‹ Chefs-d'œuvres de P. CorneilleChapitre 103 sur 201 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

ANTIOCHVS.

Il faut plus de respect pour celle qu'on adore.

SÉLEUCUS

C'est ou d'elle ou du troue être ardemment épris Que vouloir ou l'aimer ou régner à ce prix.

ANTIOCHUS

C'est et d'elle et de lui tenir bien peu de compte Que faire une révolte et si pleine et si prompte.

SÉLEUCUS

Lorsque l'obéissance a tant d'impiété,, La révolte devient une nécessité.

AITTIOCHITS.

La révolte, mon frère, est bien précipitée Quand la loi qu'elle rompt peut être rétractée; Et c'est à nos désirs trop de témérité De vouloir-de tels biens avec facilité.

Le ciel par les travaux veut qu'on monte à la gloire : Pour gagner un triomphe, il faut une victoire. Mais que je tâche en vain de flatter nos tourments! Nos malheurs sont plus forts que ces déguisements. Leur excès à mes yeux'paroit un noir abyme Où la haine s'apprête à couronner le crime.

Où la gloire est sans nom , la vertu sans honneur , Où sans un parricide il n'est point de bonheur: El, voyant de ces maux l'épouvantable image,

i6o HOUOGUNE.

Je me sens affoiblir quand je vous encourage; Je frémis, je chancelle; et mou cœur abattu Suit tantôt sa douleur, et tantôt sa vertu.

Mon frère , pardonnez à ^es discours sans suite , Qui font trop voir le trouble où mon ameest réduite

àÉLETTCUS.

J'en ferois comme vous, si mon esprit troublé

Ne secouoit le joug dont il est accablé :

Dans mon ambition , dans Tardeur de ma flamme.

Je vois ce qu'est un trône, et ce qu'est une femme;

Et, jugeant par leur prix de leur possession ,

J'éteins enfin ma flamme et mon ambition ;

Et je vous céderois l'un et l'autre avec joie

Si , dans la liberté que le ciel me renvoie,

La crainte de vous faire un funeste présent

Ne me jetoit dans l'ame un remords trop cuisant.

Dérobons-nous, mon frère , à ces âmes cruelles.

Et laissons-les sans nous achever leurs querelles.

AHTXOCHUS.

Comme j'aime beaucoup, j'espère encore un peu. L'espoir ne peut s'éteindre où brûle tant de feu ; Et son reste confus me rend quelques lumières Pour juger mieux que vous de ces âmes si fières. Croyez-moi , l'une et l'autre a redouté pos pleurs : Leur fuite à nos soupirs a dérobé leurs cœurs;

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