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JE PUIS TE RENDRE PLEURS POUR PLEURS

Semblable aux nuages sombres qui obscurcissent l'éclat de l'aurore, la douleur a-t-elle assombri les jours de ta jeunesse? Trop vite, hélas! ils ont passé ces jours qui, même dans l'affliction, avaient encore des charmes !

Le temps, aux ailes rapides et glacées, a-t-il flétri dans ton

(6) Ce passage fait allusion à un Irait sublime des Dalgais, troupes favorites de Brien. Après la bataille de Clonlarf, leur retraite fut coupée par Filz-Patrick, prince d'Ossory. Les blessés sollicitèrent vivement la permission de combattre avec leurs camarades. «Qu'on enfonce, dirent-ils, des pieux dans la terre, et qu'on nous y attache, afin qu'ainsi soutenu, chacun de nous prenne place dans les rangs à côté d'un homme bien portant.» — «Environ sept à huit cents blessés, ajoute O'IIalloran, pâles, amaigris, figurèrent par ce moyen dans l'armée, et combattirent au premier raDg ! jamais on ne vit un pareil spectacle. »

{Histoire de l'Irlande, liv. XII, chap. I.)

cœur le sentiment, doux charme de la vie ? Ah ! si tel fut ton sort, viens près de moi, enfant de l'infortune, je puis te rendre pleurs pour pleurs !

L'amour a-t-il été pour cette âme si tendre pareil aux mines de Lagénie(7), dont la surface étincelle d'or pur; mais, lorsque, séduit par son éclat, on le poursuit plus avant, aussi trompeur que la vision de celui qui sommeille, le brillant métal disparaît.

Peut-être l'espérance, imitant l'oiseau du conte (8), qui voltigeait d'arbre en arbre, emportant avec lui le précieux talisman, n'a-t-elle fait briller à tes yeux l'appât séduisant du bonheur, que pour t'attirer vers elle, puis s'évanouir l'instant d'après !

Si les douces heures qui prêtaient de l'éclat et du charme à la douleur même se sont ainsi écoulées ; si l'espérance, inconstante et chérie, qui te soutenait dans ta course rapide, est perdue sans retour; si le monde impitoyable a flétri les illusions qui font le bonheur; viens près de moi, enfant de l'infortune, je puis te rendre pleurs pour pleurs !

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