volai à sa chambre, — elle était déserte comme si la mort en eût arraché mes amours. Ah! que n'était-ce la mort, la mort seulement ! Mais non, l'infidèle avait fui !
Là était suspendu le luth qui changeait en délices mes plus amères douleurs; tandis que la main qui avait si souvent éveillé pour moi ses accords, tressaillait peut- être sous les baisers brûlans de mon orgueilleux rival!
Il fut un temps, ô des femmes la plus fausse ! où le glaive
(9) Les stances suivantes sont fonde'es sur un événement d'une haute el triste importance pour l'Irlande, si, comme l'assurent les historiens irlandais, il fournit l'Angleterre la première occasion de nous diviser, de nous vaincre et de nous enchaîner. Les circonstances ci-après sont rapportées par O'IIalloran. «Le roi de Leinster avait long-temps nourri une violente passion pour Dearbhorgil, fille du roi Mealh, et quoique, depuis quelque temps, elle eût e'pousé O'Ruark, prince de Breffni, rien ne put contenir sa passion. Ils avaient une correspondance secrète; elle instruisit son amant qu'O'Ruark comptait aller bientôt faire un pèlerinage ( acte de piété' très-commun alors), le conjurant de saisir cette occasion pour l'enlever à un mari détesté et la rendre à celui qu'elle adorait. Mac-Murchad (roi de Leinster) n'obéit que trop ponctuellement à ses ordres, el conduisit sa dame dans sa capitale de Ferns.» Le monarque Roderic épousa la cause d'O'Ruark, tandis que Mac-Murchad s'enfuit en Angleterre, et obtint du secours de Henri II.
Giraldus Cambrensis ajoute, ainsi que je le trouve rapporté dans une vieille traduction : «Tel est le naturel variable et changeant de la femme, d'où naissent, pour la plupart, les malheurs qui désolent le monde, comme le prouvent le sort de Marc- Antoine et la destruction de Troie.»
de Breffni eût cherché à travers un million d'ennemis l'homme qui eût osé douter de toi, même en pensée! tandis que maintenant... 0 fille dégénérée d'Érin! combien ta gloire est éclipsée! Pendant des siècles de tyrannie et de carnage, ta honte fera couler le sang de ta patrie.
Déjà la malédiction s'appesantit sur elle ; des étrangers profanent ses vallées; ils viennent nous désunir, nous déshonorer, et long-temps ils seront les maîtres !
Marchons! relevons la verte bannière! que chacun de nos glaives se plonge dans le sang jusqu'à la poignée! de notre côté est Érin et la vertu, du leur les Saxons et le crime !
sois a moi!
Si tu veux être à moi, les trésors de l'air, de la terre et des mers s'étendront à tes pieds. Tout ce que l'imagination nous montre de plus radieux, tout ce que*les doux rêves de l'espérance promettent de plus ravissant, seront noire partage, si tu veux être à moi, mon amour!
De brillantes fleurs s'épanouiront en quelque lieu que nous errions ; une voix divine murmurera dans chaque ruisseau ; les étoiles nous sembleront des mondes habités par l'amour, et à nos yeux la terre entière ne sera qu'un beau rêve, si tu veux être à moi, mon ange!
Des pensées dont la source est pure et mystérieuse comme celle des fleuves qui coulent des sommets voisins des cieux, entretiendront dans nos cœurs une verte jeunesse, si tu veux être à moi, mon amour!
Ainsi ces fleuves éternels conservent la verdure des plaines qu'ils arrosent.
L'esprit d'amour crée tous ces prodiges, et plus encore, pour ceux qui s'abandonnent à sa douce magie. Il peut transporter le ciel, sa patrie, sur la terre qu'il habite, comme tu le sentiras, mon ange, si tu veux être à moi!