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CHANT DE MORT

Ne pleurez pas ceux que le voile de la tombe a dérobés à nos yeux, au matin heureux de la vie, avant que le péché eût flétri la fraîcheur et la jeunesse de l'âme, avant que la terre eût profané ce qui était né pour les cieux. La mort tarit cette belle onde avant que la douleur l'eût souillée : elle fut glacée dans tout l'éclat de son cours. Elle dort jusqu'à ce qu'un soleil céleste fonde ses froides chaînes, et la rende à l'Éden, où d'abord elle prit sa source ! Ne pleurez pas, etc.

Ne pleurez pas la jeune épouse de la vallée (51), de nos belles la plus aimable et la plus folâtre, bien que perdue pour nous ! Avant que l'éclat printanier de la vie eût eu le temps de pâlir, lorsque les fleurs fraîches écloses de la guirlande d'amour ornaient encore son front, la jeune fiancée s'enfuit de ce monde ténébreux, dont

(51) Ce second couplet, que je composai long-temps après le premier, fait allusion au sort de la belle et aimable fille du colonel Bainbridge, qui fut mariée dans l'église d' Ashbourne, le 31 octobre 1815, et qui mourut peu de semaines après ; le son de la cloche qui célébrait son mariage retentissait encore à nos oreilles lorsque nous entendîmes sonner son glas funèbre. Pendant son dernier accès de délire, elle chanta plusieurs hymnes, d'une voix plus pure et plus douce que de coutume, et quelques-uns des chants sacrés de cette collection, entre autres celui-ci: «Il n'est rien de brillant que le ciel ! »

elle ne connaissait que les jours de soleil; et les hymnes que d'une voix si douce elle murmurait en mourant, furent répétés dans les cicux par des lèvres aussi pures que les siennes !

Ne pleurez pas sur elle... Au printemps de la vie, elle s'envola vers cette terre où l'âme déploie enfin ses ailes ; et maintenant, comme l'étoile qui habite au-delà des froides rosées du soir, radieuse, elle contemple d'en-haut les pleurs que nous versons.

l'épitaphe.

Oh! ne murmurez pas son nom... qu'il repose dans l'ombre où froids et sans honneurs ses restes furent ensevelis! Tristes, mornes et silencieux, comme la rosée des nuits, sont les pleurs que nous versons sur l'herbe qui recouvre sa tête!

Mais la rosée, bien qu'elle tombe en silence, fera reverdir la fosse où il dort, et nos larmes, quoiqu'on secret elles coulent, garderont sa mémoire vivante dans nos cœurs !

le bosquet d éveline.

Oui! pleurez l'heure où le seigneur de la vallée s'achemina, le cœur plein de faux sermens, vers la retraite chérie d'Évelinc. Cette nuit, la lune déroba sa lumière aux cicux, gémissant derrière la nue sur la honte de la jeune fille. Les nuages ont passé, et la chaste et froide lune a de nouveau illuminé le ciel de sa clarté virginale, mais personne ne verra le jour où passeront les nuages qui, à cette heure fatale, ont terni le brillant renom d'Éveline.

La neige blanche couvrait l'étroit sentier que suivait sur la

lande déserte le seigneur du vallon, et plus d'une profonde empreinte permettait de suivre sa trace jusqu'à la porte de la vierge. Le premier rayon de soleil eut bientôt fondu et la neige et la trace de l'infidèle ; mais il n'y a que la lumière d'en-haut qui puisse effacer la tache faite à la blanche renommée de la belle Yveline.

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