‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 117 sur 210 · CHANT NATIONAL · texte numérisé non relu

CHANT NATIONAL

Elle est évanouie pour jamais, la clarté que nous vîmes briller comme la première lueur du ciel qui vient rompre le repos des morts! L'homme, s'éveillant du long sommeil des siècles passés, leva les yeux et bénit ce pur rayon avant qu'il disparût!

Il n'est plus— et les sillons de feu qui marquent son passage obscurcissent encore la longue nuit d'esclavage et de deuil qui redescend sur les royaumes delà terre; nuit ténébreuse, surtout pour toi , ô malheureuse Érin !

Tes espérances étaient nobles et fières , quand, à travers les nuages épais du monde, la Liberté darda ses feux autour de toi ; quand la Vérité indignée brisa ses fers et déroula sa bannière resplendissante, pareille à l'éclat soudain du soleil (10) !

Oh ! jamais la terre ne reverra un moment si glorieux ! Alors, alors, si toutes les nations eussent chanté l'hymne de délivrance, ta douce voix, Érin, eût fait monter au ciel le premier chant de liberté !

Mais honte aux tyrans qui nous envièrent ce bonheur! honte à la race légère, indigne d'un si grand bien, qui, semblable aux furies caressant le jeune espoir de la liberté, le baptisèrent dans le sang sur l'autel fumant de la mort!

Alors s'évanouit pour jamais cette belle et lumineuse vision, dont le souvenir, en dépit des froids sarcasmes des esclaves, vivra dans nos cœurs, pur, brillant et céleste, tel qu'il t'apparut pour la première fois, ô trop malheureuse Érin !

(10) «L'éclat soudain du soleil» ( Sun-Burst! ) était le nom idéal que les anciens Irlandais donnaient à la bannière royale.

Page 1