INTRODUCTION. Y
dont l'ensemble a tant contribué à élever la poésie anglaise au rang qu'elle occupe; toutes ces nobles productions du génie parviendront à la postérité la plus reculée. Malheureusement, à côté de ces écrivains s'est élevée une foule d'écrivassiers qui, au moyen d'annonces pompeuses ou par le secours des camaraderies littéraires, sont parvenus à imposer ainsi au public leurs interminables rêveries, et à lui inspirer une répugnance, je dirai presque un dégoût universel pour la poésie.
Les collaborateurs de la plupart des Magazines et Revues anglaises et françaises, soit défaut de connaissances ou manque d'imagination, soit désir de se louer eux et leurs amis à l'exclusion de tous les autres écrivains, sont les principaux promoteurs de cette déplorable réaction littéraire.
Ajoutez à cela que la littérature paraît être devenue sujette aux caprices de la mode ; elle adopte des genres qui furent propres à d'autres temps. Il est démontré qu'un siècle excelle dans le drame, un aulre dans l'histoire, tandis qu'un autre brille dans la poésie générale. Le siècle actuel paraît être celui du roman et de tout ce qui est fantastique. Les périodes qui suivent les époques d'action et de révolution dans lesquelles les animosités sont appelées à un exercice passionné, sont celles où fleurit le drame, comme le démontre l'histoire de la littérature anglaise. Les guerres des deux roses, la controverse de la réforme, les vicissitudes de la fortune, les querelles et les conspirations de la noblesse, en froissant tous les sentimens, ont préparé en Angleterre la voie pour le déploiement extraordinaire du drame. Ainsi l'on trouve en Shakspeare et ses contemporains une richesse de talent et une supériorité telles que le monde en a rarement offert de pareils exemples. Le siècle dramatique fut suivi de celui de l'histoire. Les Recueils et les Chroniques des règnes d'Elisabeth et de Jacques Ier sont les meilleurs et les plus importans que possède la littérature anglaise en ce genre. Après le siècle historique vient celui de la poésie générale. Milton, Dryden, Pope, y ont acquis une supériorité incontestée. Depuis cette époque, la littérature anglaise n'a eu presque aucun caractère décidé ; elle a été au plus haut degré, classique, critique, morale