ENCORE UNE FOIS
Harpe chérie! j'éveille encore une fois tes doux accords si long-temps assoupis ; à nos derniers adieux je t'ai baignée de larmes, et mes pleurs t'accueillent aujourd'hui. Aucune lueur de joie n'a brillé sur toi; mais semblable à ces harpes dont les accens célestes ont raconté un esclavage aussi sombre que le tien, tu es restée suspendue aux longs rameaux du saule.
Et cependant, depuis que tes cordes ont vibré pour la dernière fois, une heure de paix , de triomphe a sonné ; plus d'un cœur généreux a bondi d'espérances , maintenant ensevelies dans la honte. Alors même, quand la Paix, planant sur la terre et lamer, chantait son hymne d'allégresse, quoiqu'elle apportât à d'autres la joie et l'espérance, elle n'apportait pour toi que de nouvelles larmes !
Qui peut donc demander les accens du plaisir à tes cordes plaintives , ô ma harpe ! Hélas ! le chant joyeux et matinal de l'alouette résonnerait aussi mal au déclin du cygne! Comment, moi qui t'aime, qui te bénis, invoquerais-je ton souffle pour des chants de liberté , quand les guirlandes même dont je te pare sont tristement mélangées de chaînes et de fleurs!
Mais reprenons courage ! Si tu contiens encore jm souffle de joie, — oh! exhale-le pour moi! montre au monde étonné combien ta musique peut encore être douce, malgré tes fers et ta douleur : avec 'quelle mélodie, au milieu des ténèbres qui t'environnent, tu peux encore t'éveiller au frisson du plaisir, semblable à la statue brisée de Memnon, qui, du sein des ruines, fait entendre de doux et harmonieux accens (33) !