‹ Chefs-d'uvre poétiques de Thomas MooreChapitre 2 sur 210 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'élégant poète Thomas Moore ayant imité dans ses Mélodies un grand nombre de légendes de son pays natal, les principales productions des bardes irlandais devaient nécessairement faire suite à celles de leur brillant successeur, dont la traduction des chefs-d'œuvre poétiques est offerte ici, pour la première fois, au public. Ces restes bardiques formeront le sujet d'un Essai sur la littérature irlandaise, que je me propose de publier plus tard.

Cet Essai comprendra également des fragmens empruntés aux écoles des troubadours de la Provence, de la Castille et de la Catalogne, de même qu'à celles des trouvères, des minnesingers et des maestersingers de l'Allemagne, des bardes de la Scandinavie et des divers pays. Ainsi le lecteur pourra juger de leur mérite respectif et de l'influence que ces productions ont pu exercer sur la poésie et la littérature alors naissantes de l'Europe.

Un pareil plan nous obligera d'entrer dans quelques détails sur les temps dont ces fragmens nous rappellent le souvenir et sur la poésie primitive des pays auxquels ils appartiennent. Que le lecteur se rassure cependant : dans notre siècle positif et frivole, où tout doit parler aux yeux avant de s'adresser à l'intelligence, où l'on trouve tant de littérateurs sans littérature ; enfin dans un temps où l'on ne va guère au théâtre que pour entendre des chants ou admirer les décors, dans un temps, disje, où les gravures font souvent le seul mérite d'un ouvrage, ce n'est pas notre intention de faire de longues dissertations sur la poésie autrefois si honorée, maintenant si négligée, et pourtant la poésie a été le premier langage dont s'est servi l'homme re-

iV INTRODUCTION.

connaissant pour chanter les merveilles de la création, adresser à l'Éternel des hymnes d'amour et de reconnaissance, célébrer les nobles faits des héros, les douces vertus, les inventions nouvelles, enfin tous les bienfaits qui ont pu contribuer au bonheur du genre humain. Il est reconnu que l'influence de la poésie est telle, que pour graver plus aisément dans le cœur de l'homme les préceptes religieux, les rudimens des sciences ou des arts, les faits belliqueux, on eut recours au rhythme poétique. Par suite, on inventa la musique pour en augmenter l'expression et le charme ; enfin la peinture et la sculpture pour l'illustrer.

En effet, charmer l'œil du spectateur en communiquant à la toile les formes ravissantes, les couleurs les plus riches et les plus variées; imiter et même surpasser la nature; concentrer dans un bloc de marbre les innombrables perfections disséminées en des milliers d'objets divers, tels que la Vénus d'Apelles à laquelle les plus célèbres beautés de la Grèce prêtèrent l'appui de leurs charmes, et recurent, en échange, l'immortalité de leurs traits ; voilà le triomphe de la peinture et de l'art du statuaire. Mais la poésie est un don plus précieux encore : faire passer dans le cœur de ses contemporains et de la postérité même une étincelle de ce feu poétique qui nous enflamme ; rendre le lecteur poète tant qu'il est sous l'influence de la baguette magique de l'enchanteur ; c'est là un des plus glorieux privilèges de la poésie.

De nos jours, en Angleterre et en France, le gérant ou le rédacteur en chef d'un journal politique exerce en général plus d'influence que n'ont fait tous les poètes des cinquante dernières années. Sans doute les œuvres immortelles de Shakspeare, de Milton, de Pope, de Dryden, de Thompson, de Cowper, font la gloire de l'Angleterre ; les chants sublimes de Byron, la poésie nationale et orientale de Moore, auront toujours de l'écho; ce qui est beau le sera dans tous les temps ; ainsi les tableaux gracieux de Campbell et de Rogers, les fictions de Coleridge, les excursions de Southey dans les régions de l'histoire et du roman, je mysticisme métaphysique de Wordsworth, malgré son style souvent vulgaire, affecté et dépourvu de dignité, enfin des passages brillans des œuvres poétiques de Shelley, Crabbe, etc.,

Page 1