‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 129 sur 210 · LE CHANT DE FIONNUALA · texte numérisé non relu

LE CHANT DE FIONNUALA

Silence, ô Moyle! calmez-vous, eaux» mugissantes! et vous, brises légères, ne vous éveillez pas lorsque, poussant de plaintifs murmures, la fille solitaire de Lir raconte ses douleurs à l'étoile de la nuit. «Le cygne, après son doux chant de mort, replierat-il enfin ses ailes pour s'endormir dans les ténèbres ?

» Quand la douce cloche du ciel sonnera-t-elle pour rappeler mon âme de ce monde orageux?

» Le Destin m'a condamnée à pleurer, à languir pendant bien des siècles sur tes vagues d'hiver, ô Moyle ! Et cependant Érin dort encore, plongée dans les mêmes ténèbres ; la pure lumière tarde encore à paraître !

» Quand cet astre du jour, se levant par degrés, échaufferat-il notre île de paix et d'amour ? Quand la douce cloche du ciel rappellera-t-elle mon âme aux plaines éthérées ? »

CHANSON BACHIQUE

Faisons circuler la coupe; laissons aux prétendus sages et aux fous raisonneurs les disputes de croyance : l'heure présente est une fleur trop fragile et trop belle pour être flétrie et souillée par la poussière des écoles. Votre verre peut être pourpre, le mien peut être bleu, mais lorsqu'ils sont remplis de la même li-

(17) Pour rendre cette histoire intelligible en chanson, il faudrait un beaucoup plus grand nombre de vers qu'il n'est permis d'en infliger à la fois à ses auditeurs. Il faut donc que le lecteur se contente d'apprendre que Fionnuala, fille de Lir, fut métamorphosée en cygne par quelque puissance surnaturelle, et condamnée à errer pendant plusieurs centaines d'années, sur certains lacs et certaines rivières d'Irlande, jusqu'à la venue du christianisme ; le premier son de la cloche de la messe devait être le signal de sa délivrance. — J'ai trouvé cette gracieuse fiction parmi quelques traductions manuscrites delà langue irlandaise qui avaient été commencées sous la direction de l'amie éclairée de l'Irlande, la défunte comtesse de Moira.

MÉLODIES IRLAXDAISES. 185

queur brillante, l'insensé qui querelle sur leur différence de teintes ne mérite pas la joie qu'ils répandent dans l'âme.

Demanderai-jc au brave soldat qui combat à mes côtés pour la cause du genre humain , si nos croyances s'accordent? Abandonnerai-je l'ami que j'ai apprécié, éprouvé, s'il ne s'agenouille pas au même autel que moi? M'enfuirai-je loin de la jeune hérétique qui captive mon âme, pour chercher ailleurs un baiser plus orthodoxe? Non! Périssent et les cœurs et les lois qui soumettent la valeur, la franchise et l'amour, à une semblable épreuve î

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