MES ADIEUX A MA HARPE
Chère harpe de ma patrie! je t'ai trouvée dans les ténèbres; la froide chaîne du silence (32) pesait depuis long-temps sur toi; plein d'orgueil, je te saisis, ô harpe chérie de mon île natale ! Je brisai tes liens, je te rendis à la lumière, à la liberté et aux chants ! Les brûlans lais d'amour, les accens légers du bonheur, éveillèrent tes plus tendres , tes plus vifs frémissemens ;
(32) Dans le chant séditieux mais beau, qui commence ainsi : «Quand Erin se leva pour la première fois,» il y a, si je ne me trompe, ce vers-ci : « La sombre chaîne du silence fut jetée sur l'abîme. »
La chaîne du silence était une figure de rhétorique fort en usage chez les anciens Irlandais. Walker dit :
« Une célèbre dispute s'éleva sur la préséance entre Finn et Gaul, près du palais de Finn à Almhaim ; les bardes spectateurs, désirant faire cesser les hostilités, secouèrent la chaîne du silence, et s'élancèrent au milieu des combattans.» Voyez aussi Y Ode à Gaul, fils de Morni, dans les Reliques de la poésie irlandaise, publiées par miss Brook.
mais tu as si souvent répété le profond soupir de la douleur, qu'il t'échappe encore au milieu de ta joie.
Chère harpe de ma patrie! adieu à tes accords ! ce doux chant sera le dernier que tes cordes accompagneront. Va, dorsi que le soleil de la gloire brille sur ton sommeil, jusqu'à l'heure où une main plus digne t'éveillera de nouveau. Si le cœur du patriote, du guerrier, de l'amant, a palpité en écoutant nos chansons, la gloire en est à toi; je n'étais que la brise qui te caressait en passant; comme elle j'éveillais des sons dont la douceur sauvage et inconnue n'appartient qu'à toi seule !